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Culture

Quête de lumières sur l’esclavage
Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur

Par L'Economiste | Edition N°:2638 Le 25/10/2007 | Partager

Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en littérature comparée à la faculté des lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de la rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.  Une saga familiale couvrant un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l’histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.«L’esclavage en terre d’Islam», c’est le titre du dernier livre de l’essayiste algérien Malek Chebel, paru en septembre 2007 chez Fayard, entre autres ouvrages aux titres évocateurs, tels que son «Anthologie du vin et de l’ivresse dans l’Islam»; ou encore, «Le Kama sutra arabe».En Islam, le thème de l’esclavage est un «tabou bien gardé», ainsi que l’annonce le sous-titre, choisi par notre prolifique auteur, lequel déclare dans un entretien accordé au journal Le Point: «En Islam, le sujet est tabou. L’esclavage y est tellement intériorisé, que les esclavagistes eux-mêmes refusent d’admettre qu’ils le sont. Même des islamologues occidentaux comme Vincent Monteil, Jacques Berque ou Louis Massignon, qui comptent parmi ceux qui ont le mieux connu l’Islam et qui disposaient des informations pour faire taire ce scandale ont préféré se concentrer sur la hauteur mystique des grands théosophes plutôt que de faire la lumière sur les réalités scandaleuses des marchands de chair humaine».Notre anthropologue, décrit lui-même comme «humaniste », rangé par les Occidentaux dans la catégorie «musulman libéral», «défenseur de l’esprit des Lumières en Islam», est donc bien décidé à briser ce «tabou» et à dénoncer des pratiques esclavagistes qui auraient cours actuellement dans de nombreux pays musulmans sous des formes plus ou moins atténuées.Signalons toutefois que ce n’est pas la première fois qu’un auteur musulman s’attaque à la thématique de l’esclavage, concentrée généralement sur des régions ou des époques précises. Citons à ce titre: Mohamed Ennaji pour le Maroc précolonial; Inès Mrad Dali pour la situation des Noirs en Tunisie; Ould Maouloud Mohamed pour la Mauritanie; Mustapha Kadi Oumani pour le Niger…Rappelons également les nombreux auteurs occidentaux qui se sont passionnés pour la question, mais dont le discours n’aurait pas le même poids que celui d’un intellectuel musulman, non suspect de parti pris, selon la propre interprétation de Malek Chebel de sa plus-value, au journal Le Point. Il y ajoute, son travail sur le terrain; et nous complétons par l’originalité de son voyage dans le temps et dans l’espace, le long des continents et des pays, rangés tous sous la bannière de l’Islam.Evoquons enfin la mobilisation des ONG et des organismes internationaux, tels que l’Unesco et ce colloque organisé à Rabat et à Marrakech en mai 2007, réunissant des chercheurs originaires des pays d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, de Proche et de Moyen-Orient, autour des questions relatives aux «Interactions culturelles générées par la traite négrière et l’esclavage dans le monde arabo-musulman».De ce fait, il n’y a nul lieu de parler de tabou, tout au plus de sujet polémique. Et encore, tout dépend de l’orientation qu’on veut bien lui donner…Car disons-le d’emblée et sans détours: là où ce livre pose problème, c’est concernant les risques d’instrumentalisation idéologique de la thématique qui peut servir d’armature intellectuelle, cherchant à déculpabiliser les Occidentaux et à les libérer de ce fardeau moral qu’est la traite négrière, basée sur des principes raciaux, à laquelle on tente à tout prix de trouver un pendant, appelé la traite orientale ou musulmane.Nous avons peur, en effet, de rejoindre, dans le non-dit, la thèse défendue en 2004 par l’universitaire Olivier Pétré-Grenouilleau, selon laquelle il existait des «traites négrières» comparables ou même plus importantes dans l’histoire de l’Afrique ou du monde arabe. A la quatrième de couverture de «L’esclavage en terre d’Islam», le résumé de l’éditeur, inspiré de quelques passages intérieurs, commence ainsi: «Dans l’esprit de beaucoup l’esclavage est une affaire de mauvais Blancs, aujourd’hui rongés par le remords et la culpabilité. La traite? Des négriers patibulaires ou des planteurs de canne à sucre sans foi ni loi et cyniques. Posant sur ces postulats un regard neuf, Malek Chebel fait le voyage au pays des esclaves, tant en Afrique orientale que dans les pays du Sahel, du Maghreb et du Golfe, au Proche-Orient et en Asie. Il en tire un constat terrible: l’esclavage est en réalité la pratique la mieux partagée de la planète, un phénomène quasi universel (…)».Certes, l’esclavage est universel. On pensait la chose évidente. Mais étant universel, pourquoi donc le représenter le long de l’ouvrage comme «une donnée intrinsèque à l’Islam»? Pourquoi montrer les musulmans de toutes les races comme étant «imprégnés d’une culture de l’asservissement»? Pourquoi évoquer une «dérive de l’Islam»? Pourquoi cette association incessante entre les termes islam et esclavage, notre docte académicien ne pouvant se permettre cette erreur de béotien consistant à confondre religion, cultures et sociétés? Que Malek Chebel décide de focaliser sur les sociétés musulmanes est son droit absolu, mais pourquoi ramener toute évolution positive des mentalités, tout esprit moderniste éclairé (des noms comme El-Afghani ou Mohamed Abdouh) à l’apport de l’Occident et au siècle des Lumières? Notre «défenseur de l’esprit des Lumières en Islam», n’est pas sans savoir que les Lumières européennes n’ont pas brillé pour tout le monde, ayant voisiné sans états d’âme avec le mythe du bon sauvage, dégradé par le climat, transformé en bien meuble.Prenons comme exemple Montesquieu, présenté dans la littérature bien-pensante comme un chantre de la liberté et dont un fameux chapitre extrait de son ouvrage «De l’Esprit des lois» est lu par les adeptes du second degré, comme une dénonciation de l’esclavage par la dérision, alors que les partisans du direct pragmatique n’y voient qu’une justification, cynique et amère. Pour reprendre l’historien guadeloupéen et chercheur de l’institut Africamaat, Jean-Philippe Omotunde, «une panoplie d’arguments anti-nègres» est développée par Montesquieu dont fait partie la théorie sociologique des climats.Or, «dès lors, ajoute Omotunde, qu’il induit un lien de cause à effet entre climat chaud et dégradation de la personne humaine, il participe activement à la construction du champ sémantique impérialiste qui va générer le racisme».Pour bien comprendre le contexte des philosophes des Lumières, dont certains étaient également d’habiles financiers, comme Montesquieu, lequel détenait des intérêts dans des ports négriers, il faut s’imprégner du rang de la religion chrétienne qui considère tous les hommes comme égaux devant Dieu. Afin donc de concilier les bons principes chrétiens et le poids de l’Eglise, les valeurs prônées d’humanisme et les exigences de l’expansion coloniale et commerciale, un processus de déshumanisation des esclaves se mit mentalement et socialement en place, considérant les hommes de «ces climats», comme «la plus dégradée des races humaines», inférieurs intellectuellement, socialement et politiquement, ce qui justifie toutes les dérives.Montesquieu n’est pas le seul philosophe des Lumières dont on peut admirer, d’un côté, le brillant esprit; tout en restant dans une zone d’ombre totale quant à la perception de l’Autre. Comment expliquer en effet ce paradoxe qui consiste à prôner la liberté universelle, tout en coexistant avec l’esclavage, le «Bois d’ébène» et le «Code noir»? En Allemagne, un grand penseur idéaliste comme Friedrich Hegel n’hésite pas à déclarer dans son ouvrage, «La raison dans l’histoire»: «Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle». Un discours qui constitue le summum de l’européano-centrisme, justifiant et réhabilitant postérieurement l’impérialisme colonial et néocolonial dont les échos nous parviennent jusqu’à nos jours, ainsi que le décortique brillamment l’universitaire camerounais Achille Membe. Mais les Lumières, c’est aussi Rousseau, chantre du mythe du bon sauvage, dénonciateur du fondement de l’esclavage, jugé illégitime, incompatible qu’il est avec le droit puisque basé sur la loi du plus fort.Le siècle des Lumières, c’est également Voltaire qui porte un certain regard sur l’esclavage à travers cette scène de «Candide» où l’on assiste à une mutilation d’esclave dans le Surinam, en Guyane hollandaise.Que dire de cette saisissante analyse du marquis de Condorcet dans ses «Réflexions sur l’esclavage des Nègres» où il dénonce ces écrivains qui «nous présentent la traite des Nègres comme étant presque un acte d’humanité», sur la foi, comme source de témoignage, de «gens employés au commerce des Nègres». «En supposant qu’on sauve la vie des Nègres qu’on achète, poursuit le marquis de Condorcet, on ne commet pas moins un crime en l’achetant, si c’est pour le revendre ou le réduire en esclavage (…). L’excuse alléguée est d’autant moins légitime, que c’est au contraire l’infâme commerce des brigands d’Europe, qui fait naître entre les Africains des guerres presque continuelles, dont l’unique motif est le désir de faire des prisonniers pour les vendre. Souvent les Européens eux-mêmes fomentent des guerres par leur agent ou par leurs intrigues; en sorte qu’ils sont coupables, non seulement du crime de réduire des hommes en esclavage, mais encore de tous les meurtres commis en Afrique pour préparer ce crime».Que rajouter de plus à tout cela, si ce n’est que l’humanisme est la foi en l’homme, qu’il soit noir ou blanc, chrétien ou musulman... Qu’il est injuste de décortiquer la question de «l’esclavage en terre d’Islam» pour mieux induire qu’il était de même ampleur et de mêmes fondements raciaux que la traite négrière «en terre chrétienne!!!» Qu’on ne peut pas évoquer le rapt barbaresque, sans une explication du phénomène de la guerre de course et du commerce équivalent de l’autre côté de la Méditerranée. Qu’on ne peut pas clore son ouvrage par un «appel à la conscience aux gouvernants musulmans», concernant l’esclavage moderne qui sévit sur leurs terres (selon Chebel, pêle-mêle: bonnes marocaines, toutes sortes de domestiques, polygamie, mariage de convenance…) et se taire sur les conditions de travail, en Occident même, des immigrés souvent clandestins, dans les serres agricoles et dans les entreprises de non-droit. Car comment appeler ce trafic, prospère des deux côtés de la Méditerranée, d’hommes dans la détresse, transportés, employés et logés dans l’illégalité et dans les pires des conditions, si ce n’est de l’esclavage? Que dire des réseaux de traite des blanches exposées sur le marché de la prostitution mondiale; ainsi que toutes ces nouvelles formes de servitude, dénoncées par des intellectuels africains dont la mondialisation telle qu’exercée dans l’Afrique des Grands Lacs, ainsi que le développe l’écrivain Burundi, Jean-Marie Sindayigaya.Car l’humanisme ne saurait être à géométrie variable, ni le discours sur l’esclavage ne peut s’orienter vers l’accablement des uns, blanchissant subliminalement les autres, le crime du voisin ne pouvant, en aucun cas, excuser le nôtre.


Cinq «Esclaves» et affranchis de l’histoire...

Evitons les sujets qui fâchent et rêvons d’universalisme à travers ces brefs portraits:■ Hajar ou Agar: Servante égyptienne de Sarah et deuxième épouse d’Abraham, certains voient en elle la sœur du Pharaon, laissée à leur service.Stérile, Sarah encouragea l’union d’Abraham avec Hajar dont naîtra Ismaël (ancêtre des Arabes) auquel le destin donna, treize ans plus tard, un demi-frère, nommé Isaac (ancêtre des Israélites). Prise de jalousie, Sarah exigea le départ de Hajar et de son fils, tandis que le patriarche eut la révélation d’un destin fabuleux pour la postérité d’Ismaël dans le désert. Hajar et son fils connurent l’épreuve de la soif, étanchée par la source de Zem-Zem et dont le souvenir est commémoré lors du pèlerinage à La Mecque. ■ Bilal Al-Habashî: Fils d’esclaves éthiopiens, il était la propriété de Umayyah Ibn Khalaf. Converti à l’Islam, il est torturé par son maître païen qui exigeait le reniement de sa foi dans d’impitoyables séances de tortures publiques, pour donner la leçon aux autres esclaves, attirés par cette religion qui prônait l’égalité, édictait des règles de fraternité, faisant de l’affranchissement une œuvre pie, à défaut d’interdire cette solide institution. Abou Bakr n’obtint l’affranchissement de Bilal qu’en échange d’un esclave polythéiste. Emigrant à Médine, Bilal devint le premier muezzin de l’Islam et accompagna le Prophète dans ses batailles. Après un long séjour en Syrie, Bilal retourna à Médine où il effectua à l’aube un émouvant appel à la prière.■ Esope: Fabuliste du VIe siècle, c’était un esclave d’origine phrygienne (en Turquie actuelle), prisonnier de guerre, selon Plutarque, qui le décrit comme laid et boiteux, bossu et bègue. Affranchi, il traversa des pays d’Afrique et d’Orient et fut envoyé comme émissaire par Crésus dans les villes grecques où il trouva tragiquement la mort après une injuste accusation de vol. A travers une prose familière, Esope racontait, dans la bonne humeur, les relations du faible et du maître, portant là un message universel de dépassement de notre condition humaine. Ses fables servirent de matrice culturelle et inspirèrent de nombreux auteurs comme La Fontaine ou Phèdre.■ Arrouj, dit Barberousse: Exerçant d’abord comme marin, il est capturé par les pirates, son frère tué, et lui vendu comme esclave à Rhodès. Placé sur une galère appartenant aux Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean, comme rameur, il réussit à prendre la fuite et arrive en Egypte. Remarqué par les grands de l’Empire, Arrouj et son frère cadet devinrent des corsaires renommés, terreurs de la Méditerranée, maîtres d’une puissante flotte guidée par le désir de libération mais qui fit sur son chemin, de nombreux captifs.■ Abraham Hannibal: Prince camerounais, amené jeune en captivité à Istanbul après sa capture par des esclavagistes, il est vendu à un diplomate russe qui l’offre à Pierre le Grand. Devenu filleul du Tsar, il occupa un haut rang comme ingénieur, mathématicien et général de l’armée russe. De son union avec une noble suédoise, il eut de nombreux descendants dont le poète Alexandre Pouchkine…

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