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Prix Nobel de Chimie : Progogine: Les sciences sont vecteurs d'espoir

Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

La décision française de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique a provoqué l'émoi de la communauté internationale. Pas celui d'Ilya Prigogine. Refusant de limiter la science à un cocktail explosif de connaissances, le Prix Nobel de chimie 1977, Belge né en Russie en 1921, insiste au contraire sur ses bienfaits. Avec un optimisme forcené, il déclare croire au "pouvoir de la science dans la protection de l'environnement" et à son rôle de porteuse d'espoir.


Question: L'opinion publique réagit avec de plus en plus de vigueur aux déséquilibres de l'environnement. Les scientifiques sont-ils inquiets eux-aussi?
Réponse: Aujourd'hui, nous vivons dans un univers dont nous connaissons mieux les caractéristiques historiques. Comme scientifiques, nous nous intéressons donc à l'évolution des espèces, de l'environnement, mais aussi à la conservation des richesses culturelles et de leur diversité.
Le progrès technologique n'est plus la référence suprême: au début de ce siècle, l'homme civilisé était l'Européen, et les autres étaient vus comme des sauvages! Puis l'horizon intellectuel et les sensibilités se sont ouverts à d'autres modes de vie. Et l'intérêt pour l'environnement s'est fait jour, lui aussi.

- En quoi les scientifiques ont-ils modifié leur vision de la nature?
- Pour la science classique, la nature était un ensemble de phénomènes automatisés, tandis que l'homme appartenait au domaine de l'intelligence. Une approche dualiste d'ailleurs très occidentale: la civilisation chinoise a, quant à elle, toujours compris la nature comme autonome, libre et harmonieuse.
Le dualisme n'est pas encore tout à fait oublié. Dans son best-seller "Une Brève histoire du temps", le physicien britannique Stephen Hawking (né en 1942, NDLR) explique que le monde est une géométrie, qui "est", qui ne "devient" pas.
Cette vision n'est pas justifiée. En quelques dizaines d'années, la science a découvert le complexe, la non-linéarité, le chaos et découvert que, loin d'être un automate, la nature est créative et en perpétuel devenir. Ainsi c'est l'inattendu, l'évolution, la catastrophe qui ont permis l'apparition des mammifères, ce sur quoi insiste le grand biologiste américain Stephen Jay Gould. La nature est une narration, un roman imaginatif, qui s'écrit progressivement. C'est une construction à laquelle chacun de nous participe.

- On n'y participe pas toujours de façon bénéfique pour notre environnement. L'invention de l'arme nucléaire ne risque-t-elle pas de mettre fin à ce roman?...
- Il y a eu des catastrophes. Mais n'oublions pas que, pour tuer, on n'a jamais eu besoin d'armes nucléaires. Les bombardements conventionnels sur Dresde ont fait encore plus de victimes qu'Hiroshima ou Nagasaki.
Je ne sais pas à quoi doit servir l'arme nucléaire aujourd'hui. Le danger vient surtout du terrorisme, or on ne réplique pas à celui-ci par le nucléaire. Celui-ci me paraît être une survivance du passé.

- Les scientifiques prévoient-ils des lendemains meilleurs?
- Les sciences sont vecteurs d'espoir. Le cerveau humain sert beaucoup plus que le plus grand ordinateur. Par exemple, nous n'utilisons encore qu'une fraction infime de l'énergie solaire. Celle-ci est pour la plupart simplement renvoyée dans l'espace. Pensons aussi à toutes les possibilités de renouveau de l'environnement, aux moyens de lutter contre la désertification, contre la pollution liée à l'augmentation de la population.
L'augmentation de la population n'est d'ailleurs pas un mal en soi. Il n'y a jamais eu tant de gens qui ont participé à la connaissance, tant d'enfants qui sont à l'école.
Dans ce domaine comme dans d'autres, des perspectives considérables sont ouvertes.
Il n'y a pas si longtemps encore, on pensait qu'avec les lois de Newton, la mécanique quantique, la relativité on avait presque toute la connaissance. De grands physiciens comme Hawking ont même décrété qu'on était arrivé à la fin de la science, à la fin du progrès scientifique!
Nous vivons une période unique. D'un côté, il n'y a jamais eu tant d'applications possibles de la science et, d'un autre, nous sommes dans un univers plus complexe qui exige de nouvelles connaissances mathématiques.
Et l'on n'a pas le droit de réduire la science à un ferment de l'Apocalypse.

Propos recueillis par Weronika Zarachowicz, World Media Coordination

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