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Culture

Pétrole et politique étrangère au royaume d’Arabie
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2891 Le 29/10/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)L’Organisation des pays producteurs de pétrole, la célèbre Opep, s’est réunie à Vienne, vendredi, soit un mois avant la date initiale prévue. Il y avait urgence. Face à la baisse accélérée des prix du brut -moins 60% en trois mois-, diminuer l’offre de pétrole semble évidemment le meilleur moyen pour enrayer la chute des cours. Chez certains pays producteurs, les responsables politiques ont les cheveux qui se dressent sur la tête à voir les prix du pétrole entraînés sur une spirale descendante. Et de se rappeler les cours enregistrés en 1998, à la suite de la crise asiatique: 8 dollars le baril! Du coup, le Venezuela, l’Algérie, la Libye, l’Iran, d’autres encore, ont multiplié les communiqués agressifs appelant à l’action, c’est-à-dire à une baisse de la production, de préférence chez les plus riches des membres de l’Opep, ceux qui peuvent se le permettre. A entendre Caracas, Alger, Tripoli ou Téhéran, une décision de réduire les quotas de production attribués à chaque pays producteur de pétrole, membre de l’Organisation, était inéluctable.Ce n’était pas l’avis de tout le monde. Arrivant jeudi à Vienne, le ministre saoudien du pétrole, Ali al-Naimi, avait déclaré à la presse, au risque d’apparaître comme un provocateur: «Réduire la production? Qui en parle? Les prix seront déterminés par le marché!» Certes, le lendemain Riyad consentait une réduction de 1,5 million de barils/jour à partir du 1er novembre. Mais ce n’était ni sans réticence, ni surtout, sans arrière-pensée.

Poids lourd incontesté
Les réticences de Riyad sont réelles. Pourquoi? Parce que l’Arabie saoudite est le premier producteur de pétrole du monde, le premier exportateur, le poids lourd incontesté de l’Organisation des pays exportateurs. En dernier ressort, Riyad décide, et pas un autre Etat, s’il faut accroître ou diminuer les quotas. L’Arabie est le seul pays parmi les producteurs qui soit capable d’enlever au marché des quantités importantes de brut, assez en tout cas pour avoir un effet perceptible sur les prix. Bien entendu, nombre de pays ont du mal à percevoir cette réalité et la supportent difficilement. Bonne occasion pour Riyad de montrer qu’il n’est pas disposé à faire un très gros effort pour réduire sa propre production. Cela peut paraître extraordinaire et plutôt difficile à comprendre. Dès lors que la tendance des marchés pétroliers est à la baisse, le gouvernement saoudien devrait normalement vouloir maintenir les prix à un niveau raisonnable pour ne pas brader son pétrole. Cependant, le royaume d’Arabie ne manque pas de «cash», ses caisses sont pleines de devises, un trillion, dit-on, mille milliards de dollars. Autant dire que les chiens peuvent aboyer, divers autres producteurs crier à la catastrophe, les Saoudiens n’entendent pas se voir dicter leur conduite, surtout par certains… Riyad ne raisonne pas à court terme. Peu lui importe une hausse ou une baisse conjoncturelle des cours du brut. Les Saoudiens se déterminent à raison d’une ambition géopolitique, à la fois large et précise, et non en fonction de comptes d’apothicaires qui ne voient pas au-delà de leur horizon budgétaire annuel.Un sommet de l’Opep ne va pas sans arrières-pensées. Celles de Riyad sont bien réelles. Toute crise présente des opportunités. Autant en profiter pour punir les mauvais, récompenser les bons, soutenir ses alliés lorsque ceux-ci suivent une ligne politique conforme aux aspirations et projets des seigneurs saoudiens.
Mauvais coup porté au monde entier
Depuis 1973 et l’embargo décidé par les producteurs de brut, Riyad n’ignore plus de quelle manière se servir du pétrole comme d’un outil de politique étrangère. A l’époque, les Vénézuéliens avait décidé d’accroître leur production de brut au lieu d’appliquer l’embargo(1). Les Saoudiens ne leur ont jamais pardonné. Dans les années 1980, en coopération étroite et secrète avec les Etats-Unis, les Saoudiens ont extrait du pétrole à tout va pour en inonder le marché et maintenir les prix à un niveau plutôt bas. Ce fut l’un des procédés employés pour nuire à l’URSS. Dans le même temps, le risque d’une reprise de l’embargo par l’Opep laissait planer sur les pays occidentaux une menace constante propre à les rendre raisonnables.Depuis cette époque, Riyad n’a cessé d’utiliser l’arme du pétrole afin que les intérêts américains demeurent en ligne avec les leurs. Pour quels objectifs? Maintenir, par exemple, un pouvoir sunnite à Bagdad ou veiller à tenir sous étroit contrôle l’adversaire millénaire perse.La récession d’aujourd’hui est un mauvais coup porté au monde entier. C’est peut-être encore plus le cas pour certains pays comme le Venezuela et l’Iran où la survie du régime dépend étroitement des prix du pétrole s’ils doivent faire le grand plongeon. Or les Saoudiens ne peuvent pas trouver mauvaise une poursuite relative de la baisse des cours de manière à se débarrasser de divers gêneurs en les acculant à la faillite politique. Ainsi, en punissant le Venezuela, Riyad sanctionnerait-il son absence de solidarité de 1973 et débarrasserait-il Washington d’un trublion très proche. Les Russes aussi pourraient bien être inquiets. Le Royaume n’apprécie pas ce retour offensif de la Russie surtout quand il s’effectue au Moyen-Orient. Contribuer à l’assèchement monétaire de Moscou, déjà aux prises avec un manque majeur de liquidités, revient à calmer les ardeurs et ambitions stratégiques du Kremlin. Et il y a l’Iran, une priorité historique pour l’Arabie. Or l’Iran, pour s’être lancé dans une politique d’expansion du chiisme militant, constitue une menace à l’encontre des pays arabes, très majoritairement adeptes du sunnisme. Téhéran paye et arme le Hezbollah libanais, il soutient activement les chiites irakiens, il entretient une agitation latente chez les coreligionnaires chiites qui résident dans les Etats du Golfe. Cette volonté de modifier les rapports de force existant au sein du monde musulman au détriment des sunnites est inacceptable pour Riyad et doit être combattue. Un pétrole encore moins cher irait donc dans le bon sens. Evidemment, une telle politique n’est pas tout uniment avantageuse. Elle peut nuire à des pays producteurs de pétrole auxquels l’Arabie n’a rien à reprocher et qui sont des amis des Etats-Unis, tels le Brésil, le Canada, le Mexique… Ceux-ci vont voir leurs ressources douloureusement amputées. Le Mexique surtout concerne Washington qui ne peut que redouter un effondrement de son voisin méridional. Reste qu’une baisse prolongée des prix du pétrole favorise celle des matières premières, diminue l’inflation et redonne du pouvoir d’achat aux citoyens de très nombreux pays, des Etats-Unis au Maroc et à la Tunisie, en passant par de multiples pays d’Europe et d’Asie.Croire que Riyad puisse se déterminer en matière de production pétrolière en fonction d’un seul et trivial rapport coût/bénéfice serait folie. De très nombreuses opportunités politiques s’offrent aux Saoudiens qui entendent bien en profiter. A Vienne, le gouvernement de Riyad a consenti à réduire les quotas (voir encadré). L’influence sur les prix du pétrole devrait être modeste. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas même frémi après le sommet de l’Opep. La chute pourrait même s’accentuer. Une chose est en effet d’annoncer à Vienne une baisse de la production, une autre est d’appliquer effectivement cette décision collective. Aux membres de l’Opep, désormais, de jouer. Nombreux sont ceux qui vont s’abstenir. Et l’Arabie saoudite, comme d’autres, pourrait bien ne pas baisser le volume de sa production des quelque 500.000 barils/jour qu’elle s’est engagée à ne plus extraire quotidiennement. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) «Embargo», de l’espagnol «embargar» qui veut dire empêcher, et équivaut à une suspension des exportations, d’un produit ou de plusieurs, à destination d’un pays ou de plusieurs; c’est le contraire du «boycott» qui consiste en une suspension des importations, édictée par un pays, ou plusieurs ou par la communauté internationale dans son ensemble.
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