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Politique Internationale

Pascal Devoyon : Piano: Les écoles nationales disparaissent

Par L'Economiste | Edition N°:219 Le 29/02/1996 | Partager

Les instituts français de Casablanca et Rabat présentent trois concerts qui seront donnés par trois pianistes français représentant l'école française: Pascal Devoyon, Dominique Merles, éminents concertistes de réputation internationale et professeurs au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Le troisième, Jean-Efflam Bavouzet, a obtenu plusieurs premiers prix dans ce Conservatoire, où il a été formé par Pierre Sancan, né à Meknès où il a commencé à étudier le piano.
Pascal Devoyon(1) jouera à Casablanca au Complexe Culturel Sidi Belyout le 8 mars et à Rabat dans la salle Gerard Philipe le samedi 9 mars. Il a accepté de répondre à quelques questions:

Question: La notion d'école nationale de piano est-elle justifiée.
Réponse: Depuis une trentaine d'années, les facilités de transport ont largement permis le développement des échanges artistiques dans le monde. On ne peut plus citer une ville comme étant plus qu'une autre le centre musical du monde. A l'exception de la France, tous les grands pays offrent à leurs étudiants un choix entre plusieurs établissements supérieurs. Ces quelques raisons suffiraient à justifier mon impression que dorénavant les écoles au sens d'une tradition nationale sont en train de disparaître. Il est rare que les étudiants n'étudient que dans un seul pays, ils sont donc confrontés à diverses influences prodiguées par des enseignants qui sont souvent étrangers au pays dans lequel ils enseignent. Dorénavant on cherche plus un professeur qu'une école. Et l'étudiant devient alors le produit d'une individualité plus que d'une école.

- La qualité d'un enseignant dépend-elle de la renommée des enseignants ou des traditions d'enseignement d'une génération à une autre?
- Qu'on le veuille ou non, nous sommes tous influencés par l'entourage dans lequel nous vivons, et moi-même qui vais bientôt dispenser mon enseignement à Berlin, je ne sais pas jusqu'à quel point ce changement modifiera mon approche de la musique. Mais pour un musicien, toute nouveauté ne peut qu'enrichir son bagage et lui ouvrir des horizons, et même si je suis issu d'une longue tradition française, je ne me sens nullement grand-prêtre d'une quelconque religion immuable que j'aurais le devoir de perpétuer. J'essaye au contraire de m'inspirer de toutes les formes de pensées que j'ai pu rencontrer afin que ma pédagogie ne se stérilise pas. Il en est de même pour nombre de mes collègues, et dans ces conditions, la tradition ne peut que se diluer peu à peu.

- Comment parvenez vous à concilier une carrière de concertiste international et l'enseignement au conservatoire qui exige une présence suivie?
- Concilier concerts et enseignement demande une bonne organisation et un travail constant. Mais c'est un excellent équilibre entre le besoin d'exprimer son art sur scène et celui de partager son expérience avec de futurs collègues. L'enseignement est extrêmement enrichissant en ce qu'il oblige à une synthèse de ce que l'on sait et à chercher pour répondre à ce que l'on ne sait pas! Au niveau supérieur, les étudiants apportent souvent par leur personnalité une vision différente de la musique et par là-même oblige à se remettre en question. Il me serait difficile maintenant d'imaginer d'arrêter tournées ou enseignement. Pour moi les deux sont intimement liés à ma propre évolution.

- Comment déterminer si un étudiant a suffisamment d'aptitudes pour réussir une carrière de concertiste international?
- Je ne suis pas sûr que ce soit mon devoir de décider si tel ou tel pourra devenir concertiste. Je suis là pour aider, non pour arbitrer la vie de quelqu'un. Toutefois, je suis parfaitement conscient du risque qu'un jeune prend en décidant de se lancer dans ce métier, et je parle souvent à mes étudiants des problèmes qu'ils rencontreront afin, dans la mesure du possible, de les préparer à ce qui risque d'être un choc quand ils sortiront du cocon de la vie d'étudiant.

- Les concertistes déplorent généralement de ne passer que très peu de temps dans les pays où ils donnent des récitals. Hélas, c'est vrai aussi pour vous cette fois-ci, car votre séjour au Maroc, où vous venez pour la première fois, est réellement trop court.
- S'il est vrai que je déplore de rester toujours si peu dans un pays, il faut bien faire un choix. Avoir trois métiers n'est pas de tout repos: je suis pianiste, professeur et père d'une famille nombreuse! Ce dernier métier n'étant pas le moins prenant. Quand je voyage pour mon premier métier, il est normal d'accepter la contrainte d'un séjour réduit au minimum afin de pouvoir exercer correctement les deux autres. Mais je regrette beaucoup de ne pas pouvoir rester quelques jours de plus au Maroc que je sais être un pays particulièrement séduisant et accueillant.

Propos recueillis par Joseph Glaser

1) Au programme de Pascal Devoyon: Claude Debussy; suite Beragamasque (prélude-Menuet- Clair de lune - passepied ) et Images, livres 1er (Reflets dans l'eau - Hommage à Rameau - Mouvement). Franz Schubert: Wanderer Fantaisie (quatre mouvements) et des oeuvres de Frédéric Chopin.

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