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Politique Internationale

Pr Albert Jacquard, généticien et polytechnicien français : Le rôle de l'économie doit être repensé

Par L'Economiste | Edition N°:219 Le 29/02/1996 | Partager


L'Institut Français de Casablanca a accueilli, jeudi 22 février, Albert Jacquard, professeur en génétique aux Universités de Paris et de Genève, pour une conférence à l'occasion de la sortie de son livre "J'accuse l'économie triomphante".

Polytechnicien, docteur en biologie humaine et membre du Comité d'Ethique français, le Pr Jacquard est surtout connu pour ses prises de position sur le progrès scientifique, le racisme, la démographie, l'école, les faits de sociétés D'emblée, il affirme que "ce que nous vivons n'est pas une crise mais une mutation". Avec l'effondrement du Mur de Berlin et de l'empire soviétique, l'explosion démographique, les problèmes de l'environnement le monde bouillonne et vit beaucoup de changements.
La population augmente de plus en plus alors que l'espace disponible demeure le même. L'idée de trouver une planète de rechange est à exclure, puisque la plus proche planète est à quelque 100 années lumière (il faudrait donc près de 1.000 ans à la vitesse d'une fusée pour l'atteindre), il ne reste plus qu'à protéger la source de vie, essayer de consommer intelligemment et lutter contre le comportement gaspilleur. Avec le changement des conditions de vie, un changement de comportement s'impose.

Le théorème d'Adam Smith est faux!


Ce que le Pr Jacquard propose dans son ouvrage "J'accuse l'économie triomphante", c'est de ne pas traiter le problème comme une crise, mais comme une nouvelle situation à laquelle il faudrait s'adapter. Pour cela, il est essentiel d'essayer de chercher l'erreur dans le raisonnement économique "qui a été accepté de façon trop simpliste", dit-il.
A l'époque où ce raisonnement a été pensé, l'essentiel de la production des hommes était marchandable (nourriture, maisons, habits). Seulement, aujourd'hui, les besoins ont évolué et par conséquent sont nés des biens ou des produits tout aussi essentiels mais difficilement ou nullement marchandables. "Comment pouvons-nous imaginer un marchandage entre un instituteur et un médecin; lequel des deux rend le plus service à l'humanité?". Il n'y a pas lieu de comparaison. Ces deux produits ont un coût, certes, mais ils n'ont pas de valeur échangeable sur le marché. Le théorème d'Adam Smith qui veut que le prix des biens traduit leur vraie valeur s'en trouve ainsi ébranlé.

Il y a aussi le concept de l'appropriation et de l'appartenance: A qui appartiennent les richesses de la Terre? La réponse est évidente: à toute l'humanité bien sûr. Mais si nous prenons l'exemple du pétrole, chaque baril de pétrole que nous brûlons n'est pas renouvelable, donc nous en privons nos petits enfants. "Et quand on voit ce que l'on fait avec le pétrole de nos jours, on se dit que nous sommes la génération la plus voleuse de tous les temps", dit le Pr Jacquard. De plus, si le pétrole appartient aux générations à venir, son prix actuel ne traduit pas sa vraie valeur puisqu'il faudrait le payer à tous ses propriétaires, ce qui reviendrait beaucoup plus cher. Donc le théorème d'Adam Smith n'est pas valable pour le pétrole aussi.
Pourquoi ne pas procéder pour le pétrole et d'autres biens comme l'UNESCO l'a fait pour la Cathédrale d'Amiens ou Venise qui n'appartiennent pas seulement aux Français ou aux Italiens, mais à tous les hommes. "Ce que l'on a accepté de tenir pour des richesses créées par les hommes, pourquoi ne pas le tenir pour celles créées pour les hommes?", se demande le Pr Jacquard. Il faudrait donc repenser le rôle de l'économie dans notre société. On ne peut certes pas se passer d'une économie "avec" marché, mais il ne faudrait pas en faire une économie "de" marché, qui laisserait croire que tout peut être marchandable.

Bâtir l'humanité de demain


L'homme, grâce à son intelligence et à sa supériorité sur les autres créatures, a réussi à créer une interaction en développant la communication, et donc l'échange. Et maintenant que le monde vit des mutations et que l'homme, lui, subit ce nouveau mode de vie, il faudrait, dans la foulée, qu'il essaye de préserver ce qu'il a de plus précieux: les liens tissés avec les autres. Le premier lieu d'échange que l'homme découvre, c'est l'école. Il faut donc faire en sorte que l'enseignement devienne une priorité. Nous devons préparer l'humanité de demain, la bâtir, et c'est aux enseignants de prendre en charge cette responsabilité, puisqu'ils ont la parole et sont l'intermédiaire entre le monde et l'enfant, l'homme de demain.
Le Pr Albert Jacquard expose sa vision de l'avenir comme étant que les pays méditerranéens, européens ou africains, abandonnent une part de leur souveraineté culturelle au profit d'une Communauté Culturelle Méditerranéenne. Ce serait en quelque sorte le "Marché Unique de la Culture" où les Méditerranéens, toutes nationalités et religions confondues, oeuvreront ensemble pour une vie meilleure. "Nous avons bien créé la CEE, alors pourquoi ne pas concevoir la CCM?", dit-il. Et d'ajouter: "Nous devons construire une société différente, qui aura pour objectif le "bonheur". Et le bonheur, dit-il, c'est de savoir qu'on est beau dans le regard des autres. Cela devrait être un constat partagé par tous et en particulier par les enfants".

Hanaâ FOULANI

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