×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Politique Internationale

Felipe Gonzalez, candidat socialiste sortant : "Je demande pardon à la population pour les erreurs"

Par L'Economiste | Edition N°:219 Le 29/02/1996 | Partager

Il sait que ça va être difficile, presque impossible, mais il est prêt à aller jusqu'au bout de la bataille. Felipe Gonzalez est sur le point de changer son uniforme de Premier ministre pour celui de candidat en campagne et, bien qu'affaibli, il reste redoutable. Gonzalez et certains socialistes pensent que la situation peut encore se renverser.


- Question: Représentez-vous un problème pour le Parti Socialiste?
- Réponse: Felipe Gonzalez: J'ai défendu le fait, et c'est le fond du problème que la rénovation est nécessaire. J'ai demandé à haute voix quel devait être mon rôle en ce moment. Et je me suis trouvé face à une position d'écrasante majorité en faveur de ma candidature, et c'est ce qui m'a poussé à l'accepter, ainsi que toutes les conséquences qui en découlent, c'est-à-dire accepter pour me battre et tenter de gagner.

- Quels seront les principaux messages du PSOE?
- J'ai déjà fait allusion à certains d'entre eux. L'emploi est un objectif fondamental (...). C'est un élément essentiel permettant de maintenir le système social, et il ne peut être atteint qu'à l'aide d'une économie compétitive ou, pour être plus précis, d'entreprises compétitives. Il existe un triangle comprenant l'emploi, le système social et la compétitivité qui ne peut être brisé et qui exige la définition d'un nouveau contrat social. Et quand je parle de contrat social, je veux dire consensus. Nous avons la génération de jeunes -hommes et femmes- la mieux préparée de notre histoire, aussi bien du point de vue universitaire que du point de vue de la formation professionnelle. Le pays a fait un grand investissement dans le capital humain, et nous devons tout faire pour que ces nouvelles générations s'insèrent dans la société. (...)

- Vous avez introduit dans le débat le thème de la répartition du travail.
- J'ai tenté d'introduire le thème sans lui donner des apparences démagogiques: est-il possible de progresser dans le domaine de la répartition du travail disponible tout en maintenant la compétitivité comme condition sine qua non? Je préfère poser le problème comme une question: est-il possible de progresser? Je pense qu'on peut et qu'on doit progresser.

- Une partie de cette jeunesse, qui n'a connu que des gouvernements socialistes, vous rend en grande partie responsable de son manque d'espoir.
- Sans doute, bien que dans toutes les sociétés développées la révolution technologique engendre beaucoup d'incertitudes. Car même lorsque l'économie est en expansion, elle n'absorbe pas tous ceux qui veulent accéder au marché du travail. En Espagne, on peut expliquer l'évolution des dernières années. Plus d'un million de personnes ont abandonné le secteur agricole, deux millions de femmes arrivent sur le marché, l'émigration diminue et la génération du baby-boom veut accéder au marché du travail. Tous ces facteurs entraînent une augmentation de la population active qui annule l'effort de la création d'emplois.

- Pensez-vous que l'Union Economique et Monétaire verra le jour dans les délais convenus?
- Je pense que le traité va être respecté.
(...) Mais oublions un peu le traité de Maastricht, imaginons que nous n'ayons pas cette obligation. Quel est aujourd'hui le grand débat aux Etats-Unis qui divise le gouvernement et l'opposition? L'élimination du déficit d'ici à 2002, un déficit qui dépasse de peu les deux points du produit brut. L'objectif des 3% serait-il envisageable sans Maastricht? Je ne pense pas, car la lutte contre le déficit va faciliter la baisse de l'inflation et des taux d'intérêt, et la baisse des taux va faciliter l'investissement et la création d'emplois. Aussi ne subissons-nous pas de contrainte extérieure, les dispositions que nous avons acceptées reflètent nos besoins; elles doivent et peuvent être respectées.

- Personne ne conteste l'objectif final mais les délais. D'où sortent les deux billions de réduction de dépenses qui permettraient d'arriver en deux ans à un déficit de 3%?
- Nous établissons déjà des chiffres. La Loi de Finances de 1996 en avait donné et, bien qu'elle n'ait pas été votée par le Parlement, elle est connue et a été transformée en un décret-loi qui respecte les objectifs concernant le déficit. (...): nous maintenons les dépenses liées à l'éducation, nous les augmentons dans le domaine de la santé, nous maintenons la politique des pensions comme convenu et réduisons le reste des dépenses. En 1995, nous avons constaté que les recettes ont été inférieures aux prévisions, mais nous avons surveillé les dépenses mois par mois et il s'est avéré que, non seulement nous avons respecté l'objectif concernant le déficit, mais que nous l'avions amélioré. Aussi avons-nous démontré que nous pouvons surmonter cette épreuve. Nous ferons la même chose cette année, malgré les élections. Nous continuons de surveiller les dépenses, mois par mois.

- L'un de vos anciens ministres de l'Intérieur est poursuivi en justice, un ex-président de Navarra est en prison, ainsi que votre ancien chef de la Guardia Civil et plusieurs dirigeants de votre parti sont en procès avec Filesa. Tout semble facile pour l'opposition.
- Je pense que vous approfondirez la question le plus possible. Ce qui m'a fait le plus de tort -sinon, nous ne nous trouverions pas dans cette situation d'incertitude ou de difficulté face aux élections- ce sont les affaires de corruption. C'est évident. Nous devons faire un acte d'humilité; dire aux gens que nous essayerons de faire en sorte que cela ne se reproduise jamais. En fait, nous nous sentons responsables du fait que cela se soit produit sous notre gestion. Mais les personnes impliquées dans des affaires de corruption sont aux mains de la Justice; que l'on sache, il n'y a aucun cas d'impunité. Ces dernières années, nous avons agi avec sérieux, ce qui nous laisse penser qu'à l'avenir les personnes cherchant le profit ne s'infiltreront pas dans le monde politique. (...) Je comprends et je respecte le fait que les citoyens soient plus exigeants en matière de corruption envers un parti de gauche qu'envers un parti de droite. C'est pourquoi je demande expressément pardon à la population, car nous avons commis ces erreurs; mais ensuite, il faut continuer de se demander: "que se passera-t-il dans notre pays après le 3 mars?"


Interview recueillie par Jesus Ceberio, El Pais
Diffusée par le réseau World Media

José Maria Aznar part favori

Le terroriste doit être inquiet, le citoyen tranquille

Il vient de présider un congrès plébiscitaire du Parti Populaire (PP) qui s'est déroulé sans divergences. Il se sent porté par une vague qui le portera le 3 mars à la Moncloa. Mais José Maria Aznar sait que l'unanimité s'arrêtera là. Selon lui, les seuls qui doivent s'inquiéter de sa victoire sont les terroristes.


- Question: L'Espagne est un pays de centre-gauche et tout le monde semble convaincu que le PP va remporter les élections...
- Réponse: Je pense que la nécessité d'un changement est une réalité tellement partagée que même ceux qui désapprouvent quelque peu la politique du Parti Populaire, et qui ne sont pas du PP, vont miser sur nous. Je me dois de ne pas décevoir ces personnes ni celles qui souhaitent voir en Espagne un gouvernement sur lequel elles puissent compter, un gouvernement qui apporte force et stabilité.
(...) Je propose un accord social sans aucune condition préalable. Et j'aurai deux objectifs: un pacte d'austérité par lequel je souhaite engager les administrations publiques, et la garantie des mécanismes de cohésion et de protection sociale. Je ne demande pas aux autres: "quels sont vos projets?". Je souhaite que nous partagions l'objectif de la création d'emplois. Je pense que cela suffit pour démarrer. Ensuite, évidemment, je souhaiterais que, par le dialogue, les chefs d'entreprise et les syndicats arrivent à des accords concrets (...).

- Si le Parti Populaire représente le centre, où est la droite espagnole?
- J'ai transformé le PP en un parti centriste, c'est ce que je voulais faire il y a cinq ans et ce dont l'Espagne avait besoin. Je sentais que nous avions une dette envers la société espagnole, et je pense que nous l'avons bien payée en proposant rapidement une alternative authentique au gouvernement.

- Vous avez accusé le PSOE d'être incapable d'appliquer les dispositions du Traité de Maastricht. Etes-vous disposé à assumer le respect de ces conditions?
- Je pense que c'est possible et dans tous les cas souhaitable. Ce n'est pas le Traité de Maastricht qui nous pousse, mais la nécessité que notre économie génère beaucoup plus d'emplois. Pour faire face à la concurrence d'autres pays, nous devons réduire l'endettement, le déficit et l'inflation afin de favoriser la baisse des taux d'intérêt. Le gouvernement avait prévu une inflation nulle pour la fin de l'année 1992 et, après les élections de 1993, elle atteignait les 7,5%.

- Si vous n'augmentez pas les recettes, vous devrez réduire les dépenses. A quel niveau pensez-vous faire ces réductions?
- J'ai résumé la responsabilité qu'assumera notre gouvernement en quatre points: pacte d'austérité dans les administrations publiques, contrôle des dépenses publiques, modernisation du système fiscal et libéralisation de secteurs qui doivent s'adapter davantage à la concurrence internationale.

- Le fait de baisser les impôts et de contrôler le déficit sans toucher aux grands chapitres sociaux semble impossible.
- Vous séparez là des pièces qui font partie du même engrenage. Nous garantissons les prestations sociales. Il est faux de dire que le déficit social en Espagne est lié aux politiques à caractère social. Il est dû à un mauvais contrôle et au gaspillage. Je me dois de dire que nous allons entrer dans une période d'austérité budgétaire dans laquelle je veux engager les administrations publiques. Sur ce plan, l'Espagne peut économiser cinq cents milliards de Pesetas. Quand je parle de limiter l'endettement, j'envoie un message de confiance; si nous empêchons son augmentation, nous pourrons espérer obtenir une baisse des taux d'intérêt, ce qui est très important pour la création d'emplois. D'autre part, la politique de privatisation doit générer des recettes qui serviront à réduire le déficit public.

- Quel doit être le rôle des services secrets dans une démocratie solide comme l'Espagne?
- Nous allons remettre de l'ordre dans les services secrets et les redimensionner en fonction des vrais besoins de notre pays. Le Cesid a atteint des dimensions excessives et nous en avons fait un usage illicite, comme l'ont reflété certaines affaires qui ont scandalisé l'opinion publique. Par conséquent, il sera redimensionné, en utilisant ce qu'il a de valable, c'est-à-dire beaucoup de choses. Réformer un service d'espionnage est une chose, le désarticuler en est une autre. Je ne vais pas tomber là dedans. Dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, mon objectif n'est pas de tout transformer mais d'améliorer les choses en profitant de ce qui fonctionne correctement. Le Cesid continuera de dépendre du Ministère de la Défense, mais je vais créer le poste de coordinateur général des services d'espionnage qui pourra être lié au gouvernement. La gendarmerie et la police nationale conserveront leurs propres services de renseignements, mais il seront mieux coordonnés.

- Vous avez dit très clairement à l'ETA que vous alliez vous occuper d'eux. Que signifie cet avertissement?
- Le message est le suivant: les terroristes doivent être inquiets et les citoyens doivent être tranquilles. Et aujourd'hui, c'est le contraire qui se produit. Mais, c'est un fait, ils ont fait un pas en arrière ces dernières années, surtout au Pays Basque.

- Vous aimez à rappeler que vous avez un projet national, une certaine "idée de l'Espagne"?
- Je pense que l'Espagne c'est quelque chose de vivant, d'aimé et d'apprécié par les Espagnols. Mon idée d'une Espagne forte est compatible avec la réalité d'une Espagne plurale. En effet, cette pluralité ne peut pas être utilisée pour affaiblir cette chose vivante, selon l'expression de Cambo. Le pouvoir juridique de l'Etat des Autonomies doit être stable et ne doit pas être remis en question. Le gouvernement va promouvoir la reprise des compétences en suspens et organisera le mode d'action des Communautés Autonomes qui, dans certains cas, doivent assumer le recouvrement d'impôts afin de supporter les frais de leurs services. Nous voulons arriver à une administration unique, mais cela demandera probablement plus d'une législature.

- Pensez-vous apporter d'importantes modifications dans la politique étrangère espagnole?
- L'Espagne est à sa place. Je ne vais pas modifier la définition des intérêts extérieurs de notre pays. Nous avons peut-être pris l'habitude, depuis quelque temps, de tout attendre de l'étranger, et je crois que c'est une erreur car, à la base, nous dépendons de nous-mêmes. Mais nous, les Espagnols, ne contestons plus les objectifs européens, ni notre présence dans l'OTAN.

- La position actuelle de l'Espagne dans l'OTAN changera-t-elle?
- Je respecterai les résultats du référendum. L'Espagne est intégrée, par voie indirecte, dans 95% de la structure militaire de l'OTAN. Ce qui manque c'est le commandement. Mais c'est un sujet qu'on va laisser pour l'avenir.

Propos recueillis par Jesus Ceberio, El Pais
Diffusée par le réseau World Media

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc