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    Pakistan, l’Etat-nation manqué
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2651 Le 14/11/2007 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Que le général Pervez Mousharraf, président du Pakistan, soit bientôt contraint de quitter le pouvoir ne revêt en soi qu’un médiocre intérêt. L’important est le sort du pays dont la population, découragée devant l’incapacité de l’Etat à se soucier de ses besoins, est excédée par les vices d’un système gangrené par la corruption. La situation économique est catastrophique, la misère est grande, le peuple gronde. A Kaboul, un manœuvre gagne moins mal sa vie (4 dollars par jour) qu’à Karachi (1 dollar). Dans ce pays musulman, les islamistes s’imposent en aidant les plus démunis, ce qu’un pouvoir perverti se garde bien de faire. Cependant, une disparition brutale du régime militaire pourrait avoir de lourdes conséquences. Nombreux sont les spécialistes à imaginer un prodigieux chaos, des luttes armées, une fragmentation du pays en autant d’Etats qu’il existe d’ethnies, à moins qu’un puissant mouvement ne transforme le Pakistan en un Etat islamiste et… nucléaire.Le pire n’est pas toujours sûr, le décrire n’est pas un moyen de le conjurer. Tout de même! Une analyse des contradictions propres au Pakistan doit permettre au moins d’appréhender sa situation.Le Pakistan est tout sauf une nation. C’est un ensemble profondément hétérogène, placé sous la coupe d’un Etat autoritaire. Quand les Britanniques ont conquis le sous-continent indien, ils ont occupé les plaines et reporté les frontières du domaine vers les montagnes qui l’entouraient: à l’est, les hauteurs entre le Bengale et la Birmanie, au nord, les sommets de l’Himalaya entre l’Inde et la Chine, à l’ouest, les reliefs qui séparaient l’Inde britannique de l’Afghanistan. Ainsi l’Inde, ce «joyau de la Couronne», pouvait-elle être défendue sans trop de mal. Des considérations militaires avaient présidé à sa définition géographique, non ses réalités humaines et politiques; trop compliquées peut-être, elles intéressaient peu le colonisateur. Restait donc un ensemble de mini-Etats, de langues, de religions, d’ethnies diverses, à charge pour le vice-roi britannique d’en jouer pour mieux régner. Ce concept stratégique a tenu aussi longtemps que Londres a été capable de l’imposer. Une fois l’Empire britannique disparu, la région a dû se chercher un équilibre. Gandhi imaginait l’Inde indépendante comme un pays multinational et plurireligieux où les musulmans auraient naturellement leur place. Leur refus a entraîné une douloureuse partition du pays et un transfert de populations. A l’ouest, la partie musulmane de l’Inde s’est appelée le Pakistan, associé un temps au Pakistan oriental, devenu le Bengladesh en 1971, à l’issue de la troisième et dernière guerre entre l’Inde et le Pakistan. L’appellation «Pakistan» n’est pas un nom historique mais un reflet des divisions du pays; c’est un acronyme issu des cinq grands groupes ethniques qui constituaient l’Inde musulmane occidentale, Panjabi, Afghan, Cachemiri, Sindhi et Baloutche. Ces ethnies, au demeurant, ne sont pas toutes au Pakistan. On trouve des Baloutches en Iran, des Pachtouns en Afghanistan, des Panjabi en Inde. De plus, la guerre contre les Soviétiques a poussé à une émigration pérenne au Pakistan des centaines de milliers de Pachtouns originaires d’Afghanistan pour qui la frontière entre les deux pays est largement imaginaire, l’ethnie l’emportant sans barguigner sur l’appartenance nationale. La division est aussi géographique. Le Pakistan est double. Il comprend la vallée de l’Indus où réside la majorité de la population, panjabi pour l’essentiel, et les zones montagneuses où vivent les autres groupes ethniques qui ne s’entendent guère. On pourrait penser le Pakistan soudé par la religion. Erreur! L’Islam, aussi, est facteur de discorde. Il existe un mouvement séculariste dynamique, soucieux de développement économique et de modernisation culturelle, opposé aux tenants des valeurs islamiques traditionnelles. Cette tendance moderniste a deux racines, l’éducation de type britannique qui est celle de l’élite intellectuelle, l’influence du fondateur de la Turquie contemporaine, Mustapha Kemal, pionnier du sécularisme dans le monde musulman. Dès sa création, en 1947, le Pakistan s’est trouvé en situation de crise. Une démocratie parlementaire héritée des Britanniques et une armée organisée selon le modèle du colonisateur, n’ont pas suffi. La démocratie a vite disparu, l’armée devenant, dès 1958, le seul ciment d’un Etat en déshérence accélérée. Mais un ciment fragile! L’armée elle-même, reflet de la société qui la sécrète, n’est pas insensible aux ferments de division qui minent le pays. Choyée pourtant par le pouvoir, cette armée abrite de larges poches d’islamistes radicaux, à commencer par les services de renseignement militaire (ISI ou Inter-Services Intelligence), réputés infiltrés par des sympathisants des Talibans. Si elle survient, la décomposition du Pakistan sera forcément celle de son armée. C’est dire combien les désordres qui suivraient seraient dangereux. Les guerres civiles issues des scissions d’une armée sont redoutables puisque des militaires professionnels, organisés et armés, se retrouvent dans des camps opposés, comme dans l’Espagne de 1936. En pire! L’armement nucléaire pakistanais constitue une circonstance aggravante et sans précédent. Le monde peut s’inquiéter d’un Iran désireux d’acquérir la bombe, la menace, pour être rapprochée, n’est pas, au contraire du Pakistan, tout à fait immédiate. De plus, l’obscurantisme taliban n’a rien à voir avec celui des mollahs iraniens. Chez les Perses, nul n’a jamais interdit aux petites filles de se rendre à l’école… Attention à bien distinguer le risque!


    «L’armée pakistanaise rempile»

    «Aux yeux de Pervez Mousharraf, admirateur proclamé d’Atatürk et de Napoléon, l’institution militaire demeure la seule capable de gérer le pays... Depuis 1999, son rôle s’est considérablement étendu… ainsi que son poids dans l’économie. Ses gradés sont partout. 80 généraux et 600 généraux de brigade et colonels ont été nommés à des postes-clés de l’administration. Six présidents d’université sont des militaires. Les agences gouvernementales qui contrôlent l’économie pakistanaise, qu’il s’agisse de la Karachi Port Authority, de la National Fertilizer Corporation ou de Oil and Gas Development Corporation, sont presque toutes administrées par des officiers. L’armée pakistanaise se retrouve ainsi à la tête d’un impressionnant patrimoine industriel et foncier…».(Dominique Lagarde, Paris, L’Express, 6 novembre 2007)-------------------------------------------------------------------------------------------«Les militaires sont convaincus qu’ils sont plus efficaces et plus compétents que les civils, qu’ils savent mieux gérer et organiser. Ils estiment qu’ils sont la panacée à tous les maux de la nation». (Ayesha Siddiqa, universitaire pakistanaise, auteur d’un récent ouvrage sur le poids économique de l’armée, Military Inc. Inside Pakistan’s Military Economy, Dominique Lagarde, op. cit.).

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