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Economie

Oui à la banque des PME marocainesPar Olivier Pastré, professeur d'économie à l'Université de Paris XIII et président d'IMBank (Tunis)

Par L'Economiste | Edition N°:1144 Le 15/11/2001 | Partager

Dans la plupart des pays, le tissu industriel est constitué à partir de deux composantes: - d'une part quelques grands groupes, privés ou publics, généralement assez largement internationalisés qui, au-delà de la défense de leurs propres intérêts, contribuent aussi bien à l'effort de R & D national qu'à l'équilibrage de la balance des paiements; - d'autre part une trame très dense de PME, généralement privées, qui constitue le véritable terreau industriel national.Les besoins de ces PME, qu'il s'agisse de besoins financiers ou de besoins humains, sont très spécifiques. Ils ne peuvent pas être satisfaits comme le sont les besoins des grandes entreprises. Or, l'avenir économique d'un pays quel qu'il soit (même les mieux dotés en grands groupes multinationaux, comme le sont les Etats-Unis) dépend crucialement de la dynamique productive de ses PME.Au Maroc, une impérieuse nécessitéLes PME contribuent à la dynamique productive dans tous les pays du monde, mais leur rôle est peut-être encore plus grand dans les pays émergents. Si l'on prend l'exemple du Maroc, il est deux autres vertus des PME qu'il convient de souligner. D'abord, elles contribuent au maintien du contrôle national sur l'économie marocaine. Les grands groupes marocains, pour financer leur croissance, sont (et le seront encore plus à l'avenir) incités à faire appel à des capitaux et à des technologies étrangers. Ce sont donc, à terme, les PME qui garantiront l'indépendance économique du Royaume Chérifien. Par ailleurs, même si l'UMA ne se met pas en place au rythme que l'on souhaiterait, il est un certain nombre de PME qui construisent l'UMA au quotidien. De par leur flexibilité, de nombreuses PME marocaines peuvent (et devraient plus encore qu'elles ne le font aujourd'hui) trouver des relais de croissance sur les marchés des pays méditerranéens. Cette voie n'est, certes, pas dénuée d'embûches, mais, là encore, la flexibilité constitue un atout qui milite en faveur du développement sur une base régionale du tissu des PME marocaines.Le système bancaire, mal proportionné aux PMESi les PME sont l'avenir du Maroc, force est de reconnaître qu'elles vivent dans un environnement économique particulièrement hostile. Cela est vrai dans bien des domaines, mais particulièrement dans le domaine financier. C'est probablement dans ce domaine que le désavantage compétitif des PME est le plus marqué. Rappelons-le: les besoins des PME sont spécifiques: Pour être elles-mêmes flexibles, elles doivent avoir des partenaires qui le sont aussi. Or, à ce jour, le système financier marocain (ce qui englobe le secteur bancaire, mais va bien au-delà) n'est pas véritablement organisé pour répondre à toutes les demandes des PME. Trop de lourdeur, trop d'uniformisation des produits face à une demande extrêmement diversifiée; le résultat ne se fait pas attendre: de nombreuses PME, malgré leur potentiel, sont aujourd'hui financièrement paralysées, et, dans certains cas, financièrement asphyxiées.. Que faire?Pour sortir de cette impasse, il est quatre réformes qu'il faut prioritairement mener à bien: 1- Accroître la transparence comptable des PME marocaines. Sans comptes lisibles, il n'y a pas de financement sain. Les PME marocaines ont, dans ce domaine, pour leur plus grand bien, de gros progrès à faire. Le cadre réglementaire qui régit le fonctionnement des entreprises marocaines a été récemment modernisé; il reste à le faire appliquer.2- Contribuer au renforcement des fonds propres des PME marocaines. Comme dans de nombreux pays européens, en France en particulier, les PME souffrent de leur manque de capitaux propres. Ce qui contribue à accroître leur endettement et donc leurs frais financiers. Pour relever ce défi, il faut d'abord et avant tout que les groupes privés marocains acceptent d'ouvrir leur capital aux investisseurs institutionnels. Mais encore faut-il que ces investisseurs soient équipés pour intervenir en fonds propres dans le capital des PME.N'ayons pas peur de le dire: le Maroc ne dispose pas d'une industrie du capital-risque à la hauteur de ses capacités et de ses ambitions économiques.L'arme fiscale doit être mise à contribution pour rattraper le retard accumulé dans ce domaine, comme cela a été fait notamment en France (Société de Capital Risque: SCR) et en Tunisie (SICAR).3- Favoriser le développement des marchés financiers. La Bourse de Casablanca existe et peut être considérée comme la bourse la plus efficiente de la région. Cette bourse n'est toutefois pas adaptée aux besoins des PME. Il faut à la fois la doter d'instruments spécifiques à cette catégorie d'entreprise (titres participatifs par exemple) et créer un compartiment taillé sur mesure pour les PME, comme le Second Marché en Franche ou le Neve Market en Allemagne.4- Adapter les contraintes réglementaires au cas particulier des PME. La loi sur les 35 heures l'a bien montré en France: quelles que soit ses qualités, une réglementation qui ne prend pas en compte les spécificités des PME se révèle peu ou prou inapplicable. Puisse le Maroc tirer les enseignements dans ce domaine des expériences européennes. Coexistence avec les banques traditionnellesToutes ces réformes constituent des conditions nécessaires de la modernisation des PME marocaines. Mais elles n'en constituent pas des conditions suffisantes. Parallèlement à ces réformes, il faut que l'économie marocaine se dote d'une institution bancaire spécialisée dans les services financiers aux PME.Une fois encore, les PME ont des besoins financiers tout à fait spécifiques. Toutes les banques marocaines participent au financement des PME, mais aucune ne s'est spécialisée de manière exclusive sur ce segment de clientèle. La création d'une banque des PME ne doit pas être perçue comme un élément de concurrence abusive vis-à-vis du système bancaire marocain. Dans de très nombreux pays, la banque spécialiste des PME coexiste de façon parfaitement harmonieuse avec des banques généralistes qui participent, chacune selon sa stratégie propre, au financement des PME. Ce que doit offrir une banque des PME, c'est bien sur des crédits mais selon des formes adaptées à cette clientèle particulière. Ces formes de crédit doivent être adaptées sur le plan du montage juridique (en matière des garanties notamment) mais aussi sur le plan des procédures d'octroi (on retrouve là le problème de flexibilité qui doit faire la force des PME). Mais une banque des PME ne doit pas se contenter de l'octroi de crédits. Elle doit construire son avantage compétitif par rapport aux autres banques sur la fourniture de services financiers adaptés aux PME. Ces services doivent se décliner aussi bien dans le champ du conseil aux entreprises que dans le champ des services financiers spécialisés (leasing, factoring…).Deux questions, deux certitudesSil le Maroc souhaite favoriser le développement des PME, il doit se doter d'une banque des PME. Reste à déterminer comment atteindre cet objectif. Dans ce domaine, il se pose deux questions auxquelles il est possible de répondre en s'appuyant sur deux certitudes.Première question: Faut-il créer cette banque ou faut-il s'appuyer sur les structures existantes? Les deux voies sont possibles et présentent chacune des avantages et des inconvénients spécifiques: Il est toutefois un avantage qui, à mes yeux, fait la différence: c'est la rapidité. Le Maroc devant rattraper au plus vite son retard en matière de financement des PME, le meilleur moyen de le faire consiste à partir de l'existant et à combiner des entités d'ores et déjà opérationnelles tout en ne sous-estimant pas les difficultés qu'il y a, dans ce cas, à structurer une véritable culture d'entreprise.Deuxième interrogation: Quel doit être le champ d'intervention de la banque des PME? Là encore, de nombreux scénarios peuvent être bâtis dont certains au moins peuvent être articulés les uns aux autres. Mais là encore, il faut garder présent à l'esprit le caractère d'urgence. De ce point de vue, il y a deux domaines d'intervention de la banque des PME auxquels il faut donner une absolue priorité. Ce sont, d'une part, l'intervention en fonds propres et, d'autres part, l'octroi de garanties. Une banque des PME qui n'interviendrait que marginalement en capital-risque et qui ne s'appuierait pas sur des mécanismes spécifiques de cautionnement et de garantie ne remplirait pas sa mission et ne disposerait pas des atouts compétitifs indispensables à sa croissance.S'il existe ainsi des questions qui se posent encore et auxquelles une étude plus approfondie et une concertation élargie devraient permettre d'apporter des réponses, il est au moins deux certitudes qui d'ores et déjà s'imposent d'elles-mêmes. La première certitude est qu'il faut promouvoir la création et le développement d'une banque des PME dans le cadre de la planification indicative marocaine. De ce point de vue, sans pour autant altérer la capacité concurrentielle de la banque des PME, priorité devra être donnée au développement régional et à la création d'emploi.Deuxième certitude: Une fois encore compte tenu du retard pris, il convient de ne pas chercher à réinventer la zone. Il faut s'appuyer autant que faire se peut sur les expériences réussies à l'étranger en matière de financement des PME. De ce point de vue, l'association aussi précoce que possible d'un partenaire technique incontestable constitue un gage évident de succès pour ce projet. Ce partenaire technique, outre l'économie de temps qu'il permettra de réaliser tout au long des différentes phases du projet, devra être choisi en fonction de sa capacité à faire bénéficier la banque des PME marocaine de transferts de technologies aussi bien en matière administrative que financière. Si ces différentes conditions sont remplies, nul doute que l'efficience de l'économie marocaine s'en trouvera dopée. Mais rappelons-le, face à la concurrence internationale qui s'intensifie, le temps presse. Il faut créer une BDPME marocaine. Mais il faut le faire vite.


A quoi servent les PME

Qu'apportent les PME au développement économique d'un pays? Pour répondre à cette question, il faut garder présent à l'esprit que, dans de nombreux cas, petite entreprise deviendra… grande. La structure industrielle de chaque pays se renouvelle en permanence, poussée en cela par l'évolution technologique sans cesse renouvelée. Qui pensait, il y a 10 ans, que le développement des technologies de l'information en général et d'Internet en particulier feraient de Cisco, d'Intel et de Microsoft des entreprises plus puissantes que General Motors ou General Electric? Favoriser la croissance de ses PME constitue, pour un pays quel qu'il soit, le plus sûr moyen de ne pas injurier son avenir économique.Mais toutes les PME ne sont pas destinées à devenir des grands groupes multinationaux. Nombre d'entre elles ont vocation, par choix de leurs dirigeants ou par contrainte technique, à rester de petite taille. Cela n'altère en rien l'utilité économique pour la Nation. Un tissu de PME dense et sain apporte à un pays deux types de bienfaits au moins. Tout d'abord la flexibilité. La PME doit et peut donc mieux que la grande entreprise s'adapter à l'évolution permanente des conditions économiques. En cas d'accélération de la croissance, elle sait plus vite mobiliser les facteurs de production qui lui permettent de répondre à la demande. En cas de crise, elle sait, par habitude, “faire le dos rond” en attendant des jours meilleurs. Cette flexibilité s'accompagne très généralement d'une rentabilité supérieure à la moyenne. Toutes les études statistiques l'ont montré: les PME, de par l'économie de moyens à laquelle elles s'astreignent, contribuent de manière plus efficace, toutes choses égales par ailleurs, à la richesse nationale.

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