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    Politique Internationale

    Mitterrand: Le parcours du sortant

    Par L'Economiste | Edition N°:181 Le 25/05/1995 | Partager

    François Mitterrand se retire au terme de deux septennats plus que remplis, et la France s'est dotée d'un nouveau président. Les quatorze années passées à l'Elysée auront été riches en événements de tous genres. Mais le plus considérable d'entre eux aura été l'arrivée à la magistrature suprême en mai 1981 d'un homme se réclamant du socialisme. Dix ans plus tôt, en 1971, il s'était doté de l'outil qui allait le mener à la victoire - le Parti Socialiste - bâti sur les cendres refroidies de la moribonde SFIO, et mis dès lors au service d'une ambition qui n'allait plus connaître de repos avant son entrée dans le palais de plus convoité de la République.

    Car ceux qui connaissent bien François Mitterrand le savent tous: cet homme qui affiche des convictions et des comportements qui ont pu, de fait, coïncider avec ceux que tout un chacun est en droit d'attendre d'un homme de gauche est en fait un pur produit de la bourgeoisie provinciale et catholique, dont les valeurs sont essentiellement conservatrices. L'homme a su, avec un talent que même ses pires ennemis lui reconnaissent, resurgir plusieurs fois du néant politique dans lequel il avait sombré; on a un peu oublié, aujourd'hui, comment le ministre de l'Intérieur Mitterrand fut conspué à la tribune de l'Assemblée en 1954, lors de l'affaire des Fuites, et accusé d'être un agent de Moscou. Et déjà, à grand peine, il s'en est relevé. Puis ce fut cette sordide affaire de l'attentat-bidon des jardins de l'Observatoire, qui lui valut de voir lever son immunité parlementaire.

    Au début des années 60, il n'est plus rien, ne conserve qu'une poignée d'amis, et paraît, en 1962, bon pour le cimetière des éléphants. En 1965, extraordinaire coup de théâtre, il parvient à mettre le général de Gaulle en ballottage au scrutin présidentiel. Repart-il? C'est pour sombrer encore en mai 1968, avant de redresser la tête en 1971. Un échec encore - mais très honorable - contre Valéry Giscard d'Estaing en 1974, et c'est la spectaculaire victoire de 1981. L'humaniste élu par le peuple de gauche fait aussitôt abolir la peine de mort. Mais le politicien roué et l'homme de droit qui ne sommeille jamais que d'un oeil font très vite voter une loi rétablissant les généraux putschistes d'Alger dans l'intégralité de leurs droits de citoyens et de soldats. Et cette balance ne cessera pas d'osciller durant 14 ans. Le socialiste, rompu à tous les combats d'appareils, semble tout faire pour casser le parti qui l'a amené au pouvoir et n'a plus, dès lors, d'intérêt pour lui. Mais le plus étonnant, c'est la manière avec laquelle il s'est coulé, tel une main dans un gant, dans la constitution de la Vème République, pourtant taillée sur mesure pour un homme de droite, le général de Gaulle. Après l'avoir férocement combattue, François Mitterrand à l'Elysée lui a trouvé de singulières vertus, dont celle qui peut donner au président français des pouvoirs plus proches de ceux d'un souverain absolu que de ceux d'un monarque constitutionnel.

    A la fin de son second septennat, et dans cette période qui est aussi le soir de sa vie, les révélations se sont succédé et ont dramatisé comme jamais les derniers mois de sa présidence. Ce furent d'abord les révélations de l'écrivain Pierre Péan sur son passé vichyste et sur sa jeunesse beaucoup plus proche des idéaux de la droite ultra-conservatrice que de ceux du Front Populaire. Ces révélations explosives surgirent dans un contexte très particulier: celui de la résurgence de sa maladie - un cancer de la prostate qui l'a conduit à subir d'abord une intervention chirurgicale délicate durant le mois d'août, puis des traitements chimiothérapiques et enfin des "rayons", qui l'épuisèrent tant à la fin de l'année dernière qu'il se crut lui-même à la dernière extrémité, au point de craindre d'être déchu de ses prérogatives présidentielles.

    Mais au bout du compte, il est clair que le vieux politicien ne ment pas quand il dit aujourd'hui qu'il aspire au repos.

    J.G.

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