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    Mi-temps, le roman ratéBalade sur la CornichePar Anouar ZYNE

    Par L'Economiste | Edition N°:913 Le 11/12/2000 | Partager

    . Résumé du premier épisodeJe m'appelle «L'autre, celui qui«. Bizarrement, on commence à me traiter de «grand«. Je partais rejoindre les copains quand j'ai croisé un de mes ex-voisins. Il s'adressa à moi en disant:«Ah, tu as grandi l'autre; tu es toujours le premier de la classe?««Je serai toujours le premier de la classe«.«Bravo, l'autre! Tu es un homme maintenant«.Un homme? Mais c'est quoi un homme? C'est qui déjà? C'est une créature de grande taille, sérieuse, bien habillée, qui parle beaucoup, qu'on respecte et qu'on évite d'énerver, qui prend son café noir chaque jour à 8h30 avant d'aller en retard à son travail, qui fume une dizaine de cigarettes et qui, le soir en rentrant, nous ordonne, à nous autres, d'aller faire nos devoirs au lieu de jouer dans la cour. Etre un homme, cela signifie-t-il être un adulte, galant, souriant, qui a une épée et qui défend les grandes causes, un peu comme Zorro ou D'Artagnan? Ou est-ce plutôt ce héros dont on m'a tant parlé en cours d'instruction islamique, qui a traversé la Méditerranée pour conquérir l'Europe? Je ne pouvais plus me repérer, j'étais devenu grand; cela voulait dire qu'il y a des choses qui vont changer: le ciel, le balcon, les gens, elle, Mers Sultan… enfin, tout.Le téléphone sonne. En décrochant, mon regard se pose sur mon torchon et je me dis que c'était peut-être une de mes connaissances qui venait m'aider à surmonter cette mauvaise phase avec une pointe de féminité. C'est effectivement une voix de femme: «Allô, Zhour est rentrée?« Je suis devenu le secrétaire particulier de la fille qui travaille chez nous! J'avais envie de crier: «Non, Zhour est morte… tout comme je suis mort!« Mais bon, j'en étais pas encore à ce point, j'ai répondu gentiment et cette fois, c'est moi qui ai raccroché. Je reprends mon torchon, je replonge…Autour de moi, on a dû vite comprendre que ma voie était inhabituelle… mon destin différent de celui des autres, de celui de mes frères, de mes amis… Meilleur ou pire, le chemin que j'empruntais n'avait rien à voir avec celui des autres… C'est ainsi que je suis devenu, -alors qu'il y a juste quelques semaines j'étais l'adolescent que tout le monde évitait-, «l'homme« vers qui tout le monde se tourne quand ça va mal.Karim est un jeune compatriote, il passe me prendre dans sa voiture luxueuse. Il est issu d'une famille très riche. Il a des problèmes: il est amoureux d'une fille qu'il veut épouser avant que les autres ne le prennent de vitesse, mais il est encore étudiant. Son père, autoritaire et qui projette déjà de le marier à sa nièce, refuserait catégoriquement une union autre. Karim parle, raconte, se soulage de son fardeau et moi je l'écoute. A travers les vitres de la voiture, je regarde. Nous étions sur le boulevard de la Corniche, celui qui longe l'océan. Les voitures sont nombreuses à le sillonner; les occupants sont pour la plupart des jeunes, des «grands« qui viennent chercher ici le plaisir, l'alcool, le sexe et la liberté. La circulation semble presque impossible et les files de voitures deviennent longues aux feux rouges. Nous sommes samedi, c'est le soir. Dans cette région, la nuit de Casablanca est éclairée de mille feux. Karim continue à parler. Les mots ne sont plus de mise. A travers les vitres, on se regarde, on se jauge. Les sourires craquent d'envie et les yeux doux négocient admirablement avec les regards orgueilleux. Dans la voiture voisine, au-delà d'une musique à nous esquinter les oreilles, j'entends parallèlement au récit de Karim les paroles de deux jeunes femmes qui, apparemment, me connaissaient: «Regarde!« disait l'une d'elles, «c'est celui qui sortait avec Dodi… Il a grandi«. J'avais envie de leur crier: «Non, je suis l'autre!«. Demain, Une discothèque pour celui qui...Les personnages ainsi que les événements de cette nouvelle sont fictifs. Toute personne qui s'identifierait à l'un d'entre eux ferait fausse route.

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