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    Lever un impôt contre l’inégalité
    Par Branko MILANOVIC

    Par L'Economiste | Edition N°:2142 Le 01/11/2005 | Partager

    Branko Milanovic est économiste à la Banque mondiale et à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Son ouvrage le plus récent s’intitule «Worlds Apart: Measuring International and Global Inequality», Des mondes à part: évaluer l’inégalité internationale et mondialeLES essors économiques de la Chine et de l’Inde ont permis de réduire l’inégalité mondiale. Au cours des deux dernières décennies, de nombreux Indiens et Chinois ont pu (relativement) combler le fossé qui existait entre eux et le monde «riche».. L’inégalité résisteOr, à la même période, de nombreux pays vraiment très pauvres à travers le monde ont régressé loin derrière la Chine et l’Inde (en Afrique notamment, où le retard de développement est régulièrement décrit comme catastrophique) et l’inégalité s’est accrue au sein des populations de nombreux pays. Une inégalité croissante a été enregistrée aux Etats-Unis (dès le début de la gestion du pays par Ronald Reagan), au Royaume-Uni (à l’arrivée de Margaret Thatcher), en Russie pendant la période de la privatisation et, plus récemment, en Chine et en Inde. L’on pourrait croire que ces changements accentuent l’inégalité à travers le monde. Or, tout compte fait, l’inégalité mondiale apparaît comme relativement stable sur les vingt dernières années. Que doit-on faire pour contrer l’inégalité? De nombreuses personnes estiment qu’il n’est pas utile d’engager une action mondiale pour combattre les inégalités économiques mais que seule la lutte contre la pauvreté est nécessaire. Anne Krueger, directrice générale adjointe du FMI, déclare notamment que «les pauvres sont prêts à tout pour améliorer leurs conditions matérielles… plutôt que de gravir les marches de l’échelle de répartition des richesses».Par conséquent, même si le fossé économique se creuse entre l’Américain moyen et l’Africain moyen, pourquoi devrions-nous nous en inquiéter? Après tout, ces mêmes personnes estiment que l’Africain moyen est actuellement un peu moins pauvre qu’autrefois.Ceci présuppose que le rapport relatif existant entre notre revenu et celui des autres ne compte pas. Or, bien au contraire, des études psychologiques démontrent invariablement que les gens n’attachent pas uniquement de l’importance à leurs seuls revenus, mais également à leur position dans la pyramide sociale et à l’équité de cette position. L’idée d’une redistribution mondiale des richesses par le biais d’un impôt levé par une organisation internationale semble étrange pour le moment, mais la logique des changements dont nous sommes actuellement témoins -surtout le détachement des Etats-nations par rapport au concept de souveraineté- nous laisse penser que cette idée pourrait bien devenir une réalité. Une telle possibilité de redistribution a été manquée au tout début des années 90. Alors que la Russie était confrontée à la crise la plus forte de son histoire, une aide importante a été accordée au régime corrompu dirigé par Eltsine. Or, cette aide aurait dû être versée directement en espèces à la population russe la plus nécessiteuse, à savoir les retraités dont les revenus ont dramatiquement chuté en raison de l’inflation et de la récession économique. Une organisation internationale aurait pu tout simplement utiliser les infrastructures existantes de l’Etat russe pour reverser des subventions en espèces à quelque 20 millions de retraités. Ainsi, cet argent aurait été beaucoup plus utile et mieux dépensé qu’il ne l’a été en étant attribué au gouvernement.. Quand les Russes critiquentSi ceci avait eu lieu, les Russes se seraient souvenus avec plaisir de l’aide en espèces qu’ils auraient perçue de la communauté internationale. Au lieu de cela, ils l’ont condamnée pour les transferts de fonds qu’elle a consentis aux dirigeants corrompus. Cette méthode pourrait être actuellement adoptée dans de nombreux pays, de l’Angola au Zimbabwe. De plus, elle est simple et convaincante. Elle comprend trois étapes: récupérer l’argent des riches, ne pas traiter avec les gouvernements et transférer les fonds en espèces directement aux pauvres. Ceux qui préconisent de laisser la mondialisation essentiellement aux mains du secteur privé pourraient être choqués par l’idée de confier la responsabilité de la collecte de l’impôt à une agence internationale. Mais ils ne peuvent pas manquer de remarquer que les procédures qu’ils soutiennent atténuent leur propre position en accentuant fortement le fossé des richesses et en rendant la répartition mondiale concrète encore plus discutable. Ils réaliseront en fin de compte que leur propre intérêt se trouve également dans une forme de lutte mondiale menée simultanément contre la pauvreté et l’inégalité.


    Action internationale et non pas nationale

    AUTREFOIS, un Africain pauvre pouvait observer certains de ses compatriotes et être indigné par leur richesse. Désormais, ses compatriotes plus fortunés et lui-même sont indignés par les différences économiques qu’ils constatent en observant le monde riche. Les fossés sont encore plus évidents quand des employés originaires de pays différents travaillent ensemble, dans de nombreuses compagnies multinationales, par exemple. Un «expatrié» peut être amené à percevoir un salaire dix fois plus élevé qu’un employé local qui occuperait le même poste. Une prime de salaire accordée uniquement en fonction de la citoyenneté est insupportable. Cependant, même lorsque ces personnes ne travaillent pas ensemble, la mondialisation, parce qu’elle fait surgir le monde entier jusque dans leur salon (ou leur cabane), permet plus facilement à chacune d’entre elles de comparer leurs niveaux de vie. La mondialisation remet en question la sécurité relative qui, tel un cocon, protégeait le monde riche. Désormais, ces différences de revenus sautent aux yeux de tous. C’est pourquoi une action internationale qui traite à la fois la pauvreté et l’inégalité mondiales est nécessaire.Copyright: Project Syndicate, 2005. Traduit de l’anglais par Béatrice Einsiedler

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