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    Economie

    Les politiques socio-économiques:

    Par L'Economiste | Edition N°:75 Le 15/04/1993 | Partager

    Lors de la visite de la délégation de la Banque Mondiale, 5 points ont été traités. Il s'agit de l'ajustement, des interventions sociales, des réformes dans le secteur public, des aides pour l'environnement-infrastructure et la redéfinition du rôle de l'Etat.

    "Je dois dire que ces cinq points sont déjà des priorités du gouvernement", indique M. Harinder Kohli, le nouveau directeur de la Banque Mondiale pour le Maghreb qui était en visite officielle au Maroc du 18 mars au 1er avril 1993.

    1- Ajustement structurel

    Le premier des cinq points concerne les réformes de structures: il s'agit de poursuivre les ajustements déjà commencés. Les changements majeurs dans le domaine commercial ne sont pas suffisants. Pour les experts de la Banque, il est essentiel de "réduire les rigidités". Le raisonnement de la Banque s'appuie sur deux points: développer la consommation et lutter contre la pauvreté(1).

    Le ministre des Finances, M. Berrada, qui nourrit actuellement des inquiétudes quant à l'avenir des réformes entreprises, espère qu'il y aura un Programme d'Ajustement Structurel n°III. La délégation de la Banque pense au contraire qu'un PAS-III serait "difficile à obtenir auprès du Conseil de la Banque car les résultats financiers du Maroc sont trop bons". Les membres de la délégation énumèrent ainsi la réduction du stock de la dette, la baisse du déficit budgétaire, la constitution de réserves en devises et les succès de la lutte contre l'inflation comme autant d'éléments interdisant au Royaume de prétendre à une aide pour un programme global. En fait ce n'est pas l'argent qui intéresse les spécialistes du Ministère des Finances, c'est le programme global: ils redoutent de voir disparaître une pression qui avait été bien utile pour redresser la gestion économique au cours des dix dernières années.

    La délégation de la Banque souligne que les réformes commencées dans le domaine du commerce sont encore insuffisantes (Cf l'entretien avec M. Kohli) et qu'il faut aussi poursuivre les réformes sectorielles.

    2- La promotion du secteur privé

    La délégation de la Banque Mondiale souligne que la promotion du privé est étroitement dépendante de la réussite du premier axe. La promotion du secteur privé comprend évidemment les privatisations, mais aussi l'élimination des rigidités, la promotion d'un véritable marché financier avec "une vraie concurrence bancaire de manière à abaisser le coût de l'intermédiation". M. Kohli souligne particulièrement ce point qui lui paraît central dans la réduction des coûts de l'investissement.

    Les membres de la délégation expliquent que la lutte contre les positions de monopole, public ou privé, doit être menée avec fermeté, malgré les résistances qu'elle rencontre.

    3- La redéfinition du rôle de l'Etat

    Liée aux deux précédents axes, la redéfinition du rôle de l'Etat englobe évidemment le désengagement du rôle d'Etat-entrepreneur, mais aussi et surtout les interventions dans la décentralisation. "L'Etat doit être moins entrepreneur mais plus régulateur, dans la définition de la politique monétaire et financière", explique M. Kohli. "Il doit s'assurer de l'équilibre du marché et lutter contre les monopoles" précise-t-il.

    La décentralisation est jugée "bonne pour le principe", mais les experts de la Banque soulignent qu'il faut une "rationalisation des choix budgétaires" des collectivités locales. "Nous devons nous assurer que la clef de répartition des recettes de la TVA correspond bien aux besoins des populations", indiquent les membres de la délégation. De même, M. Kohli signale le problème des régies de distribution où, note-t-il, "il faut s'assurer de leur renforcement en veillant à ce qu'elles dépendent plus de leur qualité de gestion que d'impératifs ou de pressions politiques centrales".

    Le nouveau directeur souligne qu'une institution financière comme le FEC, "grâce à une plus grande autonomie, pourrait s'assurer de la qualité des programmes qu'elle finance, et soit moins dépendante de décisions politiques centrales".

    4- La politique sociale

    A ce niveau aussi, la délégation de la Banque souligne que la politique sociale ne peut pas être lancée de manière efficace sans la poursuite des réformes de structure, pour développer l'efficacité de l'économie. Des travaux d'études sont en cours, auprès du Ministère des Finances, des Travaux Publics et des Affaires Economiques et Sociales pour analyser l'efficacité des dépenses sociales.

    Pour sa part, M. Kohli indique qu'outre les objectifs généraux de la politique sociale, il faut prévoir des mécanismes qui facilitent la transition vers une économie plus efficace. Auprès des membres de sa délégation, la politique sociale est conçue comme la capacité à créer de nouveaux emplois, la santé et l'éducation. Les experts se sont particulièrement intéressés de savoir si la stratégie de M. Harouchi, ministre de la Santé Publique, la remobilisation des ressources humaines, avait commencé à donner des résultats.

    Dans le domaine social, la Banque range la fourniture d'eau, l'accès à l'éducation de base, et la santé. "Ce sont des éléments nécessaires pour augmenter le niveau de vie", souligne M. Kohli qui précise que les besoins les plus pressants se trouvent chez les populations rurales et tout particulièrement les enfants et les femmes. Il estime que les programmes de création d'emplois sont un moyen privilégié pour lutter contre la pauvreté rurale et il estime possible de le faire sans renoncer aux objectifs de lutte contre le déficit budgétaire.

    Toujours en matière de politique sociale, il recommande de ne pas faire prendre en charge par l'Etat les ménages qui peuvent payer les services d'éducation, de santé... La délégation de la Banque estime qu'il est possible de réaliser des économies qui pourront financer les programmes sociaux . Les économies pourraient ainsi se faire, explique M. Kohli, sur "le financement actuel des monopoles, celui des entreprises publiques déficitaires... qui n'ont pas de justification économique" au sens du premier point.

    5- Programmes pour l'environnement et les infrastructures

    La Banque souhaite promouvoir, financements à l'appui. les programmes de préservation de l'environnement, y compris à l'échelle méditerranéenne.

    Apparaît aussi une nouveauté: la délégation de la Banque s'est intéressée à l'idée de programme global de l'eau. Très présente sur les programmes d'irrigation, un peu moins sur les dessertes d'eau potable, la Banque vient de percevoir qu'il y aura un "véritable problème de l'eau au Maroc" et elle s'intéresse maintenant à l'idée de programmation globale.

    Cette idée est présente chez le Ministère des Travaux Publics depuis près d'une décennie. Pour le ministre, M. Kabbaj, "les implications sont considérables puisqu'elles vont jusqu'à devoir mettre en place des programmations de l'implantation humaine et économique, en fonction des disponibilités de l'eau".

    N.S.

    (1) Ces points sont présents depuis déjà plusieurs années, mais exprimés dans la bouche de M. Kohli, qui porte un turban, ils peuvent l'être avec une crédibilité que n'avaient pas forcément ses prédécesseurs qui donnaient l'impression, par leur physique, d'être les représentants d'un monde occidental a priori considéré comme comprenant peu les questions de pauvreté dans les pays du Tiers-Monde. Cette observation n'a évidement pas le moindre sens puisqu'avant M. Kohli les nationalités des Directeurs pour le Maghreb ont été diverses. Mais il est un fait que son turban fait qu'il est écouté même lorsqu'il s'autorise à dénoncer très vertement les erreurs de politiques économiques.

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