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    Economie

    "Contre la pauvreté et le chômage, libéralisez le commerce"

    Par L'Economiste | Edition N°:75 Le 15/04/1993 | Partager

    Avec l'arrivée du texte sur le commerce extérieur, les débats viennent de reprendre autour de la libéralisation face au chômage et à la pauvreté, la libéralisation est-elle un risque majeur ou un atout? Les industriels marocains regroupés dans la CGEM penchent pour le risque. Le Directeur du Département Maghreb à la Banque Mondiale, M. Harinder Kohli, dit exactement le contraire.

    L'Economiste: Dans l'ajustement, quels sont les domaines centraux de réformes?

    - M. Harinder Kohli: Il me semble qu'il faut se pencher sur l'élimination des monopoles publics ou privés, renforcer la concurrence, diminuer le rôle de l'Etat, notamment en tant que chef d'entreprise, et libéraliser le commerce extérieur.

    - Poursuivre l'ouverture commerciale donc?

    - Bien sûr, c'est un domaine essentiel où il faut continuer les réformes.

    Ouverture? D'abord rattraper le retard

    - Mais, justement est-il bien raisonnable de continuer alors qu'il y a des poussées protectionnistes un peu partout dans le monde?

    - Soyons clairs. D'abord le niveau d'ouverture du Maroc est loin de ce qui se fait dans le monde. Il faut donc rattraper le retard. Ensuite, posons-nous les bonnes questions: croyez-vous sérieusement que toutes les pressions protectionnistes dont parle la presse soient fondées quand vous avez un commerce mondial qui augmente plus vite que les taux de croissance? Le GATT est un mécanisme déjà libéral dont le problème n'est pas de revenir en arrière, mais de trouver la vitesse à laquelle il va avancer dans la libéralisation .

    - Mais les industriels marocains ne le vivent pas de cette manière!

    - Vous devez distinguer les problèmes du GATT des problèmes de récession en Europe, qui sont conjoncturels, liés au maintien des rigidités en France notamment. Je comprends que le Maroc soit en situation plus difficile du fait de son orientation vers la France. Mais il n'y a pas que les marchés français...

    - Cela a été dit à maintes reprises, mais ce qui inquiète, c'est aussi de voir arriver sur le marché local, du fait de l'ouverture, des produits qui ruinent les productions nationales, alors qu'il y a de graves problèmes de chômage.

    J'admets que ce soit un problème sérieux et qu'il faille le traiter avec beaucoup d'attention.

    Les changements dans le tissu production vont inévitablement avec la libéralisation, parce que précisément c'est le but recherché.

    Fermeture égale pauvreté et chômage

    - Mais pourquoi voulez-vous créer des problèmes aux gens?

    - Il s'agit de résoudre des problèmes plus graves encore. Lorsque vous avez un système commercial fermé sur l'extérieur, vous avez inévitablement une économie inefficace, des produits chers, donc beaucoup de pauvreté chez les gens et des rentes de situation, parfois très lucratives, chez les producteurs . La modification de cette situation ne se fait pas du jour au lendemain, mais il ne faut pas renoncer en cours de route. Si vous importez une marchandise à un prix meilleur, toute la population gagne, même si un producteur perd. Il y aura moins de pauvreté et plus d'épargne pour investir ailleurs, dans les productions pour l'exportation en particulier. Si vous avez un prix meilleur vous pourrez achetez plus...

    - Pardon, il y a le risque que je n'achète rien du tout, si j'ai perdu mon travail dans l'usine qui était autrefois protégée de la concurrence extérieure et qui vient de fermer ses portes.

    - Ce n'est pas ainsi que les choses se passent dans la réalité. Si votre usine ferme du fait de l'ouverture, c'est parce qu'elle vivait au détriment d'une partie de la population. Quand on fait l'équation totale de la libéralisation, il est évident que les gains obtenus du fait de la libéralisation sont supérieurs aux pertes. La consommation et la richesse globale augmentent. Vous ne travaillerez plus dans cette usine, mais d'autres se créent. Pour le Maroc particulièrement, je parie qu'il va se créer des unités très performantes dans l'exportation et je vois bien l'agro-alimentaire. En réalité, ce qui se passe, c'est que grâce à la libéralisation, il y a des entreprises nouvelles qui apparaissent et, parmi les anciennes, celles qui étaient efficaces se mettent à grandir très vite.

    - Mais du point de vue de l'emploi, il y a pour le moins un problème de transition.

    - C'est évident, mais vous ne pourrez jamais résoudre votre problème d'emploi si vous ne libéralisez pas le commerce extérieur et toute l'économie. Si vous gardez un secteur privé inefficace, peu compétitif, vous allez inévitablement aggraver votre chômage, parce que le secteur privé va rester petit, avec des rentes de situation et il risque de vous créer des problèmes graves de cohésion sociale.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

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