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    Les idéologies politiques : Homos et écolos au secours des socialos

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    L'avenir de la nouvelle gauche espagnole passe par l'intégration des mouvements pour l'écologie, la paix, les femmes et l'homosexualité. Même si cette alliance est loin d'être évidente.


    "Je suis de ceux qui croient que les valeurs de la gauche ne sont pas tout à fait en miettes ". Pour Jorge Riechmann, docteur en science politique, professeur à l'université de Barcelone, la gauche espagnole a un avenir qui passe par l'intégration "des nouveaux mouvements comme l'écologie, le pacifisme et le féminisme".
    Traduite en couleurs, cette idée, à la mode en Espagne, devient, selon la formule de Riechmann, "la transformation du pouvoir rouge en pouvoir multicolore : le blanc du pacifisme ; le vert de l'écologie ; le rose-violet de la femme, des gays et des lesbiennes".
    La transition, dans ce pays qui ne se contente plus des idéologies, n'est pas toujours facile à réaliser.
    "L'ancien [modèle] n'en finit pas de mourir et le nouveau n'en finit pas de naître" se lamente Nicolau Barcelo, l'une des principales têtes pensantes pacifistes (et accessoirement activiste de Greenpeace) en Espagne. L'intégration dans le débat politique de ces questions sociales se fait lentement. "Le pacifisme, en Espagne, n'est pas un mouvement structuré", ajoute Nicolau Barcelo. Il lui manque une organisation stable. Même la grande mobilisation contre l'OTAN en 1986 n'a pas permis son épanouissement, car le mouvement était noyauté par les communistes. "

    Manifestations protestataires

    Seules l'objection de conscience et l'insoumission ont échappé à la main-mise gauchiste. Or c'est justement le "rejet" de l'armée qui a trouvé un écho particulièrement important dans la jeunesse espagnole pendant ces dix dernières années.
    Xavier Ruiz Sant, sociologue, qui a analysé ce phénomène, fait remarquer que cette jeunesse pacifiste -- 14 000 jeunes ont refusé cette année de faire leur service militaire -- n'a cependant pas donné naissance à un mouvement. Cet absence de structure s'explique selon lui par "le manque d'idéologie qui est en train de préparer une époque très complexe". "Avant, il y avait des solutions pour tout", explique-t-il. Les jeunes militaient dans des partis politiques, entre autres pour appartenir à un groupe. Mais les partis d'aujourd'hui n'offrent plus aucune solution concrète, bien que la gauche se préoccupe toujours de social. Les jeunes veulent faire quelque chose pour se rendre utiles, concrétiser leurs idéaux de solidarité envers la Bosnie ou le Tiers-Monde et contre le racisme. Et cela, ils le font au travers d'organisations non gouvernementales."
    Pour Esteban Ibarra, figure principale de la plate-forme des Jeunes contre l'Intolérance, en lutte contre le racisme et la marginalisation des minorités idéologiques, les ONG portent en gestation une nouvelle gauche. "Nouvelle, parce que son autonomie, son engagement envers la solidarité, le courage civique et le sens de la responsabilité sociale, lui permettent de ne pas abandonner toute la responsabilité aux mains de l'État, contrairement aux habitudes de la gauche traditionnelle, insiste-t-il. L'intérêt des ONG, c'est qu'elles servent d'outil pour mieux forger la démocratie."

    Jordi Petit, secrétaire général de l'Association Internationale des Gays et Lesbiennes - fédération regroupant 450 organisations dans 75 pays, quant à lui refuse les étiquettes politiques. Le programme de l'Association, le "Plan 68", prévoit des manifestations protestataires contre l'oppression des dictatures ou des démocraties "récentes" d'Amérique Latine, de Turquie, Roumanie, Iran ou Arabie Saoudite, terribles pour les homosexuels. En revanche, dans les démocraties plus avancées, le mouvement gay tient à se présenter comme un service. Il poursuit comme but le développement des droits civils et la pluralité démocratique et perd son militantisme politique."
    "Cette insistance à dire que nous ne sommes ni de gauche ni de droite est en réalité théorique", rectifie Isabel Castro, secrétaire générale de la Coordination Gay-Lesbienne espagnole. Dans la pratique, nos revendications sont soutenues par des partis politiques divers. Mais c'est à l'économie que les partis se consacrent le plus aujourd'hui et cela mène à des confusions. Reste que cette philosophie progressiste qui défend les droits fondamentaux est bien vivante et parfaitement identifiable à gauche"
    Le rattachement des Verts à la gauche est lui aussi objet de débats. Depuis un an, Ladislao Martinez, anarchiste et responsable du groupe écologiste Aadenat tente d'introduire les Verts dans la coalition politique Izquierda Unida (Gauche Unie), avec tous les conflits et les contradictions que cela implique. Il démystifie également l'essor actuel des Organisations non gouvernementales (ONG). "Dans le monde occidental, la majorité des ONG sont de bonnes structures professionnelles, mais on y trouve bien peu de gens de la rue. Contrairement aux années 1970, elles sont composées d'un grand nombre de membres qui en réalité, participent de moins en moins."
    Le succès des mouvements verts, pacifistes ou gay ne doit pas faire illusion. Leur succès comme partis politiques de la nouvelle gauche est loin d'être assuré, car le militantisme lui-même n'est plus d'actualité.

    Rafael Ruiz, El Pais

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