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    Les idéologies politiques : Alberto Fujimori : La democratie sans les partis

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Alberto Fujimori, 57 ans, a été élu président du Pérou en 1990. Afin de combattre le terrorisme, un fléau responsable de la mort de 26 000 de ses compatriotes, le nouveau président n'a pas lésiné sur les moyens : dissolution du Parlement et reprise en main du système judiciaire. En 1995, le suffrage universel l'a confirmé à la tête de l'Etat, avec 65% du vote. Fujimori soutient qu'il n'a pas besoin des partis politiques pour gouverner. Il accuse ces derniers d'être à l'origine de "la crise la plus grave" de l'histoire du pays."Les partis n'ont plus aucun rôle à jouer dans notre système, dit-il en substance. Mais notre système n'en est pas moins solide pour autant." Pour Fujimori, c'est la volonté du peuple--et non celle des partis--qui doit l'emporter dans une démocratie. Le Pérou a créé son propre modèle de gouvernement, et ne se contente pas de suivre les exemples chilien ou asiatique.Le texte qui suit reprend les principaux thèmes abordés dans un entretien accordé à Folha/World Media à la mi-octobre 1995.


    Folha : Croyez-vous que les mesures adoptées au Pérou comme la dissolution du parlement et la reprise en main du système judiciaire pourraient être la solution pour d'autres pays qui doivent faire face à des problèmes similaires?

    Fujimori : Ces mesures étaient conçues pour résoudre la crise spécifique que connaissait le Pérou au moment de mon élection. Je ne suis pas sûr qu'un tel modèle soit facilement transposable à d'autres situations de crise dans d'autres pays. Je crois pourtant que l'ordre, la discipline et la sécurité sont indispensables à tout pays. Car la vie devient très pénible si les conditions nécessaires à la stabilité politique et économique ne sont pas assurées. Au Pérou nous sommes disciplinés et efficaces. Et c'est grâce aux mesures drastiques que nous avons prises au moment d'une crise sans précédent dans l'histoire da la nation. On nous a critiqués pour avoir dissous le parlement et pour avoir réformé la justice. Mais ces institutions étaient-elles démocratiques? Pourquoi n'ont-elles pas défendu la démocratie? Aujourd'hui, nous pouvons parler de démocratie au Pérou. Mais pourquoi la démocratie se limiterait-elle au suffrage universel? L'école doit être démocratique aussi. Pourquoi les enfants pauvres n'auraient-ils pas l'égalité des chances dans ce domaine également? Nous sommes en train d'élargir notre démocratie à l'école et aux autres services publics.

    Folha : Dans votre modèle, la démocratie et le développement sont-ils compatibles?

    Fujimori : Il n'y a pas la moindre incompatibilité entre les deux. La démocratie ne doit pas être réservée à l'élite. C'était cela le problème fondamental au Pérou et dans d'autres pays d'Amérique latine. Un pays où les gens n'ont pas le droit d'accéder à l'école, aux soins et aux autres services de ce genre n'est pas, selon ma conception des choses, un pays démocratique. Devient-on citoyen par le seul fait de pouvoir exprimer son suffrage? J'aimerais voir les défenseurs de ce genre de "démocratie" se mettre à la place des pauvres. Seraient-ils alors aussi enthousiastes? Je ne le crois pas. La démocratie doit permettre à chacun d'avoir sa chance.

    Folha : Votre gouvernement a pratiquement interdit les partis politiques, pourtant l'un des fondements de la démocratie.

    Fujimori : Cette réforme était nécessaire pour des raisons démocratiques. C'était la démocratie qui faisait perdre du terrain aux partis. Ils étaient faibles, et le peuple -- et ceci explique en partie les raisons pour lesquelles je me suis décidé à me porter candidat -- se posait des questions : "Qu'est-ce qu'ils ont fait? En quoi nous ont-ils aidés?" Notre pays traversait à l'époque la crise la plus grave de son histoire, nous étions au bord de l'effondrement. Et c'était la faute des partis. La démocratie doit servir à quelque chose. Elle doit assurer le bien-être des gens. Aujourd'hui, nous nous sommes libérés de l'emprise des partis. Cambio 90 et Nouvelle Majorité sont deux mouvements très importants que j'ai créés. Leur structure ne ressemble guère à celle d'un parti politique. Si je voulais nommer ministre un spécialiste des problèmes d'énergie, je n'irais pas le chercher dans une structure fermée. J'irais le chercher n'importe où. Qui est le meilleur spécialiste de ces questions. Est-ce untel? Cela m'est parfaitement égal qu'il n'ait pas sa carte Cambio 90. Aucun de mes ministres n'est un politique. Ce sont tous des techniciens. Les ministres doivent être surtout des managers. Il faut qu'ils soit efficaces à leur poste. Les partis n'ont plus aucun rôle à jouer au Pérou, mais notre système n'en est pas moins solide pour autant. Tout le monde participe à la stabilité du système. Tout le monde connaît le chemin que doit prendre le pays.

    Folha : Vous suivez un modèle dont les principaux éléments sont le développement, la centralisation et, dans une certaine mesure, l'autoritarisme. Dans quel pays avez-vous trouvé votre modèle? Chez vos voisins chiliens, ou dans un pays asiatique comme la Corée du Sud?

    Fujimori : C'est notre propre modèle. La Corée du Sud et la Malaisie sont deux pays qui sont en train de devenir plus forts, sans avoir recours aux partis politiques. Au Chili, en revanche, il existe des partis politiques très enracinés. Le développement économique se poursuit dans chacun de ces pays, sans entrave. Une démocratie authentique se construit là où l'économie se développe. Dans les pays que vous avez cités, la seule ressemblance avec le Pérou se trouve dans l'efficacité de l'administration. Nous avons mis en place un système centralisé car notre priorité est le bien-être de la nation tout entière.

    Folha : Avez-vous ressenti, personnellement ou à l'encontre de votre gouvernement, des réserves dues à votre style politique?

    Fujimori : J'ai assisté à de nombreuses réunions avec mes homologues sud-américains, et je n'ai jamais rien ressenti de la sorte. Vous savez, les résultats des dernières élections étaient on ne peut plus clairs. Pourquoi ma candidature a-t-elle réuni 65% des suffrages? C'est parfaitement démocratique. Sans vouloir me vanter, le fait est que mes compatriotes acceptent mon style. J'ai eu des résultats, et je continue à faire du bon travail. Je peux aller n'importe où en Amérique latine--dans des pays où l'on connaît bien notre situation politique --, et je suis toujours très bien accueilli. Je suis passionné par le lien qui existe entre le président et le peuple.

    Alberto Fujimori, Pérou, propos recueillis par Emanuel Neri, A Folha de Paulo

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