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    Les grandes tendances : Edition : L'échange culturel et le souci de jeunesse

    Par L'Economiste | Edition N°:154 Le 17/11/1994 | Partager

    Lieu de transactions d'affaires commerciales, le SIEL se situe de plus en plus nettement sous le signe de l'échange culturel, par l'esprit de coopération qui l'anime. Ainsi, les divers colloques et tables rondes, qui disposent cette année d'un véritable espace extérieur à l'enceinte-même du lieu d'exposition et de vente, touchent à la foi le technique et le culturel: la diffusion, la technologie au service du livre, etc.. voisinent avec des thèmes tels que "le dialogue des religions monothéistes". Car il apparaît que c'est aussi une volonté de dialogue, ou du moins de tolérance réciproque, qui s'exprime au niveau de ce 5ème SIEL.

    Ainsi, le responsable du stand de l'IMA se déclare agréablement surpris par l'équilibre qui règne dans ce Salon, entre les publications qu'il appelle "traditionnelles" et les publications qu'il juge "modernistes", en comparaison avec le déséquilibre flagrant des Salons du Caire ou de l'IMA à Paris. Par ailleurs, une éditrice marocaine signale avec intérêt que la plupart des ouvrages récents, présentés lors du 5ème SIEL, se situent au coeur de l'entre-deux culturel: par l'alternance de l'expression française et de l'expression arabe, mais aussi par les thèmes soulevés: nouveaux regards sur la religion sur l'Islam, sur le rapport à “ l'Occident ”, sur les problèmes des minorités, de la violence... On pourrait souligner ici le succès immédiat du dernier livre de Driss Chraïbi, paru à la veille du Salon, "L'Homme du Livre".

    Moins élitiste

    Sensible aux crises du monde actuel, le SIEL agit et réagit, ouvrant aussi ses portes, comme il l'avait déjà fait il y a deux ans, à l'ALCS et aux associations de lutte contre le racisme et l'intolérance.

    Il avait pu être constaté, lors des précédents salons, que le livre s'y vendait mieux, à un public beaucoup plus large attiré par un espace moins élitiste dans le contexte marocain que la librairie, indépendamment des échanges éditoriaux qu'ils suscitaient. Cette année, dès le premier jour, certains stands proposant des best-sellers ou des livres à prix modéré dépassaient les ventes prévues. Durant le week-end, le public vient acheter. Les participants sont également frappés par un changement d'attitude par rapport à la culture elle-même.

    Lors des séances de signatures d'ouvrages par les auteurs, auparavant souvent désertées ou considérées comme essentiellement commerciales, aujourd'hui beaucoup de jeunes osent venir interroger les écrivains sur leur démarche, leur recherche, entamant peut-être ainsi avec certains promoteurs de la culture un questionnement culturel porteur.

    D'ailleurs, le souci de la jeunesse prédomine comme on pouvait l'attendre dans ce Salon: malgré tous les obstacles et les inégalités existant encore dans le domaine de la scolarisation, quatre millions d'élèves suivent les cours de l'enseignement secondaire, autour de 200.000 étudiants se trouvant à l'Université. Cette réalité détermine la grande tendance éditoriale du Salon et de l'édition marocaine, c'est-à-dire la publication et la vente de livres scolaires, universitaires, scientifiques. Si les maisons d'édition marocaines se situent surtout en fonction de leur dominante linguistique-arabophones, francophones, bilingues, avec quelques livres en tamazight- la moitié d'entre-elles (15 sur 30) se consacrent au scolaire, tentent de répondre à une demande de plus en plus importante et d'atteindre une qualité certaine à des prix compétitifs.

    Libéralisation

    En réaction à une réglementation particulière-procédure d'appels d'offres de l'Etat-et si l'édition scolaire a peut-être atteint une autosuffisance, certains membres de l'Association Marocaine des Editeurs souhaiteraient voir les conditions en être libéralisées. Se fait jour également une volonté de développer, localement ou en collaboration avec des éditeurs étrangers, la publication de livres universitaires en arabe et en français. Les ouvrages présentés cette année au Salon ont fait l'objet d'une exigence particulière: ils ne doivent pas être antérieurs à l'année 1991, afin de maintenir la promotion de la nouveauté. On peut cependant trouver des oeuvres classiques ou devenues telles éditées nouvellement, à des prix compétitifs - Maupassant ou Stendhal par exemple- et des traductions récentes d'ouvrages plus anciens, ce qui devrait être une tendance actuelle, avec le principe de coédition susceptible de rendre le livre plus accessible au public. Le livre pour enfant est présent, mais de manière inférieure à ce que les éditeurs pourraient souhaiter, en raison du prix de revient important par rapport à son impact commercial dans les conditions actuelles du marché. Avec une exposition de manuscrits anciens calligraphiés, de reliures, des manifestations tant musicales, poétiques que philosophiques et technologiques, l'effort important que semblent faire les instances francophones, cette cinquième édition du SIEL paraît aller dans le sens du double rôle qu'il s'est alloué, malgré les peut-être inévitables retards au moment du démarrage.

    Le créneau du livre pour enfants

    Le beau livre parascolaire pour enfants n'est pas produit au Maroc. Mais la plupart des librairies proposent une vaste panoplie de livres éducatifs, de livres de contes traditionnels, de fables, d'histoires modernes, de coloriage. Tous ces livres, enrichis par de très belles illustrations, sont importés de France ou de pays du Moyen-Orient, diffusés par des distributeurs représentants d'une ou de plusieurs éditions étrangères. Alors que ces derniers, dont la qualité, du point de vue contenu et impression, rivalise avec le livre européen, celui-ci est plus cher, atteignant parfois des prix exorbitants, mais se vend malgré tout. "Le Marocain commence à multiplier ses achats dans le livre pour enfants", constate un libraire. Mme Rkia Al Jirafe, de 7 Diffusion, société tout récemment créée, rapporte que ce produit fait l'objet d'une forte demande, que les enfants accompagnant en général leurs parents s'imposent dans le choix des livres.

    Le livre d'enfants arabe importé d'Egypte, de Syrie ou du Liban étonne par sa diversité autant que par l'effort imaginatif dont il fait preuve. Pour le rendre en même temps très divertissant, il joue aussi sur l'esthétique, qui incite l'enfant à prendre soin et à le conserver dans sa bibliothèque. Celui de l'éducation musulmane offre plusieurs gammes témoignant d'ingéniosité, de manière à ce que l'enfant puisse apprendre sa religion tout en l'aimant.

    La France excelle toujours dans le livre pour enfants, véritable livre de collection, dans tous les formats, avec ses belles reliures, ses superbes illustrations, les livres cartonnés à images pour bébés, etc. Chaque année paraissent de nouvelles éditions de contes ou de nouvelles collections dans le livre encyclopédique junior. Les livres sur les dinosaures sont vedettes. Le livre français est en général cher. Mais 7 Diffusion, représentant exclusif de Culturodiff, propose des prix défiant toute concurrence, la fourchette allant de 7 DH, pour le livre de coloriage, à 132 DH pour un très beau livre de 10 contes illustrés. "Je gagne une marge de 15 à 20%, précise Mme Al Jirafe. Les livres qui marchent le plus sont ceux de coloriages, les classiques et les contes". Pourtant, il faut aussi découvrir des livres qui développent le goût artistique comme "l'atelier de l'enfant" ou "Mes premiers pas de danse".

    Un curieux stand chinois, décoré par de petites lanternes rouges, encombré par une foule permanente, vend de jolis petits livres de contes d'Orient, richement illustrés, à des prix dérisoires, même à 3 DH, n'excédant pas 15 DH pour les plus chers.

    Thérèse BENJELLOUN

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