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Les Etats-Unis vont-ils disparaître parce qu'ils sont trop puissants?
Troisième partie: Ces étranges démocraties
La thèse d'Emmanuel Todd

Par L'Economiste | Edition N°:1634 Le 30/10/2003 | Partager

. RésuméEn principe, les démocraties, celles où le gouvernement est responsable devant un Parlement, n'aiment pas faire la guerre. Il est vrai que durant tout le XXe siècle, elles n'ont fait la guerre que lorsqu'elles ont été attaquées. En principe toujours, plus la démocratie s'étendra sur le monde, moins il y aura de guerres: c'est la «loi de Doyle». Durant ce même XXe siècle, note Emmanuel Todd, les Etats-Unis ont souvent joué le rôle de gardien des démocraties, d'assistant contre les visées totalitaires. Mais alors qu'y a-t-il de changé aujourd'hui, quand des démocraties s'inquiètent de voir la puissance protectrice devenir envahissante au point de ne chercher que des solutions militaires, quand au contraire, c'est la solution politique qui devrait s'imposer?------------------------------------------L'histoire ne s'arrête pas, contrairement à ce qu'avait dit Fukuyama: l'émergence planétaire de la démocratie ne doit pas en effet nous faire oublier que les démocraties les plus anciennes -les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France notamment- continuent d'évoluer. Tout indique, actuellement, qu'elles se transforment progressivement en systèmes oligarchiques. Le concept d'inversion, utile pour comprendre le rapport économique des Etats-Unis à la planète (voir notre deuxième partie d'hier: www.leconomiste.com), l'est également pour analyser le dynamisme démocratique dans le monde. La démocratie progresse là où elle était faible, mais régresse là où elle était forte.. Elitisme contre populisme: Univers loufoqueLa poussée de l'alphabétisation nous avait fait vivre dans le monde de Tocqueville, pour qui la marche de la démocratie était “providentielle”, presque l'effet d'une volonté divine. La poussée de l'éducation supérieure nous fait aujourd'hui vivre une autre marche “providentielle”, et calamiteuse: vers l'oligarchie. C'est, dit Todd, la vengeance d'Aristote: l'oligarchie succède à la démocratie.Curieuses “démocraties” que ces systèmes politiques au sein desquels s'affrontent élitisme et populisme, où subsiste le suffrage universel, mais dans lequel les élites de droite et de gauche sont d'accord pour interdire toute réorientation de la politique économique qui conduirait à une réduction des inégalités. Univers de plus en plus loufoque dans lequel le jeu électoral doit aboutir, au terme d'un titanesque affrontement médiatique, au statu quo. La bonne entente au sein des élites, reflet de l'existence d'une vulgate supérieure, interdit que le système politique apparent se désintègre, même lorsque le suffrage universel suggérerait la possibilité d'une crise. George W. Bush est choisi comme président des Etats-Unis, au terme d'un processus opaque qui ne permet pas d'affirmer qu'il l'a emporté au sens arithmétique. Mais l'autre grande république “historique”, la France, s'offre, peu de temps après, le cas contraire, et donc fort proche dans la logique de Sacha Guitry, d'un président élu avec 82% des suffrages. Le presque unanimisme français résulte d'un autre mécanisme sociologique et politique de verrouillage des aspirations venues des 20% d'en bas par les 20% d'en haut, qui pour l'instant contrôlent idéologiquement les 60% du milieu. Mais le résultat est le même: le processus électoral n'a aucune importance pratique; et le taux d'abstention s'élève irrésistiblement.En Grande-Bretagne, les mêmes processus de restratification culturelle sont à l'oeuvre. Ils furent précocement analysés, par Michael Young dans «The Rise of the Meritocracy», court essai réellement prophétique puisqu'il date de 1958. Mais la phase démocratique de l'Angleterre a été tardive et modérée: le passé aristocratique si proche, toujours incarné dans la persistance d'accents de classes d'une netteté extrême, facilite une transition en douceur vers le monde nouveau de l'oligarchie occidentale. La nouvelle classe américaine est d'ailleurs vaguement envieuse, ce qu'elle manifeste par une posture anglophile, nostalgique d'un passé victorien qui n'est pas le sien.. Un processus de dépérissement oligarchiqueIl serait donc inexact et injuste de restreindre la crise de la démocratie aux seuls Etats-Unis. La Grande-Bretagne et la France, les deux vieilles nations libérales associées par l'histoire à la démocratie américaine, sont engagées dans des processus de dépérissement oligarchique parallèles. Mais elles sont, dans le système politique et économique mondial globalisé, des dominées. Elles doivent donc tenir compte de l'équilibre de leurs échanges commerciaux. Leurs trajectoires sociales doivent, à un moment donné, se séparer de celle des Etats-Unis. Et je ne pense pas que l'on puisse parler un jour des «oligarchies occidentales» comme on parlait autrefois des “démocraties occidentales”.Mais telle est la deuxième grande inversion qui explique la difficulté des rapports entre l'Amérique et le monde. Les progrès planétaires de la démocratie masquent l'affaiblissement de la démocratie en son lieu de naissance. L'inversion est mal perçue par les participants au jeu planétaire. L'Amérique manie toujours fort bien, par habitude plus que par cynisme, le langage de la liberté et de l'égalité. Et bien sûr, la démocratisation de la planète est loin d'être achevée.Mais ce passage à un stade nouveau, oligarchique, annule l'application aux Etats-Unis des conséquences apaisantes de la démocratie libérale. Nous pouvons postuler des comportements agressifs de la part d'une caste dirigeante mal contrôlée, et une politique militaire plus aventureuse, remarque Emmanuel Todd. . Agression américaine contre les démocraties?En vérité, si l'hypothèse d'une Amérique devenue oligarchique nous autorise à restreindre le domaine de validité de la loi de Doyle, elle nous permet surtout d'accepter la réalité empirique d'une Amérique agressive. Nous ne pouvons même plus exclure a priori l'hypothèse stratégique d'une Amérique agressant des démocraties, récentes ou anciennes. Avec un tel schéma nous réconcilions -non sans une certaine malice il est vrai- les “idéalistes” anglo-saxons qui attendent de la démocratie libérale la fin des conflits militaires et les “réalistes” de même culture qui perçoivent le champ des relations internationales comme un espace anarchique peuplé d'Etats agressifs dans l'éternité des siècles. Admettant que la démocratie libérale mène à la paix, nous admettons aussi que son dépérissement peut ramener la guerre.La planète est donc confrontée à une double inversion: inversion du rapport de dépendance économique entre le monde et les Etats-Unis; inversion de la dynamique démocratique, désormais positive en Eurasie et négative en Amérique.Ces processus socio-historiques lourds étant posés, on peut comprendre l'étrangeté apparente des actions américaines. L'objectif des États-Unis n'est plus de défendre un ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa substance en Amérique même. L'approvisionnement en biens divers et en capitaux devient primordial: le but stratégique fondamental des Etats-Unis est désormais le contrôle politique des ressources mondiales. Le but stratégique suprême ne sera donc plus d'accroître les gains de telle ou telle nation, mais de gérer au mieux pour toutes le déclin de l'Amérique.


Comment les élites deviennent antidémocratiques

La force de Fukuyama est d'avoir très vite identifié un processus de stabilisation du monde non occidental. Mais sa perception trop économique des sociétés ne fait pas du facteur éducatif le moteur central de l'histoire et s'intéresse peu à la démographie. Fukuyama ne voit pas que l'alphabétisation de masse est la variable indépendante, explicative, au coeur de la poussée démocratique et individualiste qu'il décèle. De là vient son erreur majeure: déduire une fin de l'histoire de la généralisation de la démocratie libérale. Une telle conclusion présuppose que cette forme politique est stable sinon parfaite, et que son histoire s'arrête une fois qu'elle est réalisée. Mais si la démocratie n'est que la superstructure politique d'une étape culturelle, l'instruction primaire, la continuation de la poussée éducative, avec le développement des enseignements secondaire et supérieur, ne peuvent que la déstabiliser là où elle était apparue en premier, au moment même où elle s'affirme dans les pays qui atteignent seulement le stade de l'alphabétisation de masse.Education secondaire et surtout supérieure réintroduisent dans l'organisation mentale et idéologique des sociétés développées la notion d'inégalité. Les “éduqués supérieurs”, après un temps d'hésitation et de fausse conscience, finissent par se croire réellement supérieurs. Dans les pays avancés émerge une nouvelle classe, pesant, en simplifiant, 20 % de la structure sociale sur le plan numérique, et 50 % sur le plan monétaire. Cette nouvelle classe a de plus en plus de mal à supporter la contrainte du suffrage universel. Un phénomène que l'on connaît bien au Maroc… . Le militarisme «théâtral»Cependant, la puissance économique, militaire et idéologique déclinante des États-Unis ne leur permet pas de maîtriser effectivement un monde devenu trop vaste, trop peuplé, trop alphabétisé, trop démocratique. La mise au pas des obstacles réels à l'hégémonie américaine, les vrais acteurs stratégiques que sont la Russie, l'Europe et le Japon, est un objectif inaccessible parce que démesuré. Avec ceux-là, I'Amérique doit négocier, et le plus souvent plier. Mais elle doit trouver une solution, réelle ou fantasmatique, à son angoissante dépendance économique; elle doit rester au moins symboliquement au centre du monde, et pour cela mettre en scène sa “puissance”, pardon, sa “toute-puissance”. Nous assistons donc au développement d'un militarisme théâtral, comprenant trois éléments essentiels:1- Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour justifier l'action militaire indéfinie de «l'unique superpuissance” à l'échelle planétaire.2- Se fixer sur des micropuissances (Irak, Iran, Corée du Nord, Cuba, etc.). La seule façon de rester politiquement au coeur du monde est «d'affronter” des acteurs mineurs, valorisant pour la puissance américaine, afin d'empêcher, ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances majeures appelées à partager avec les États-Unis le contrôle de la planète: l'Europe, le Japon et la Russie à moyen terme, la Chine à plus long terme.3- Développer des armes nouvelles supposées mettre les Etats-Unis “loin devant”, dans une course aux armements qui ne doit jamais cesser.Cette stratégie fait certes de l'Amérique un obstacle nouveau et inattendu à la paix du monde, mais elle n'est pas d'une ampleur menaçante. La liste et la taille des pays cibles définissent objectivement la puissance de l'Amérique, capable au plus d'affronter l'lrak, l'Iran, la Corée du Nord ou Cuba. Il n'y a aucune raison de s'affoler et de dénoncer l'émergence d'un empire américain qui est en réalité en cours de décomposition, une décennie après l'empire soviétique.------------------------------------
Demain: Le terrorisme universel est-il un mythe?

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