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Economie

Les établissements marocains hors course

Par L'Economiste | Edition N°:896 Le 16/11/2000 | Partager

. Un schéma directeur établi dans les années 80 prévoyait la modernisation du secteur. Coût de ce programme qui n'a jamais vu le jour: 1,272 milliard de DH. Manque de transparence dans la gestion comptable des établissements. Les viandes des abattoirs de Casablanca, Meknès et Settat ont été depuis 1983 interdites à l'export pour non-conformité aux normes européennesLes avis des opérateurs publics et privés sont unanimes quant à la gravité de la situation actuelle des abattoirs au Maroc. La quasi-totalité de ces établissements ne répondent pas aux minima sanitaires dont, par exemple, la séparation entre secteurs propre et souillé. Déjà en 1983, cette situation a été à l'origine du retrait de l'agrément dont bénéficiaient, depuis 1963, les Abattoirs de Casablanca pour l'exportation des viandes vers les pays de la CEE. L'agrément leur a été retiré pour non-conformité aux normes d'hygiène et de salubrité en vigueur en Europe. Les abattoirs des villes de Meknès et Settat ont connu le même sort. Depuis, rien n'a été entrepris pour remédier à cette situation. Les efforts consentis, lorsqu'ils ont existé, n'ont jamais dépassé le stade d'idée-projet ou, dans le meilleur des cas, celui d'étude. C'est le cas par exemple du schéma directeur national des abattoirs réalisé conjointement par les Directions des Collectivités locales (Ministère de l'Intérieur) et de l'Elevage (Ministère de l'Agriculture) au milieu des années 80.Ce schéma devait être exécuté en trois phases, la dernière arrivant à terme en 2000. Seulement, il n'a jamais été mis en oeuvre. Au Ministère de l'Agriculture, des responsables imputent ce retard à des problèmes financiers. M. Mohammed Hommani, chef de la Division vétérinaire de l'Hygiène alimentaire, précise toutefois que ce dossier a été repris par les deux directions «qui veulent le faire sortir de l'oubli. Des réunions régulières sont tenues entre les experts des deux directions pour actualiser le dossier et faire une proposition au gouvernement dans ce sens«.Sur le même registre, MM. Driss Basri et Habib El Malki, respectivement ex-ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture écrivaient, en septembre 1998, aux walis et gouverneurs leur précisant que «le diagnostic général de la situation actuelle du secteur en question a permis de relever plusieurs difficultés liées à l'état des lieux, le plus souvent vétuste et au manque de transparence dans la gestion financière et comptable de l'établissement«. Et d'ajouter plus loin que «l'amélioration des prestations du secteur nécessitera une sensibilisation particulière des directeurs d'abattoirs en poste et une vigilance quant aux profils des responsables à recruter à la tête de ces établissements«. A ce niveau, des représentants de certains corps de métier actifs au niveau des Abattoirs de Casablanca ont affirmé à L'Economiste que la gestion quotidienne de cet établissement enregistre plusieurs irrégularités. Le terme utilisé pour qualifier ces pratiques est fort: Mafia. Selon eux, «certains introduisent des bêtes sans payer les taxes à l'entrée. De mêmes, chaque jour, des voitures de tourisme viennent charger de la viande sans autorisation et sans s'acquitter des droits«. Cette apostrophe vise essentiellement le corps des chevillards. Le commentaire du directeur des Abattoirs de Casablanca, M. Moujid, qui est en même temps secrétaire général de la Communauté Urbaine de Casablanca, n'a pas pu être recueilli. M. Moujid est constamment occupé(1).. Taxe et fonds de modernisationNotons au passage que, selon Aziz Marhabi, une grande partie des hôtels et cités universitaires de Casablanca, Marrakech et Fès s'approvisionnent auprès des Abattoirs de Rabat.Aujourd'hui, le Maroc compte quelque 57 abattoirs municipaux et 746 ruraux. S'agissant de la première catégorie, une note relative au schéma directeur indique que «la plupart de ces unités sont déjà anciennes et nécessitent des aménagements pour la séparation entre secteurs propre et souillé, et pour la destruction ou le traitement systématique et efficace des saisies et des déchets rejets«. A l'exception de Casablanca où les abattoirs sont dotés d'un budget annexe, les autres villes gèrent ces installations dans le cadre budgétaire d'où «une impossibilité d'individualisation des coûts de gestion qui sont englobés dans la masse du fonctionnement général de la Commune«, écrit la note. Ces abattoirs sont souvent concurrencés par l'abattage clandestin et les abattoirs ruraux. Au total, 746 unités rurales sont recensées. Il s'agit d'abattoirs fonctionnant normalement une fois par semaine, le jour du souk. «Leur dispersion à travers les différentes localités parfois proches l'une de l'autre rend leur contrôle vétérinaire difficile et onéreux«. «Ces tueries« constituent souvent la principale source de revenu des communes.Le schéma directeur prévoyait la réduction du nombre de ces unités de 746 à 547, ainsi que l'aménagement de 3.000 étals de boucherie au niveau des souks. 42 nouveaux abattoirs communaux devaient également être créés et 14 rénovés. Une enveloppe de 1,272 milliard de DH devait être octroyée (estimation de 1987) pour l'exécution de ce programme. Les collectivités locales devaient aussi bénéficier d'une subvention assurée par un fonds de modernisation des abattoirs, alimenté par une taxe spéciale instaurée à cet effet«.(1) Par téléphone et fax, L'Economiste a tenté à plusieurs reprises d'obtenir un rendez-vous pour que M. Moujid exprime son point de vue. Son secrétariat le dit constamment «occupé«, «retenu« ou «en réunion«.


Lorsque les chevillards dictent les règles

Deux facteurs expliquent la variation du prix de la viande sur le marché. Le premier est que le cours de la viande est fonction aussi de celui des abats et peaux. Le deuxième facteur tient aux termes de paiement passés entre le chevillard et le boucher. En effet, le chevillard peut demander un paiement sur place, à la livraison de la viande ou à terme. Généralement, l'exercice du métier de chevillard est soumis à une autorisation de la préfecture. Une commission présidée par le wali et comprenant les représentants des services vétérinaire et économique de la Wilaya, de la Communauté Urbaine et de la Chambre d'Agriculture, examine le dossier du candidat. Ce dernier doit être connu dans la filière (éleveur, boucher,...), justifier d'une surface financière suffisante et avoir un casier judiciaire vierge.Le chevillard qui monopolise l'ensemble des activités liées à l'abattage depuis l'approvisionnement de l'abattoir en bêtes jusqu'à la livraison aux bouchers, dispose de sa propre équipe d'ouvriers qui suivent l'ensemble des opérations: achats des bêtes, stabulation, égorgements, vente.A Rabat, quelque 180 chevillards sont actifs contre 400 à Casablanca. Selon M. Ben Brik, représentant des chevillards à Casablanca, 150 nouvelles demandes pour l'obtention de ce titre sont aujourd'hui déposées.Docteur Abdelaziz Draam, chef du service vétérinaire communautaire de la Wilaya de Casablanca, précise que «la Direction des Collectivités locales (Ministère de l'Intérieur) a décidé le maintien du monopole des chevillards au niveau de Casablanca. Cependant, avec les nouveaux abattoirs, l'organisation de ce corps de métier doit évoluer vers des coopératives«.Certains bouchers qui s'adonnent à l'abattage clandestin déclarent: «Nous sommes disposés à recourir à l'abattage officiel à condition de ne pas dépendre du chevillard«.. Chevillards: Ca bouge à RabatLa Wilaya de Rabat-Salé a adopté le 27 octobre dernier une nouvelle réglementation pour le métier de chevillard. Aussi l'exercice de cette profession est-il soumis à une autorisation de la Wilaya. Pour aspirer à ce titre, le candidat doit résider à Rabat, disposer des équipements nécessaires et prouver sa qualification professionnelle. Les éleveurs, anciens bouchers, aides-chevillards, tripiers, imams et coopératives d'éleveurs peuvent aussi exercer cette profession. L'agrément accordé doit être renouvelé tous les trois ans et peut être retiré au bénéficiaire par l'autorité administrative compétente s'il est prouvé entre autres que le chevillard a observé, sans justification, un arrêt d'activité de trois mois.Le chevillard, qui doit être présent dans les abattoirs de l'ouverture jusqu'à la vente, peut recruter sa propre équipe d'ouvriers, dont il se porte garant. Il lui est interdit de s'associer ou délivrer une procuration pour une tierce personne, d'acheter de la viande déjà prête pour la revendre dans les locaux des abattoirs, d'exercer le métier de boucher, d'aide-boucher ou de tripier, ou de s'associer avec l'un deux.Le chevillard doit interdire la constitution de toute union de bouchers, dont l'objectif est d'influencer la quantité ou le cours de la viande sur le marché. Il est également tenu d'informer les autorités de toute pratique d'abattage clandestin.. «Il faut moraliser toute la filière«Selon les statistiques du Ministère de l'Agriculture, la consommation nationale de viande rouge est de 10 kg/an par habitant. «Une consommation faible. Mais, il faut tenir compte de l'effet de substitution«, explique M. Abdelhaq Tber, directeur de l'Elevage au ministère. En effet, beaucoup de Marocains se sont tournés vers la consommation de viande blanche. En 1970, précise M. Tber, la consommation de viande blanche par habitant était de 2 kg par an. Aujourd'hui, elle est de à 9 kg. Cependant, l'effet de substitution ne peut pas expliquer à lui seul les statistiques de consommation de la viande rouge. En effet, une grande partie de la filière échappe au contrôle. M. Tber souligne que «toute la filière de commercialisation, depuis l'éleveur jusqu'au boucher en passant par le chevillard, doit être moralisée«. Aniss MAGHRI

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