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Les dollars du terrorismePartie 13: Quand le chaos fait la politique étrangère!

Par L'Economiste | Edition N°:1157 Le 04/12/2001 | Partager

Après avoir mené en Afghanistan une première guerre contre les Soviétiques par “Moujahiddines” et services secrets pakistanais interposés, les Etats-Unis en mènent une deuxième contre leurs propres alliés, parce qu'ils ont protégé un ancien agent, un certain Ben Laden, auteur présumé du plus monstrueux attentat de toute l'histoire de l'humanité. L'affaire serait risible si elle n'avait pas entraîné autant de morts et de misère. Comment tout cela a-t-il été possible? Comment la plus grande puissance mondiale a-t-elle pu être aussi irresponsable?Depuis la fin de la Guerre froide et de ses contraintes de cohésion face à l'ennemi communiste, le Congrès américain s'est senti beaucoup plus libre de satisfaire toutes sortes d'intérêts économiques ou ethniques particuliers en légiférant sur diverses questions de politique étrangère et ce, souvent en contradiction avec les options déclarées de la présidence, voire en flagrante violation du droit international. Ainsi en va-t-il des lois d'interdiction de commercer qui contreviennent aux accords de l'OMC, dont les Etats-Unis sont pourtant les ardents promoteurs.. Un “homme aussi limité”Avec la domination du Congrès par les Républicains, la diplomatie américaine a gagné en décibels ce qu'elle perdait en cohérence, notamment avec le tout-puissant président de la commission des affaires étrangères du Sénat, Jesse Helms, dont on dit à Washington qu'il se situe “à droite de Gengis Khan” et qui considère qu'en dehors des Etats-Unis “la planète n'est qu'un trou à rats”. Représentant la Caroline du Nord depuis vingt-cinq ans, ce Sudiste qui abhorre les fonctionnaires, les Noirs, les filles mères et les étrangers contrôle d'une main de fer la nomination des ambassadeurs.“Comment ne pas frémir lorsqu'on constate qu'un homme aussi limité occupe un rôle aussi central dans notre diplomatie”, se lamente le New York Times. En dépit des assauts de charme répétés qu'a tentés Madeleine Albright à son égard, le Congrès a toujours refusé de payer les arriérés de Washington à l'Organisation des Nations Unies… jusqu'à ce que les attentats du 11 septembre viennent cruellement rappeler aux Congressmen qu'ils n'étaient pas seuls sur terre. Très à l'écoute des fluctuations de l'opinion intérieure, le Président Clinton n'a pas toujours mis son veto à plusieurs lois du Congrès qui n'avaient pourtant pas l'aval de son administration.Songeons seulement aux lois Helms-Burton et d'Amato-Kennedy, décrétant des sanctions économiques d'application universelle contre Cuba, l'Iran, l'Irak et la Libye. En effet, constitutionnellement, le Président peut suspendre l'application d'une loi votée par le Congrès s'il la juge contraire aux intérêts supérieurs du pays, comme ce fut le cas pour la loi Dole qui proposait le transfert de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. De fait, la nécessité de composer avec un Congrès hostile constitue une importante restriction à la marge de manoeuvre du Président quand il est du parti opposé. Ce qui a été le cas des deux mandats de Clinton. Le Président doit alors louvoyer comme il peut au sujet de menaces d'application de ces sanctions, se heurtant à l'opposition du monde entier.. Les lobbies classiquesEn dehors du Congrès, les “nouveaux acteurs”, défenseurs d'intérêts particuliers, pèsent de plus en plus sur les décisions de politique étrangère. Indépendamment des services de renseignement et des autres structures gouvernementales -le Conseil national de sécurité (NSC), le Département d'Etat, le Pentagone, le Ministère du Commerce et les autres “agences d'exécution”-, d'innombrables lobbies économiques, ethniques et religieux s'imposent plus que jamais comme l'une des composantes essentielles de l'évolution récente de la politique étrangère américaine.Le lobbyisme recouvre l'ensemble des professionnels qui font profession d'orienter les décisions politiques et le travail législatif dans le sens des intérêts de leurs clients. Aux Etats-Unis, cette activité est un secteur économique à part entière, pesant d'autant plus lourd que la Guerre froide ne donne plus aucun “liant” à la stratégie américaine. En moins de trente ans, le nombre des “lobbyistes” de la capitale fédérale a plus que quadruplé, avec 67.000 professionnels déclarés... L'argent est leur premier outil d'influence. “La collecte de fonds constitue une part de plus en plus importante de l'activité des élus, presque 50% de celle des représentants, et assure ainsi leur survie politique”, déplore un diplomate américain; “la moitié de leurs dépenses est investie dans des spots télévisés. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que les groupes d'intérêts disposant des moyens les plus importants parviennent à exercer une influence considérable sur les élus du peuple, et par conséquent sur les lois que ces derniers sont appelés à voter”. Une sorte de “shadow démocratie” entièrement financière et qui doublerait la compétition politique publique.. Les nouveaux acteursLa deuxième force des lobbies réside dans leur poids électoral. On trouve ici certaines catégories de la population comme les retraités, sur-représentés dans certaines régions comme la Floride, les médecins ou les avocats, ainsi que les “causes spécifiques” comme les associations en faveur de la vente libre des armes à feu, les organisations syndicales comme dans le Midwest, les groupements écologistes…Les plus engagés dans les questions de politique étrangère sont, bien évidemment, les lobbies ethniques, avec les Cubains de Floride, les Arméniens de Los Angeles et la communauté juive de New York face à laquelle les communautés d'Arabes américains n'ont guère de poids. Sur le plan de l'efficacité technique, l'Aipac pro-israélienne qui est toujours citée en exemple a servi de modèle au lobby cubain.L'émergence des lobbies ethniques correspond, du reste, à l'élargissement de la diversité des origines ethniques des membres du Congrès, qui accompagne ce que les experts appellent la “nouvelle immigration”. D'ici à 2050, les “minorités” représenteront presque la moitié de la population américaine. “Cette tendance actuelle compromet la formulation d'un nouveau consensus en matière de politique étrangère”, note un expert. “Compte tenu de la diversité croissante de la population et du développement des communautés transnationales ayant des intérêts économiques et politiques doubles, il sera plus difficile de définir une conception commune de la notion d'intérêt national et de s'accorder quant aux priorités en matière de politique étrangère”.. Jeux sophistiqués d'influence Les effets de l'influence des lobbies économiques, thématiques, ethniques ou religieux se croisent, entrent en concurrence, s'annulent ou au contraire interagissent et se recomposent. Ainsi, dans l'affaire du gazoduc devant relier le Turkménistan, I'Iran et la Turquie, le lobby juif, soucieux de ménager des compagnies pétrolières américaines hostiles aux restrictions visant leurs marchés potentiels, a délibérément décidé de ne pas réagir lorsque l'administration a décrété que le gazoduc ne tombait pas sous le coup des sanctions économiques votées par le Congrès.Pendant les guerres d'ex-Yougoslavie, on a vu par ailleurs le même lobby juif monter en première ligne pour défendre les musulmans de Bosnie, à l'unisson avec l'administration objectivement la plus pro-israélienne de l'Histoire, mais trop contente d'inaugurer ainsi un mécanisme de compensation dans ses rapports officiels avec le monde arabo-musulman. A ces effets de trébuchet où l'on soupèse et l'on monnaie l'influence comme une denrée précieuse, il faut ajouter le rôle grandissant, lui aussi, des organisations non gouvernementales (ONG), fréquemment auditionnées par les deux chambres du Congrès et les différentes agences de l'administration.“La guerre est une affaire sérieuse; on redoute que les hommes ne s'y engagent sans la réflexion qu'elle mérite”, dit Sun Tzu. A l'origine, c'est pour réfléchir à la stratégie nucléaire des Etats-Unis que se sont formés, dès 1945, plusieurs groupements d'analystes de diverses formations et origines scientifiques. Depuis, ces “think tanks” -réservoirs de pensée- ont multiplié leurs objets de réflexion et embrassent désormais la totalité des questions de sécurité, de politique étrangère et de développement économique. Il en existe aujourd'hui plus d'un millier et leurs domaines d'activité ne cessent de s'accroître en se spécialisant par centres d'intérêts ou zones géographiques.Auxiliaires indispensables des principaux acteurs contemporains -publics et privés- de la politique étrangère des Etats-Unis, les think tanks sont très différents des centres universitaires de recherche européens. Financés par le secteur privé, nombre d'entre eux, comme le “Washington Institute for Near East Policy”, travaillent directement avec les services de renseignement et interviennent en symbiose avec eux au coeur même du processus de décision.Même si, globalement, l'opinion publique américaine est aujourd'hui relativement indifférente aux problèmes extérieurs qui n'ont pas d'incidence directement palpable sur la vie quotidienne, la Maison-Blanche cultive une véritable obsession des effets médiatiques que ses décisions sont susceptibles d'entraîner.Tous les acteurs, pouvoirs exécutif, législatif, administrations et lobbies, prêtent la plus grande attention à une presse qui devient elle-même acteur à part entière.Depuis la chute de l'ennemi communiste, c'est donc un véritable chaos qui gouverne la politique étrangère américaine.Hérité de la Guerre froide, le processus ne s'est pas adapté aux mutations en cours. Le “nouvel ordre international” de George Bush Père s'est perdu dans les sables de la Guerre du Golfe, et le volontarisme wilsonien du Président Clinton, notamment en matière de “diplomatie préventive”, a tourné court. “Démocrates et républicains n'ont aujourd'hui aucune vision”, déplore Thomas Friedman, le chroniqueur de politique étrangère du New York Times.Plus que jamais, la politique extérieure des Etats-Unis reste tributaire de préoccupations domestiques. C'est parce que les Etats-Unis ont été touchés sur leur territoire qu'il y a eu les bombardements en Afghanistan, et non pas parce que les réseaux d'Al Qaïda étaient dangereux par eux-mêmes. Soumise à une “ethnicisation” croissante, la politique étrangère des Etats-Unis procède par coups de barre successifs et d'incessants changements de cap.


Un lobby plutôt qu'un parti

Au début des années 80, Jerry Falwell, un fondamentaliste baptiste particulièrement rétrograde, décrète qu'il est urgent d'investir le champ politique pour purifier «la Sodome américaine». Il veut moraliser les moeurs dépravées par la libération sexuelle (...). Il a la prudence de ne pas créer son propre parti, qui n'aurait jamais pu dépasser le stade d'une assemblée paroissiale. Falwell fonde la «Majorité morale», un lobby religieux par lequel il compte faire pression sur les Républicains. Le lobby se donne pour but d'influencer l'ensemble des élus. En fait, il s'agissait de les instrumentaliser pour mener à bien sa croisade. En 1990, la “Majorité morale”, un peu trop limitée par son origine baptiste, est remplacée par la «Coalition chrétienne», un groupe plus oecuménique qui s'ouvre aux catholiques intégristes et même à certains juifs orthodoxes. La réussite de la Christian Coalition est stupéfiante: aux élections présidentielles, en 1996, un délégué de la convention du Parti républicain sur quatre en fait partie.Les cinq à sept millions d'Américains musulmans n'ont pas de lobby attitré. Cependant, en considérant les ajustements verbaux qui se sont imposés au Président Bush, à la suite des attentats, il semble que des influences existent. En tout cas, elles ont évité que l'Amérique se lance dans une “guerre des civilisations”. . Le syndrome de l'actionnaire majoritaireLa certitude dominante d'avoir été les seuls vainqueurs de la Guerre froide place les élites américaines dans la position de l'actionnaire majoritaire qui veut encaisser la totalité des dividendes. Les élites américaines perçoivent volontiers le monde comme unipolaire et se réorganisant autour des seuls intérêts stratégiques, économiques, financiers et commerciaux américains. Dans le cadre forcément limité de cette conception qui veut que “tout ce qui est bon pour les Etats-Unis le soit fatalement aussi pour le reste du monde”, les décideurs publics et privés de la politique extérieure américaine ne font plus de différence entre le “dedans” et le “dehors”. Parallèlement, leur propension à “externaliser” les problèmes intérieurs américains ne cesse d'interférer et de mettre en péril les mécanismes multilatéraux non seulement de l'Organisation des Nations unies, de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), mais aussi de l'OTAN.Appliqué à l'ensemble de la sphère politique, relayé par la grande presse et autres appareils idéologiques dominants, le “syndrome de l'actionnaire majoritaire” finit par s'imposer comme le seul rapport concevable au monde. Les données économiques, financières et commerciales façonnent les critères essentiels de la prise de décision américaine en matière de relations internationales. Elles structurent le champ strictement balisé d'une “politique extérieure de marché”, où les croisements de l'offre et de la demande orientent les grandes décisions.Héritée de la Guerre froide, parce qu'elle faisait pièce aux Soviétiques, la politique américaine de soutien aux mouvements islamistes -qui a perduré jusqu'aux attentats de septembre dernier- s'inscrit, elle aussi, dans le cadre de cette “politique extérieure de marché”. Demain, Partie 14: Sionisme et islamisme, ennemis complémentaires?

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