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Culture

Les coulisses de la terreur
Quinzième partie: Comment le processus d’Oslo a été jeté aux orties

Par L'Economiste | Edition N°:2091 Le 22/08/2005 | Partager

Contre l’opinion publique internationale, contre les logiques politiques, en dépit des évidences techniques, en mars 2003, les Etats-Unis attaquent et occupent l’Irak. Ce faisant, ils ont donné corps à un concept que le droit international récusait et continue de récuser: la guerre préventive. En réalité, ce concept a un correspondant en droit interne, les législations contre le terrorisme. Toutes punissent avant que le crime soit commis, donc créé des délits d’intention. Choquées par les actes terroristes, les opinions publiques, y compris au Maroc, ont approuvé des dispositions. Sur le concept de guerre préventive, elles ont été très réticentes, comme l’ont montré les manifestations géantes contre la guerre. Mais cela n’a rien empêché. De tous les gouvernements en place et ayant participé à l’occupation de l’Irak, seul celui d’Espagne a perdu son mandat (Aznar battu aux élections suite à des mensonges sur les attentats de Madrid). La guerre préventive contre l’Irak a fait des «dégâts collatéraux»: tout le travail d’Oslo pour le processus de paix au Moyen-Orient est perdu, rongé par la même idéologie que celle qui a présidé au lancement de la guerre préventive.Gaza, à l’automne 2001. Yasser Arafat a été l’un des premiers responsables politiques à condamner les attentats de New York et de Washington, du 11 septembre. Et pour que les choses soient plus claires encore, il a donné son sang en faveur des rescapés du World Trade Center, devant les caméras du monde entier. “Il s’agissait d’adresser un message direct et sans ambiguïté, mais profond et qui résume tout notre combat. Nous condamnons le terrorisme où qu’il frappe. Nous avons toujours condamné le terrorisme parce que nous sommes des résistants”, nous déclare-t-il, en ajoutant: “Les attaques du 11 septembre dernier ont renforcé notre détermination à lutter contre le terrorisme. N’oubliez pas que nous parlons en connaissance de cause, car les Palestiniens ont payé un très lourd tribut au premier des terrorismes qui soit: l’occupation de sa terre par une armée étrangère”.. Ennemis de la cause palestinienneMais les caméras de télévision avaient enregistré, le 11 septembre, les manifestations de joie de quelques groupes palestiniens. Ce sont ces images qui appuieront la stratégie américaine de «saddamisation» d’Arafat.Ce dernier recevant Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères, à l’époque, déclare que “les extrémistes qui viennent d’Afghanistan sont les ennemis de la cause palestinienne et de la lutte pour la formation d’un Etat palestinien, parce que ces objectifs s’inscrivent dans une perspective nationale. Or ces activistes haïssent les causes nationales, dont ils prétendent qu’elles ont été inventées par les Juifs et les chrétiens. Et je me souviens qu’Israël les a aidés contre nous, contre l’OLP”.Plus encore: en essayant de reproduire l’instrumentalisation par la CIA de la confrérie des Frères musulmans contre Nasser dans les années 50, les services israéliens avaient multiplié les contacts avec les organisations musulmanes.Avec les événements du 11 septembre 2001, la légitimation de la direction palestinienne, amorcée par Ehud Barak après l’échec de Camp David II en juillet 2000, va entrer dans une phase décisive.Aux Etats-Unis, l’effet des attentats suicides de Jérusalem et Haïfa le 2 décembre 2001 est dévastateur. Ce massacre délibéré d’adolescents paisibles n’est pas perçu comme la représaille des assassinats ciblés qui frappent régulièrement les responsables du Hamas, mais comme expression d’une haine inexpiable ravivant le traumatisme du 11 septembre autorisant la réaction la plus brutale. Les Etats-Unis se sentent et se veulent en guerre: leur opinion publique n’attend rien d’autre que le châtiment des terroristes. Les attentats du 2 décembre sont donc interprétés comme la confirmation brutale de ce que les milieux proisraéliens américains martèlent depuis trois mois: Etats-Unis et Israël sont victimes des mêmes ennemis et mènent le même combat. Ils ont le même droit de se défendre et sont libres d’employer les moyens appropriés. Et gare à ceux qui ne comprennent pas, ou qui résistent à cette union sacrée. L’assimilation entre les opérations militaires menées par les Israéliens contre les Palestiniens et la lutte américaine contre le terrorisme devient systématique.Cette stratégie fait fi des faits: la deuxième Intifada, réponse de la rue au durcissement de l’occupation israélienne, a pris de court l’Autorité palestinienne, mais aussi les organisations islamistes; et l’aviation israélienne a choisi comme premières cibles les infrastructures palestiniennes de sécurité. Comment, dans ces conditions, exiger de Yasser Arafat qu’il maintienne un ordre dont il n’ a plus les outils? Le ministre travailliste israélien des Affaires étrangères Shimon Peres est l’auteur secret de la «saddamisation» de Yasser Arafat. Dans ce contexte, il est clair désormais que Washington n’entend plus accepter une Autorité palestinienne qui n’a pas fait ce qu’on attendait d’elle, et ne lance plus que par routine rhétorique ses appels rituels à la retenue. Confiné dans son quartier général de la Moqata dès décembre 2001, Yasser Arafat est assiégé et pilonné jusqu’en mars 2002. Dans son bureau sans électricité, il demeure plus que jamais le symbole ultime d’une Autorité palestinienne soumise à un travail méthodique de destruction engagé depuis deux ans. Prisonnière de sa vision manichéenne de la lutte contre le terrorisme -“qui n’est pas avec nous est contre nous”- la Maison-Blanche pense militairement la question palestinienne comme elle l’a fait de l’Afghanistan. L’état de guerre proclamé par les Etats-Unis contre le terrorisme rend désormais caduque toute tentative de soutenir la voie médiane du secrétaire d’Etat Colin Powell, de poursuite du dialogue avec Arafat. Dans son discours du 14 juin 2002 sur l’avenir du Proche-Orient, George Bush prononce l’éviction pure et simple du président de l’Autorité palestinienne.“Tant qu’Arafat sera au pouvoir, le peuple palestinien en paiera le prix”, déclare à plusieurs reprises George Bush. Ce discours a profondément modifié la donne au Proche-Orient, et les protesta-tions vertueuses de Washington devant les provocations d’Ariel Sharon ne sont que des figures de style. Douze ans après la guerre du Golfe, Washington diabolise Yasser Arafat comme il a diabolisé Saddam Hussein à partir de 1991.


Une population «criminalisée»: Jénine

En quelques mois, tout le travail des années précédentes est perdu. C’est la population palestinienne tout entière qui apparaît comme criminelle. Cette criminalisation d’une population débouche fatalement sur de graves violations des conventions internationales, comme ce fut le cas à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie en avril 2002.«L’incursion» de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés a commencé à l’aube du 3 avril 2002. Selon les témoignages recueillis par les organisations humanitaires, les blessés civils, les combattants et les malades n’eurent accès à aucun soin médical d’urgence du 4 au 15 avril, soit pendant onze jours. Que s’est-il réellement passé? Le Conseil de sécurité des Nations unies s’était prononcé pour l’envoi d’une mission d’enquête. Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan s’était personnellement engagé à ce que cette mission se rende sur place pour établir les faits. Mais toutes les tentatives de la communauté internationale se sont, jusqu’aujourd’hui, heurtées à une fin de non recevoir de la part du gouvernement d’Ariel Sharon.


Les extrémistes et la Palestine

Pour les islamistes, la libération de la Palestine n’est pas une finalité, mais une simple étape d’une guerre sainte beaucoup plus large, englobant l’Egypte, mais aussi la Jordanie, le Liban et la Syrie. Dans un premier temps, il s’agit de combattre les dangers du laïcisme et leurs incarnations palestiniennes. Hormis l’aide israé-lienne, les Frères musulmans palestiniens profitent déjà abondamment des largesses saoudiennes, gonflées par la brusque augmentation du prix du pétrole. Initialement clandestine, l’aide israélienne aux islamistes s’affiche lorsque l’Etat hébreu leur permet des activités qu’il refuse à l’OLP.


Pourquoi Oslo?

En 1992, le gouvernement d’Israël, où la gauche arriva au pouvoir en 1992 avec Yitzhak Rabin et Shimon Peres, change l’option stratégique. Au lieu de morceler l’environnement, ce gouvernement pense qu’il faut traiter avec lui (ou avec les différentes entités qui le composent), de manière à créer la «sécurité par la paix». L’idée part d’une observation simple: l’empire soviétique n’est plus là pour faire la police dans sa zone d’influence, aussi n’importe quel pays, ou n’importe qu’elle entité peut se doter des moyens techniques et d’agresser sans grand risque son ennemi. Dans le cas d’Israël, disent Peres et Rabin, c’est encore plus facile: le pays fait une trentaine de km de large par endroits, il faut donc une trentaine de minutes pour l’occuper. De plus, avec la globalisation qui mobilise les ressources financières, les divers donateurs commencent à compter leur aide à Israël.Pour Arafat, ce changement stratégique tombe à pic. D’abord, ses propres troupes commencent à lui reprocher le manque de perspectives depuis quarante ans que le dossier palestinien est ouvert. Ensuite les Etats du Golfe lui battent froid: il a soutenu Saddam Hussein qui a envahi le Koweït en 1990. Pis: on accuse les quelque 200.000 à 300.000 Palestiniens installés dans l’Emirat d’avoir facilité l’invasion.Les deux parties ont pour la première fois depuis longtemps de la monnaie à échanger: des pourparlers, secrets, s’engagent. Suite à ces négociations secrètes menées à Oslo, un accord de paix est signé à la Maison-Blanche sous l’égide du président Bill Clinton, le 13 septembre 1993. Le monde entier retint la poignée de main échangée avec le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et la nouvelle donne géopolitique que constitua le plan d’Oslo. En 1994, Yasser Arafat a reçu, pour ce plan d’Oslo, le prix Nobel de la paix (avec Shimon Peres et Yitzhak Rabin). Mais, l’élection de Benyamin Netanyahou comme Premier ministre d’Israël en 1995 mettra un frein à l’application de ces accords. Arafat ne cessera de dénoncer cet état de fait. En 1996, il est élu président de la nouvelle Autorité palestinienne, née à la suite des accords d’Oslo, mais qui jouit d’une autonomie limitée en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Néanmoins, durant les années 94 à 2000, selon un rapport du FMI, l’économie palestinienne a augmenté à un rythme de 9,28% par an, et les investissements de 150%, ce qui en fait l’un des taux de développement les plus rapides au monde lors de cette période. Dans le même temps, selon le même rapport, Yasser Arafat aurait «dévié» près de 900 millions de dollars sur les comptes secrets qu’il contrôle directement, pour alimenter son trésor de guerre. De 1994 à 2001, l’Union européenne a financé, dans les territoires palestiniens, des projets d’infrastructures pour plus de 3 milliards d’euros. Une grande partie des projets réalisés grâce aux aides européennes ont été détruits en 2002 et 2003 par l’armée israélienne.DemainBush: «Donnez-moi 25 ans pour refaire la carte»

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