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Economie

Les bureaux pris en sandwich

Par L'Economiste | Edition N°:346 Le 17/09/1998 | Partager

Les organismes publics et les banques retournent à l'horaire «normal». La journée continue, une forme d'organisation du travail, est adoptée dans toutes les grandes villes du monde, car elle favorise la productivité. Ici, elle achoppe sur des questions de déjeuner et de sieste.


«Nous mangeons pour avoir des forces et travailler. Vous mangez par plaisir», dit un dirigeant d'une entreprise coréenne à des Marocains ébahis. «Voilà pourquoi cette usine de téléviseurs de 3.000 personnes observe une pause-déjeuner d'une heure, avec une cantine de 500 personnes. Mais parlons de l'essentiel, la production».
Tiens donc, il faut produire pour manger! Ce n'est pas ce qui ressort des conversations sur la grande question de la rentrée, l'organisation de la journée continue. En fait, il faudrait un déjeuner-débat national. Les ouvriers et les petits employés seraient, pour une fois, invités dans les palaces, à côté des ingénieurs et des managers, qui, depuis des années, déjeunent-débattent et dînent-débattent sur la mise à niveau, l'adéquation formation/emploi, la société civile, la réforme de l'Administration, la transpa-rence...

Cette dérive d'une affaire d'organisation du travail vers une affaire de repas est significative. Le problème est «faut-il réduire la pause de midi de deux heures à une heure, parce que les villes ont grandi, et que les employés se fatiguent à rentrer chez eux, au lieu de se reposer pour mieux travailler et produire plus l'après-midi». La réponse est oui à New York, Paris, Beyrouth, Bombay et dans toutes les grandes villes du monde qui veulent rester dans la course mondiale à la production. La réponse est non, dans les villes qui veulent rester dans la course mondiale aux banquets, aux plats en sauce, aux petites siestes, aux verres de thé.
Le problème s'y pose en ces termes, «comment allons-nous bien manger sur les lieux de travail» . Voilà une question gastronomique pour un problème ergonomique.
D'ailleurs, l'été, bien peu sacrifient le rite du déjeuner copieux. Des fonctionnaires gloutons se font livrer des tajines huileux dans leur bureau. Vendredi, le couscous est accueilli avec des youyous. J'en ai même retrouvé des miettes sur un certificat de résidence.

Un dossier politique


Les défenseurs de la position gastronomique, les plus nombreux, ont raison de demander un aménagement minimum. Sinon, les ateliers de confection sentiraient les frites et l'odeur se retrouverait jusque dans les chemises neuves. Les peaux de bananes, une spécialité de nos bureaux, se retrouveraient dans les dossiers du personnel...
Les entreprises pourraient faire un effort minimum, même quand elles sont installées dans des locaux anciens. Pour cela, dans toutes les villes du monde, des accords sont conclus pour que des marchands livrent dans les bureaux des sandwichs ou des tranches de pizza. Voilà un gisement de création de PME et d'emplois.
Une autre entrave à la journée continue est la prise en charge des enfants. Les cantines scolaires sont la règle dans la plupart des pays. Elles sont l'exception ici, et même objet de détournements et de scandales de toutes sortes.

Dans les zones industrielles éloignées, beaucoup d'entreprises ont adopté la journée continue. Parfois la cantine devient le principal sujet de contestation syndicale, et manger devient plus que travailler, le noeud de la relation sociale. Le plus souvent, c'est un confort, surtout quand c'est sous-traité.
La seule évocation de la produc-tivité vient de l'Administration: «En journée continue, des employés s'esquivent pendant la pause-repas pour ne plus revenir ou somnolent l'après-midi», regrette un haut fonctionnaire, comme s'il était impuissant ou irresponsable. L'Administration au dodo! Le pays n'a pas vu la différence.
La journée continue, n'émeut pas le gouvernement qui a jeté aux mains d'experts un dossier tout ce qu'il y a de plus politique: c'est là qu'il faut décider, convaincre la population sceptique, mettre en place un système social, coordonner entre le privé et le public, les écoles et les usines, désengorger les villes aux heures de pointe, garantir des permanences dans les admi-nistrations au contact du citoyen... j'ai failli écrire à son service!
Je perds ma concentration. Mon sandwich arrive: une douzaine de brochettes, des frites, du riz, une salade, une glace, une canette de limonade... et la production s'arrête.

Khalid BELYAZID

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