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Culture

Les anges se marient
Par Me Fatiha BOUCETTA

Par L'Economiste | Edition N°:2374 Le 03/10/2006 | Partager

Fatiha Boucetta a été notaire à Casablanca pendant 14 ans après avoir exercé comme avocate au barreau de la capitale économique pendant 8 ans, avec pour spécialité les contentieux commerciaux. Elle a aussi publié un roman, Anissa captive, aux éditions Eddif en 1991. Peintre et photographe à ses heures perdues, elle n’en a pas moins organisé une dizaine d’expositions pour ses œuvres. Elle se propose, à travers des chroniques racontant des cas vécus, de partager, avec les lecteurs de L’Economiste, les expériences heureuses et malheureuses des gens avec la Conservation foncière, le fisc, la justice, les avocats, les notaires... (Ph. privée)Salé, dans les années 1990. Un jeune avocat vit heureux avec sa jeune épouse et sa petite fille de cinq ans. Un jour, il subit la perte de son frère jumeau, son seul ami. Accident de voiture. Sa souffrance est inimaginable. Ni son épouse ni même les babillages de son enfant ne le distraient de son chagrin. Il se réfugie alors dans le travail. Or il a besoin d’un stagiaire, et justement, un jeune homme à l’allure avenante postule. Il a déjà travaillé chez un confrère avocat, mais il désire terminer son stage ici. L’avocat, séduit par les manières rassurantes du stagiaire, l’engage. Ce dernier, au courant du drame, sait trouver les mots qui consolent : ils se rapportent à la foi, la vraie Foi. Il parle de Dieu en disant « al Haqq soub’hanah » et emploie des phrases si douces que notre avocat voit sa peine s’alléger. De plus, le stagiaire lui révèle qu’il a un grand-père fqih conversant quotidiennement avec l’ange Gabriel et que lui, le stagiaire, a même « assisté » à une entrevue en regardant par le trou de la serrure, car son aïeul interdit toute présence lorsqu’il reçoit la céleste visite. Il a aperçu son grand-père agenouillé, tête baissée, et l’a entendu murmurer « qouddous, qouddous » (sanctifié) comme une litanie. L’ange devait être là. Désormais, notre avocat délaisse son travail pour s’enfermer des heures durant avec son stagiaire, à boire ses paroles, au point de déclencher la jalousie des autres employés du cabinet. Mais l’avocat n’en a cure : il se laisse bercer et croit accomplir son travail de deuil.Pendant ce temps, le stagiaire, qui a besoin d’une attestation pour s’inscrire au stage, attend que son patron soit bien mûr. Deux mois passent, au cours desquels le stagiaire emmène l’avocat à la mosquée du quartier, tous les jours, pour les prières d’Addohr et d’Al Asr. Après quoi, celui-ci rentre chez lui et s’enferme dans un mutisme absolu devant son épouse et sa petite fille qui ne babille plus, impressionnée par l’atmosphère ambiante. Puis le stagiaire propose à son patron une « ziyara » au tombeau de Sidi Bouâbid Charki, à Boujaâd. « Nous ferons une prière spéciale, Salat al Istijaba, à laquelle tous les prophètes et les anges assistent ». L’avocat, qui n’en est plus à une croyance près, se laisse entraîner. C’est une journée marathon où ils vont, l’avocat payant tous les frais bien entendu, de mausolée en sanctuaire, écoutant la « hadra » échevelée que conduit son stagiaire en son honneur, croyant presque que son frère va… ressusciter. . AttestationUn matin, le stagiaire demande avec respect à l’avocat s’il veut bien lui rédiger l’attestation de stage, car il voudrait commencer à « être utile ». L’avocat, estimant ces deux mois édifiants, signe bien volontiers le document attestant que Monsieur Y. poursuit son stage en son cabinet. Puis il ajoute « en foi de quoi, je délivre la présente attestation, pour servir et valoir ce que de droit » et la remet au stagiaire.Le lendemain, alors que le stagiaire s’est absenté, la secrétaire et le coursier entrent dans le bureau du patron et lui révèlent que ce garçon lui ment depuis le début, qu’il n’est même pas licencié en droit, qu’ils ont vérifié… L’avocat téléphone au confrère avocat, qui confirme : il ne connaît pas ce nom ; au Conseil de l’Ordre non plus.Il est vrai que l’avocat commence à douter, depuis quelque temps : d’abord ce stagiaire est trop zélé pour être honnête, ensuite il dit des choses qui à la longue, sont bizarres : l’ange Gabriel est noir (ah bon ? les anges ont une couleur de peau, maintenant ?), les noms des enfants de l’ange Gabriel sont magnifiques (ah bon ? les anges se marient et ont des enfants ?). Bref, notre avocat commence à sortir de sa léthargie. Il appelle le stagiaire sur son portable et lui demande s’il a déposé l’attestation au cabinet du bâtonnier. « Non, pas encore », répond l’autre. « Rends-la-moi, je voudrais y ajouter quelque chose ».Le stagiaire se dévoile et refuse de restituer l’attestation. L’avocat se fâche ; il l’entraîne au cabinet du procureur et le somme de lui rendre le document, expliquant au magistrat qu’il veut désengager sa responsabilité quant aux actes futurs de ce stagiaire, qui va gruger des gens en son nom, que c’est peut-être déjà fait. Peine perdue. L’avocat appelle le bâtonnier ; celui-ci, ami de l’avocat, se déplace et essaie à son tour de raisonner le stagiaire, mais il applique l’attestation sur sa poitrine, bien à plat, et répète d’une voix geignarde « Cette attestation est ma propriété, Maître Y me l’a donnée de son plein gré ».Happy end : sans jamais rendre l’attestation, le stagiaire est parti solliciter d’autres d’avocats qui le refusent, sur conseils de son ancienne victime. Il sévit peut-être ailleurs Moralité : vous êtes fatigué, dépressif, angoissé ? Cessez de travailler, prenez du repos, reprenez vos esprits. Vous risqueriez, soit de faire des erreurs préjudiciables à votre profession, soit de tomber sans défense, entre les pattes de quelqu’un de mal intentionné.«Le stagiaire lui révèle qu’il a un grand-père fqihconversant quotidiennement avec l’ange Gabriel«

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