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Les migrations, l’ennemi mortel de la mondialisation!
Par Branko MILANOVIC

Par L'Economiste | Edition N°:2374 Le 03/10/2006 | Partager

Branko Milanovic est économiste à la fondation Carnegie pour la paix internationale (Ph. Project Syndicate)La première vague de mondialisation économique, conduite par l’Empire britannique au XIXe siècle, s’est terminée brutalement un dimanche après-midi de 1914, lorsque Gavrilo Princip tua, de deux balles étrangement bien placées, l’archiduc d’Autriche, Franz Ferdinand, et sa femme. La période qui suivit fut témoin du carnage paneuropéen, de l’instabilité des années 20, de la montée du fascisme et du communisme, et se conclut par les millions et les millions de morts de la Seconde Guerre mondiale.Notre époque de mondialisation est-elle également en bout de course? Si tel est le cas, sa fin ne sera pas nécessairement marquée par les mêmes massacres que ceux du siècle dernier, mais par une austérité économique qui entraînera une stagnation et vouera des milliards de personnes à une misère noire.. Des ennemis qui ne font pas le poidsDifférents candidats ont été proposés pour endosser le rôle de l’ennemi mortel de la mondialisation. L’un des prétendants sérieux, quoique peu remarqué, guette sournoisement l’économie mondiale: il s’agit du penchant consistant à limiter la libre circulation des personnes, à «enceindre» le monde des riches. Cette menace plane en permanence de nos jours et est perçue d’une manière si inoffensive qu’au lieu de l’arrêter, nous pourrions bien nous y habituer.La construction d’une enceinte autour du monde aisé progresse à bon rythme. Les Etats-Unis prévoient d’ériger un véritable «mur mexicain», pour empêcher les pauvres de se rendre au Texas ou en Californie. De même, des centaines, sinon des milliers d’Africains meurent chaque année en essayant d’atteindre les côtes de la «Forteresse Europe».Les efforts fournis pour contenir les déplacements de personnes lèvent le voile sur le point névralgique de la mondialisation: le fossé se creuse entre les revenus moyens des différents pays. Plutôt que de voir les pays pauvres prospérer plus vite que les pays riches (comme l’on pourrait s’y attendre, selon les éléments d’économie), on assiste à la tendance inverse. Notons que ces disparités n’ont pas toujours été si frappantes. En 1980, le salaire moyen aux Etats-Unis était légèrement supérieur à trois fois celui du Mexique; 5,3 fois supérieur entre Singapour et l’Indonésie; et 3,5 fois supérieur entre l’Espagne et le Maroc. Même l’écart entre la Grèce et l’Albanie, qui est de 3 pour 1, était inférieur à celui d’aujourd’hui. Le fossé s’est considérablement creusé entre ces pays voisins, au cours du quart de siècle qui vient de s’écouler. Il n’est donc pas surprenant que l’immigration clandestine et le trafic d’êtres humains soient plus fréquents dans ces régions – pensons notamment aux pirates du détroit de Malacca, aux bateaux express entre l’Albanie et l’Italie et aux cargos humains de la dernière chance qui lèvent l’ancre en Afrique et en Amérique latine. Si la mondialisation continue à accentuer les écarts de revenus, les vagues de migration ne feront que s’amplifier. Et le monde des riches dressera automatiquement des obstacles encore plus solides pour endiguer les marées humaines. Si la mondialisation, qui a tant enrichi les pays déjà nantis, poursuit sa course, les gouvernements devront trouver des moyens pour hausser les salaires de façon équitable. Sans cela, l’enceinte qui entoure le monde des riches risquerait de provoquer des réactions violentes contre la libre circulation des marchandises et des capitaux, ainsi qu’une instabilité politique ponctuée de terrorisme. La répartition équitable des richesses mondiales par les pays aisés doit être considérée non pas comme un acte de charité, mais plutôt comme un acte mû par un intérêt personnel éclairé.


Maroc-Espagne: Différentiel de 1 à 4,5!

Entre 1980 et 2002, la croissance annuelle moyenne du revenu par habitant des pays développés (c’est-à-dire des «vétérans» de l’OCDE) était d’environ 2%, comparée à seulement 0,1% dans les 42 pays les moins développés. Le revenu moyen en Amérique latine est à ce jour à peine plus élevé qu’en 1980.Cet important déséquilibre encourage la migration, d’autant plus que les gens sont désormais beaucoup mieux informés qu’autrefois sur les conditions de vie dans les différents pays. Si traverser une frontière signifie qu’ils multiplieront leurs revenus, alors, ils tenteront leur chance. C’est pourquoi les frontières qui séparent un abîme économique entre les revenus des populations voisines sont les plus controversées. On compte à l’heure actuelle quatre points chauds de ce genre: les frontières entre les Etats-Unis et le Mexique, l’Espagne et le Maroc, la Grèce (et l’Italie) et le sud des Balkans, l’Indonésie et Singapour (ou la Malaisie). Les écarts de rémunérations vont de plus de 7 pour 1 dans le dernier cas; de 4,5 pour 1 dans le cas de l’Espagne et du Maroc; de 4,3 pour 1 entre les Etats-Unis et le Mexique; et de 4 pour 1 entre la Grèce et l’Albanie.


La mondialisation, qu’est-ce que c’est exactement

La mondialisation est synonyme de libre circulation des capitaux, des marchandises, de la technologie, des idées et surtout, des personnes. Toute forme de mondialisation se limitant aux trois premières des quatre libertés, tout en omettant la dernière, est incomplète et précaire. Dès lors que les personnes ne peuvent se déplacer, il est délicat d’empêcher les gouvernements de limiter la libre circulation des marchandises ou des autres facteurs de production. Après tout, si les pays surpeuplés aux taux de chômage élevés ne peuvent exporter des travailleurs, pourquoi ne pas renforcer les barrières douanières, afin de protéger les emplois qu’ils occupent?Mais qu’en est-il des sans-emploi qui se retrouvent enfermés dans leurs propres sociétés? La guerre contre la terreur nous a révélé les dangers pouvant découler des frustrations sociales issues de cet enfermement.Copyright : Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Magali Decèvre

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