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La force de la classe moyenne face aux crises institutionnelles
par Ian Bremmer

Par L'Economiste | Edition N°:2374 Le 03/10/2006 | Partager

Ian Bremmer préside l’Eurasia Group, un cabinet de conseil international spécialisé dans les risques politiques. Il est l’auteur de «The J Curve: A New Way to Understand Why Nations Rise and Fall»La manière dont un pays fait face à une crise en dit long sur sa stabilité structurelle. Des crises électorales similaires ont éclaté aux Etats-Unis en 2000 et en Ukraine en 2004. Dans les deux cas, à la suite d’une campagne particulièrement virulente, de nombreux électeurs ont mis en cause la légitimité des résultats, et la plus haute juridiction du pays a dû se prononcer quant au recomptage des suffrages exprimés. Aux Etats-Unis, la stabilité politique et économique n’a pas été ébranlée, car la confiance des citoyens dans leurs institutions a permis de résoudre le conflit dans le calme. Ces institutions se sont avérées bien plus puissantes que les personnalités politiques concernées. En Ukraine en revanche, l’indignation de la population, soutenue par les pressions internationales, a eu raison du gouvernement. Et le nouveau second tour, contrairement au premier, a donné Viktor Iouchtchenko vainqueur. Mais l’euphorie de la «Révolution orange» est vite retombée, et l’Ukraine n’a pas fini de gérer les séquelles politiques et économiques de la crise. . Recompter les voix?Que penser alors du Mexique et de ses élections contestées? Là aussi, des sondages indiquent que de nombreux électeurs doutent de la légitimité des résultats officiels. La justice a rejeté les demandes de nouveau comptage global, mais a tout de même recompté environ 9 % des bulletins avant de juger qu’il n’y avait pas lieu de contester les résultats. Comme Viktor Iouchtchenko, Lopez Obrador a demandé l’annulation du vote. Mais contrairement à Iouchtchenko, il n’a pas eu gain de cause. Les institutions politiques du Mexique sont donc apparemment beaucoup plus stables que celles de l’Ukraine. Malgré les efforts déployés par Lopez Obrador pour semer le chaos, avec des centaines de milliers de manifestants dans les rues, la confiance au niveau national et international est restée forte. Le peso a à peine bougé depuis les élections, ce qui montre clairement que les investisseurs n’ont pas perdu confiance. Une continuité importante, car le pessimisme sur les marchés financiers est souvent la meilleure façon de voir se concrétiser les craintes d’instabilité.. Continuer à fonctionnerIl ne s’agit pas d’ignorer la confiance (ou la méfiance) du public vis-à-vis du processus électoral. Elle est bien sûr importante. Mais il est beaucoup plus important de savoir si, comme c’est le cas au Mexique, le pays est en mesure de continuer à fonctionner pendant que ses institutions politiques gèrent la crise. Contrairement à ce qui s’est passé en Ukraine, les investisseurs ont fait peu de cas des bruyantes manifestations dans les rues de Mexico, pour rester concentrés sur les taux d’intérêt et les fluctuations de l’conomie mondiale. Cela semble indiquer que la conduite des affaires publiques au Mexique repose désormais sur des principes de gouvernement et des institutions politiques solides, plus que sur des individus. De surcroît, malgré l’impasse, Calderon s’est employé en coulisses à former un gouvernement et à définir une stratégie politique. Conscient de la nécessité de créer un sentiment plus fort de légitimité, il choisira sans doute des ministres issus d’autres partis. Et il prendra probablement des mesures pour s’attaquer à la pauvreté et créer des emplois.La tâche de Calderon n’est pas aisée. Lopez Obrador et ses partisans feront tout leur possible pour contrarier ses projets. Mais il y a peu de chances qu’ils renversent son gouvernement.Moins d’instabilitéLa stabilité sous-jacente mise en lumière par la crise post-électorale mexicaine est également manifeste ailleurs en Amérique latine. Quelles que soient les probabilités de victoire de la gauche cette année dans certains pays, d’autres, dont le Mexique, le Chili et le Brésil, sont à l’vidence moins vulnérables au type de régime populiste au pouvoir au Venezuela et en Bolivie. Leurs dirigeants élus doivent rendre compte de leur capacité à formuler des politiques, devant des institutions, dans le cadre d’un équilibre des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.Certes, de nombreuses économies de marché émergentes demeurent caractérisées par une grande instabilité politique et financière. Mais certaines semblent s’tre “ qualifies ” pour une stabilité ancrée dans une gouvernance inscrite dans la durée. Au-delà de l’Amérique latine, l’Europe de l’Est offre plusieurs exemples de pays où la confiance est plus sensible aujourd’hui aux questions de réglementation et de fiscalité qu’aux tensions politiques.Si ce phénomène échappe encore à de nombreux médias, le marché, lui, l’a bien assimilé. La saga électorale mexicaine continuera peut-être de faire les gros titres, mais si elle est véritablement significative, c’est parce qu’elle révle à quel point le Mexique est devenu un pays politiquement stable.


Le cas mexicain

L'été dernier, le 2 juillet, les élections présidentielles au Mexique ont déclenché une amère bataille politique. Dès la proclamation de la victoire du candidat conservateur Felipe Calderon, avec moins d’un point d’avance, son rival populiste Andres Manuel Lopez Obrador a déclaré qu’il y avait eu fraude. Depuis, des milliers de fervents partisans de Lopez Obrador ont transformé le Zocalo, la place principale de Mexico, en un gigantesque campement, devenu le centre de gravité de la contestation des résultats officiels. Le 1er septembre, plusieurs dizaines de représentants de l’opposition ont créé l’vénement au parlement en occupant la tribune, empêchant ainsi le président sortant Vicente Fox de prononcer en personne son dernier discours sur l’tat de la nation. Quatre jours plus tard, la plus haute juridiction électorale mexicaine a rendu son verdict : Fox est coupable d’ingérences abusives dans le processus électoral, mais Calderon est bien le vainqueur. Lopez Obrador a promis de faire tout son possible pour empêcher Calderon de gouverner, dès son entrée en fonction le 1er décembre prochain.De fait, alors que Lopez Obrador continue de dénoncer les résultats et a menacé de rendre le Mexique ingouvernable, la classe moyenne montante ne s’est pas laissé démonter par le conflit politique. Nombreux sont ceux qui ont soutenu Lopez Obrador, mais qui ne soutiennent pas les manifestations postélectorales en son nom. Un sondage récent du quotidien Reforma indique que Calderon l’emporterait à présent avec 19 points d’avance. Les électeurs préfèrent peut-être Lopez Obrador, mais ils placent la stabilité de leur pays au-dessus de tout.Copyright: Project Syndicate, 2006 Traduit de l’anglais par Emmanuelle Fabre Turner

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