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Le ressort secret du fondateur du Club Med

Par L'Economiste | Edition N°:951 Le 06/02/2001 | Partager

. Gilbert Trigano n'avait jamais admis d'avoir été évincé, en 1997, avec son fils Serge, par les actionnaires de la direction du Club Gilbert Trigano est mort à 80 ans, dans la nuit de samedi à dimanche, “des suites d'une longue maladie”. Et tout le monde n'était pas bienvenu aux obsèques. En annonçant le décès du patriarche, sa famille a exprimé le souhait que “l'équipe dirigeante actuelle du Club Méditerranée ne communique pas à cette occasion”. Car Gilbert Trigano n'avait jamais admis d'avoir été évincé, en 1997, avec son fils Serge, par les actionnaires de la direction du Club. Cette colère jamais digérée, on la comprend mieux si l'on connaît sa passion immodérée pour ses villages de vacances, ses GO, son Club: “Ma femme (Simone) était persuadée que l'on faisait l'amour à trois: elle, le Club et moi, sans savoir si le Club était féminin ou masculin”, avait-il écrit dans ses mémoires(1). Il y a aussi le ressort secret d'un jeune homme qui se savait “petit et moche”, se pensait mal aimé de ses parents et avait conçu de ses handicaps une soif inextinguible de reconnaissance, qu'il cherche avant guerre dans le théâtre, puis, après l'intermède de la Résistance, dans le journalisme communiste. L'aventure du club Méditerranée naît de la rencontre, en 1950, d'un visionnaire, Gérard Blitz, et d'un marchand de toiles de tente, Trigano. Blitz, lui aussi juif et ancien résistant, rêve d'offrir des vacances pas chères, au bord de la Méditerranée, dans des camps de toile.L'utopie renoue avec les congés payés de 1936. Gilbert Trigano loue à Blitz la toile de tente fabriquée par son père, Raymond, avant d'entrer au capital. Le premier Club, pour ceux qui ne sont “ni snobs ni vulgaires”, ouvre aux îles Baléares, un deuxième en 1952, à Corfou. Le succès est immédiat. Les Français deviennent fous de vacances. La génération qui est sortie de la guerre se veut optimiste, nourrie, écrit Gilbert Trigano, de “l'illusion et [de] la croyance que la vie, enfin, allait être merveilleuse”.. Un parcours trépidantLa vie de Gilbert Trigano, elle, va être trépidante. Le Club se construit: les villages en bord de mer, l'“abonnement-vacances” et puis le fameux “collier de perles-porte-monnaie”, lorsqu'un cadre du Club s'aperçoit que, dans un paréo, il n'y a pas de poche pour le portefeuille. Gilbert Trigano, qui prend peu à peu le pouvoir au Club au fur et à mesure que Gérard Blitz prend du champ puis s'éclipse, insuffle à l'équipe son goût du mouvement, de la fête et son esprit de tribu, qui permet à l'entreprise d'accompagner les Trente Glorieuses et d'essaimer ses villages autour de la Méditerranée, puis à travers le monde. Il impose le tutoiement, appelle ses clients “gentils membres” (GM) et sélectionne des “gentils organisateurs” (GO), jeunes et bronzés. Jusqu'à ce que le Club devienne la caricature du club et inspire un film, les Bronzés.L'arrivée de Mitterrand au pouvoir contribue à l'apogée de ce patron de gauche qui rend service: à Gaston Defferre en organisant des camps de vacances pour adolescents difficiles lors de l'été chaud de 1982. Puis, en 1984, à Laurent Fabius, pour lequel il occupe le poste éphémère de “délégué aux nouvelles formations”. A l'époque, avec ses formations en informatique inaugurées dès 1972, le Club met le doigt sur le “retard français”. Heureux dans ses villages et en politique, Gilbert Trigano le sera moins avec ses actionnaires. Edmond de Rothschild qui, dès les années 60, est venu au secours d'une entreprise en mal d'argent, les Agnelli, patrons de Fiat, ensuite, dans les années 70. Avec la Caisse des dépôts et consignations, ils composent un “noyau dur” censé protéger le Club et son management des appétits extérieurs. Mais c'est de l'intérieur que viendra la fin du rêve. Robert Lion, patron de la Caisse des dépôts, l'a écrit(2): “Gilbert Trigano est parti tard...”Il faudra en effet l'accident du cap Skirring (catastrophe aérienne en 1992) pour que Gilbert, à 73 ans, passe à son fils Serge les rênes d'une entreprise en crise de croissance. La guerre du Golfe, qui touche en premier lieu le tourisme en Méditerranée, est rude. Les bénéfices, déjà faibles, fondent, les pertes les remplacent. Serge refuse de licencier les GO. “On les paie mal, explique-t-il en substance, mais on ne les met pas à la porte”. Résultat: un trou de 1,3 milliard de Francs (0,2 milliard d'Euros). Serge est viré. Gilbert culpabilise: “Il a été puni pour les péchés de son père”, dit-il et ajoute: “J'ai vu dans les yeux de certains de la haine: «Est-ce que tu ne vas pas mourir? Est-ce que tu vas nous laisser ce club qui nous appartient?»”... Gilbert en veut aux Agnelli, qu'il avait défendus lorsque leurs intérêts en France étaient attaqués. En 1997, Gilbert Trigano, au Conseil de surveillance, contemple Philippe Bourguignon, venu de Disney Paris, tailler dans les effectifs et réorienter l'entreprise. “Un gâchis humain”, dit-il avant de claquer la porte. Hervé NATHANSyndication L'Economiste-Libération (France) (1) La Saga du Club, Gilbert et Serge Trigano, Grasset, 1998.(2) Robert Lion, in le Monde, 18 février 1994.

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