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    L'aviculture bloquée par les circuits commerciaux

    Par L'Economiste | Edition N°:157 Le 08/12/1994 | Partager

    par le Dr Abdellah AIT BOULAHCEN

    La technologie avicole est facile et le besoin en denrées alimentaires bon marché est important. Pourtant l'élevage du poulet de chair est fragile, et sa croissance est freinée. Un spécialiste fait le point.

    Comparée aux autres systèmes de production animale, l'aviculture industrielle se caractérise, entre autres, par son organisation de type pyramidal, avec deux types de spécialisations:

    - spécialisation horizontale selon le type de produit: oeufs de consommation ou viande de volaille;

    - spécialisation verticale selon le type d'opération: sélection de souches, reproduction/couvoirs, fabrication d'aliments, production de poulets ou d'oeufs, circuits de commercialisation.

    Une conséquence directe de cette division du travail a été l'intégration verticale, adoptée par tous les pays à aviculture développée.

    Cette intégration des différents maillons de la chaîne avicole est un moyen d'organisation indispensable qui permet:

    - la coordination des opérations communes à l'ensemble de la filière: planification des objectifs de production à court, moyen et long termes...

    - la diffusion de nouvelles techniques de l'amont (sélectionneurs, usines d'aliments, couvoirs) vers les élevages (liés par contrat).

    - la stabilisation des marchés intermédiaires (poussins, aliments, produits...)

    - la garantie d'une rémunération minimale à l'éleveur, comme résultat d'une stabilisation du marché du poulet vif. Le secteur industriel du poulet de chair est composé de quatre sous-secteurs relativement indépendants les uns des autres: production de poussins, production d'aliments, production de poulets et circuits de distribution.

    Croissance sans structuration

    Durant les années 70, la croissance rapide du secteur, impulsée par une demande grandissante au niveau des grands centres de consommation, s'est faite sans aucune mesure de structuration. Seules prédominaient les décisions individuelles, le plus souvent motivées par le mythe du profit facile en élevage avicole (vision du court terme). Ce "modèle de croissance" persiste toujours, bien que sa fragilité et ses limites soient apparues dès le début des années 80 (crise de 1981-82).

    De ce fait, l'organisation actuelle du secteur avicole est basée sur une indépendance relative au niveau des décisions de production des différents sous-secteurs et des différents opérateurs à l'intérieur d'un même sous-secteur.

    A l'inverse, les résultats de production (volumes, coûts, rentabilité) sont conditionnés en premier lieu par les relations de dépendance inter et intrasectorielles imposées par le marché du produit final qui est le kilo du poulet vif. Il s'agit dans ce cas d'une dépendance subie (soumission face au risque) et donc à effets le plus souvent négatifs; contrairement aux relations de dépendance choisies (relations contractuelles), à effets positifs (sauvegarde des intérêts de toute la filière, solidarité face au risque), qui caractérisent le modèle de production intégrée.

    Les limites du modèle actuel d'organisation du secteur apparaissent clairement à travers l'analyse de l'évolution de la production industrielle du poulet de chair au cours des vingt dernières années (durée d'existence de ce secteur). Cette analyse fait apparaître deux période nettement distinctes:

    - 1973 à 1983: période d'accroissement rapide (excepté la crise de 1981 due à la sécheresse). La production de viande blanche a progressé de près de 25.000 tonnes à 90.000 tonnes, soit un taux moyen d'accroissement annuel de plus de 25%.

    - 1983 à 1993: période d'accroissement lent, voire de stagnation/régression. La production annuelle a oscillé autour de 95.000 tonnes et le niveau de production atteint en 1993 est similaire à celui de 1983 (90.000 tonnes). Certes, les nombreuses modifications de l'environnement économique intervenus depuis 1981 (effets de la sécheresse, prélèvement variable sur le maïs, TVA...) ont eu un impact négatif d'une forte ampleur sur l'évolution de la production. Il est aussi probable que les soi-disant "dynamisme, souplesse d'adaptation et capacité d'absorption des chocs" du secteur ont permis de maintenir le niveau de production.

    Plafond

    Cependant, même dans les années les plus favorables, la production ne dépasse guère le niveau de 100.000 tonnes de viande. N'y aurait-il donc pas un facteur limitant majeur qui empêcherait de dépasser ce niveau de production?

    * Est-ce une limitation de la capacité de production? Ce n'est certainement pas le cas en raison de la sous-utilisation chronique de la capacité potentielle des usines d'aliments, des couvoirs et des élevages.

    * Est-ce une faiblesse de la productivité? Au niveau des trois sous-secteurs de production (aliments, poussins et élevage de poulets), les performances techniques réalisées sont relativement bonnes, comparées à d'autres pays, et nettement meilleures que celle réalisées durant la période 1973-83.

    * Est-ce une saturation de la demande ? Le niveau de consommation est néanmoins relativement bas ( 5kg/hab/an) et le poulet présente un rapport qualité/prix de loin très concurrentiel.

    * Est-ce une saturation des circuits de commercialisation-distribution ou d'une inadéquation de ces circuits à écouler un volume de production plus élevé et à stimuler la consommation? Il est fort probable que la contrainte majeure réside à ce niveau, basée sur la comparaison avec d'autres pays (Maghreb et Moyen-Orient par exemple) à niveau de consommation élevé, ou avec d'autres produits aux systèmes de commercialisation plus adaptés (lait par exemple).

    Le maillon commercial

    Le sous-secteur de commercialisation des produits avicoles constitue le maillon le moins rationalisé de toute la filière avicole. Contrairement aux autres sous-secteurs, il est resté traditionnel (système de commercialisation du poulet beldi aux souks transposé au poulet industriel et à une échelle plus large) et est caractérisé par une multitude d'intermédiaires et surtout par des fluctuations importantes, quasi-quotidiennes, sans aucune possibilité de régulation de l'offre et de la demande. Dans sa structure actuelle, il constitue un véritable frein au développement de la production avicole. A noter que dans les pays à aviculture développée, c'est le secteur de distribution qui joue le rôle moteur dans l'accroissement de la production et de la consommation (promotion, publicité, type de présentation, nouveaux produits...)

    A première vue, il semble que l'ajustement de l'offre et de la demande au niveau des marchés de gros soit efficient: "les prix se fixent de manière concurrentielle au jour le jour".

    Mais, en réalité, qui détermine cet "ajustement"? Par quels mécanismes? Profite-t-il au consommateur? au producteur? Quel est le coût économique collectif qu'induit cette instabilité permanente du marché du poulet?... S'il est difficile d'évaluer quantitativement ces aspects d'ordre économique faute de données, il est par contre aisé d'apprécier qualitativement l'impact des problèmes de commercialisation au niveau des différents maillons du secteur.

    Comment l'abattoir peut accroître la consommation

    1 - Au niveau de la production

    . Dans le cas d'une production sous contrat, la garantie des débouchés pour les éleveurs et à des prix convenables, définis à l'avance, va contribuer à optimiser la productivité des élevages (l'éleveur, en connaissant son prix de vente, essayera de réduire au maximum son prix de revient).

    . La programmation de la production de l'abattoir aura des retombées bénéfiques sur l'organisation de l'activité des unités de poulet de chair.

    . L'utilisation de moyens appropriés pour le transport du poulet vivant va réduire les pertes et surtout les risques de contamination des élevages.

    . L'établissement de diagnostic de maladies aviaires au niveau de l'abattoir va permettre de contrôler la situation zoosanitaire et de mieux rationaliser les programmes de prophylaxie...

    . L'utilisation abusive des antibiotiques peut être contrôlée.

    2- Au niveau de la distribution

    . Permettre l'application des textes relatifs à l'inspection des produits avicoles destinés à la consommation publique (Dahir portant loi du 8 octobre 1977).

    . Contribuer à réduire les pertes et les risques inhérents au système actuel et à valoriser les sous-produits de l'abattoir.

    . Assurer un approvisionnement régulier des détaillants, avec différents calibres de poulet de bonne qualité.

    . Rendre le travail du détaillant plus propre et le service au consommateur plus agréable.

    3- Au niveau de la consommation

    L'abattoir avicole est un facteur de redressement de la consommation, du fait qu'il contribuera efficacement à :

    .ajuster l'offre et la demande (stockage en cas d'effondrement des prix);

    .stabiliser les prix à la consommation, ce qui permettra un meilleur positionnement de la viande de poulet par rapport aux autres produits;

    .mettre sur le marché un produit de bonne qualité surtout hygiénique et de meilleur présentation, ce qui rejoint les exigences légitimes du consommateur;

    .adapter la présentation du poulet aux besoins ménagers (prêt à cuire, découpe...).

    L'abattoir peut mener des campagnes d'information et de sensibilisation pour permettre au consommateur d'orienter ses achats de manière plus efficiente. L'accent doit être mis sur l'intérêt des viandes de volailles:

    - intérêt nutritif (bonne source protéique, excellent coefficient d'utilisation digestive...);

    - intérêt diététique (viande peu calorifique, riche en acides gras non-saturés);

    - intérêt économique (meilleur rapport quantité/prix, protéines moins chères).

    Le résultat final serait un accroissement du niveau de consommation des viandes blanches et donc de la production du poulet de chair. A.A.B.

    Les mesures de soutien

    Il est urgent que toutes les parties concernées par l'avenir du secteur avicole réfléchissent et contribuent à la mise en oeuvre d'un nouveau système de commercialisation du poulet. Il n'est pas vain de rappeler que l'organisation interprofessionnelle est l'élément essentiel de ce processus. Quel que soit le système retenu, la pièce maîtresse en serait l'abattoir avicole. Ce dernier, en plus du fait qu'il constitue un passage obligé pour garantir la santé publique, doit jouer un rôle moteur dans la rationalisation de l'ensemble des opérations du secteur.

    Toutefois, la réussite d'un tel processus dépendra largement des mesures de soutien à entreprendre par les organismes étatiques concernés, telles que:

    - l'organisation de campagnes d'information et d'éducation du consommateur, notamment en matière d'hygiène et d'innocuité des produits;

    - l'organisation et le contrôle de l'activité des détaillants: les collectivités locales ont un rôle déterminant à jouer dans ce sens (aider les détaillants à s'équiper en froid et leur imposer un minimum d'hygiène);

    - l'application des textes de loi relatifs à l'inspection des denrées animales et d'origine animale (à appliquer en premier lieu aux approvisionnements en poulets des collectivités publiques et privées).

    Au niveau de l'abattoir, la démarche à suivre au début doit faire preuve de souplesse, d'adaptation et d'imagination:

    - concevoir plusieurs types de contrats pour intéresser le maximum d'éleveurs;

    - concevoir plusieurs types de services pour les distributeurs grossistes;

    - faciliter l'intégration des détaillants déjà existants au nouveau circuit de commercialisation;

    - participer à l'effort publicitaire visant la promotion de la consommation du poulet abattu. A.A.B.

    *Du Département des Productions Animales. Ecole Nationale d'Agriculture, Meknès.

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