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    Politique Internationale

    La violence contre les femmes devant les juges : Les ONG exigent des mesures de protection

    Par L'Economiste | Edition N°:223 Le 28/03/1996 | Partager

    "Bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait". C'est pour dénoncer ce type de cliché que trois associations féminines ont organisé un procès de la violence contre la femme le week-end dernier à Casablanca. L'accusé a été condamné au bannissement, mais les ONG réclament plus de protection légale.


    Emouvants, bouleversants, poignants. Ces mots ne suffisent pas sans doute pour qualifier les témoignages de toutes ces femmes qui ont eu l'audace de raconter leur "détresse" lors du procès de la violence contre les femmes, organisé conjointement par l'Association des Femmes Démocratiques du Maroc (ADFDM), le Centre d'Ecoute et d'Orientation psychologique et juridique pour femmes victimes de violence, et l'Association "Solidarité Féminine" le samedi 23 mars à Casablanca. Comme dans un vrai procès, l'entrée du tribunal s'est faite dans un silence de cathédrale devant un public venu très nombreux. La salle de conférences de l'hôtel Idou Anfa s'est avérée trop petite par rapport à l'affluence. Une partie de l'assistance est d'ailleurs restée debout durant tout le procès. L'émotion était à son comble lorsqu'un témoin raconta l'histoire d'un homme (Jordanien) qui avait assassiné son épouse (Marocaine) pour n'être condamné finalement qu'à un an de prison. Les enfants retournés au Maroc se retrouvent face à un autre obstacle: ils ne peuvent jouir de la nationalité de leur mère, avec tout ce que cela implique comme conséquences: pas de carte d'identité, difficulté de scolarité, etc...

    Supériorité des principes humanitaires

    Dans son réquisitoire, le tribunal a considéré que la violence représente la plus flagrante des manifestations collectives de discrimination à l'encontre des femmes et une atteinte à leur dignité et à leurs droits fondamentaux.
    Dans sa stratégie de défense, l'accusé a soulevé l'exception de la tradition pour les faits qui lui sont reprochés et qui étaient atteints, selon son avocat, par la prescription. Ce à quoi le juge a rétorqué par la supériorité absolue des principes humanitaires, moraux et de justice chaque fois que ces derniers entrent en concurrence avec de mauvais usages et croyances. Le verdict a surtout valeur de symbole: il constitue un message de "dénonciation de l'injustice dont sont victimes les femmes et une plate-forme de propositions afin d'éliminer toutes les formes de violence à l'égard des femmes".
    La "justice" n'ira pas cependant jusqu'à réclamer la peine capitale à l'encontre de la violence, "car tout militant des droits de l'Homme est par principe opposé à la peine de mort", se prononcera pour son bannissement hors de la société. Parmi ses recommandations, le tribunal déplore que le gouvernement n'ait toujours pas cru nécessaire de publier la convention internationale sur l'élimination  de toute forme de discrimination à l'égard des femmes ainsi que celle relative aux droits de l'enfant. Il souhaite par ailleurs que des dispositions répressives concernant le harcèlement sexuel soient intégrées dans la législation pénale. Le tribunal réclame aussi des garanties d'équité des procès, surtout et y compris ceux touchant les femmes. A titre de prévention, le tribunal suggère la généralisation de l'enseignement des droits de l'Homme.

    Une législation laxiste

    De même, le tribunal en appelle à la protection des enfants contre le travail précoce, notamment les "bonnes", ainsi qu'à la révision des dispositions de loi qui consacrent la discrimination fondée sur le sexe et à leur amendement dans le sens d'un durcissement des peines à l'encontre des auteurs des actes de violence contre les employées de maison et contre les femmes de manière générale. Une pique est au passage lancée aux médias qui contribueraient à répandre la culture de la violence au sein de la société.
    Incestes, bastonnades, insultes, agressions physiques, la violence s'exprime en fait sous plusieurs variantes. Pour avoir résisté aux avances du patron, j'ai reçu ma lettre de licenciement quelques jours après, témoigne une jeune demoiselle. On se souvient aussi de la grève déclenchée par 400 salariées d'une usine de textile à Rabat par solidarité avec leur collègue harcelée par le directeur général. Des exemples de ce type abondent. Mais plus graves surtout sont les séquelles psychologiques que cette violence laisse chez la victime, affirme Mme Zineb Miadi, sociologue et présidente du centre d'écoute. Les violeurs ne sont pas des malades mentaux, proteste le Pr Hakima Himmich, de la Faculté de médecine de Casablanca. Ce serait leur trouver une excuse, s'indigne-t-elle. Si les femmes continuent à endurer toutes ces humiliations, "c'est en partie à cause de la bienveillance tacite d'une société où battre sa femme relève encore de tout ce qu'il y a de plus naturel".

    Brebis galeuse

    Si vous y ajoutez les carences d'une législation trop "laxiste", cela suffit pour servir de parapluie aux "méchants" hommes. Pour contrer ce phénomène, la meilleure arme c'est d'en parler. Pourtant, de nombreuses victimes rechignent encore à "franchir le Rubicon" en raison des barrières culturelles; ce que je regrette, confie une dame, "c'est d'avoir caché la vérité à ma famille. Je ne voulais pas lui faire de la peine car j'avais déjà une sur dont le mariage s'était achevé en queue de poisson. Aujourd'hui je me retrouve comme une brebis galeuse", explique-t-elle, amère. Cette dame, qui a témoigné devant le tribunal, aura vécu pendant plus de 20 ans un véritable "martyre" dans son foyer. Elle a été sans discontinuité soumise aux pires humiliations, son mari exigeant d'elle par exemple de lui reverser entièrement son salaire, ou de remonter un immeuble de sept étages à pied pendant la grossesse. Son ex-époux est allé jusqu'à la menacer au fusil afin qu'elle se fasse avorter. Divorcée depuis 3 ans et demi, la femme, sans emploi, se retrouve sans ressource pour assurer l'éducation de ses deux enfants dont l'un vient d'être exclu de l'école pour non-paiement de frais de scolarité. Certes, il existe des centaines, sinon des milliers de cas similaires. C'est une raison de plus, affirme Mme Aïcha Echenna, présidente de "Solidarité Féminine", pour interpeller toute la société sur le phénomène de la violence.

    ABASHI.SHAMAMBA.

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