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Culture

La pensée religieuse entre mimétisme et modernité
Par Hakim EL GHISSASSI

Par L'Economiste | Edition N°:2679 Le 25/12/2007 | Partager

Entrepreneur en France, Hakim El Ghissassi est ancien directeur de la revue La Medina. Il a déjà lancé le site Web Sézame, ainsi que deux magazines, en français et en arabe, Sézame et Madarik. Il est auteur de «Regard sur le Maroc de Mohammed VI» publié chez Michel Lafon (Paris)La pensée religieuse musulmane est appelée dans les temps modernes à redéfinir son espace, sa temporalité. Elle ne peut rester dans la spéculation et dans des perspectives de rejet de l’apport de la pensée humaine. Une bonne gouvernance du champ religieux nécessite une prise en compte des nouvelles formes de gouvernance internationales concernant le champ religieux et l’espace public. Souvent, la gestion religieuse se sacralise et se confond avec la croyance intime, la pensée religieuse reste ainsi habitée plus par un esprit mimétique que par un esprit critique et vivace. C’est un travestissement du message de l’islam qui rappelle que «vous êtes les mieux placés pour connaître les affaires de votre temps», disait une tradition prophétique. . Dans le monde moderneLes religieux ne peuvent rester en dehors de l’évolution de la pensée moderne, comme l’intellectuel, qu’il soit croyant, agnostique, penseur libre ou athée…, ne peut rester dans l’ignorance de ce qui agite la pensée religieuse. Les systèmes éducatifs et les moyens de diffusion des savoirs : médiatique, de vulgarisation ou d’approfondissement, jouent un rôle primordial dans le rapprochement ou la distanciation entre les composantes d’une société.Si la pensée religieuse, et principalement musulmane, nécessite aujourd’hui un regard critique sur sa réalité et ses manières de lire les textes fondateurs, cela ne pourra donner ses fruits si les amalgames, les préjugés, le simplisme, voire le rejet de tout ce qui est religieux continuent à marquer l’esprit, qui se veut critique de la pensée religieuse. Souvent, les malentendus et les incompréhensions sont l’émanation de l’ignorance, de l’absolutisme et du refus de voir dans celui qui nous est différent une opportunité de nous éclairer sur nos propres difficultés.Les religions, par ce qui les identifie, les différencie et les lie intimement aux individus qui y croient, sont devenues un canal d’expression qui dévoile une certaine hypocrisie du monde moderne. La croissance de l’extrémisme, les violences, le consumérisme sauvage ne sont que des symptômes du mal-être, vécu par nos sociétés. D’où le devoir des religions traditionnelles de redéfinir leurs places au sein de nos sociétés et dans le respect des diversités.Nous vivons ces jours, à l’échelle mondiale de nombreuses expressions populaires de la croyance, Halloween, bientôt Noël et la fête du sacrifice chez les musulmans pour ne citer que ces quelques exemples. Comment ces croyances peuvent-elles coexister dans le respect, si la reconnaissance de l’expression de l’autre n’est pas une conviction intime? D’où la nécessité que la religion reste au-dessus des aléas politiques, éphémères et des opinions versatiles, afin d’être en phase avec son essence qui est celle de conférer au croyant la sérénité spirituelle et à la société la sagesse et la solidarité. Pour sortir du mimétisme et entrer dans son temps, les systèmes de formation religieuse nécessitent un renouveau et un dépoussiérage en dehors de tout dogmatisme figé. Ceci ne veut pas dire rejeter les fondements mais plus tôt mieux les appréhender, rechercher l’esprit originel qui les fonde et les trajectoires historiques et sociales qui les ont marqués. Une formation religieuse cohérente ne pourra être conçue dans nos temps modernes sans une connaissance réciproque des traditions religieuses, structurant nos espaces et les courants de la pensée humaine. Pour la paix et le bien de l’humanité, nous sommes appelés à prendre conscience du destin commun des hommes…


Violence et gestion politique

La gestion politique du monde moderne, marquée par une violence inouïe, ne facilite pas l’action recherchée par le penseur, habité par l’idéal du vivre ensemble, ne convainc pas le «dominé » de la sincérité et du sérieux présumés du «dominant». L’observateur ne peut que croire ainsi les concepteurs et militants du «clash des civilisations» et des cultures. Comment convaincre le commun des mortels de croire dans les valeurs universelles, des droits de l’homme lorsqu’elles sont soumises à certains activismes hégémoniques, avouant ou non, de modéliser l’humanité et de lui imposer un certain universalisme, conçu localement, chargé historiquement.


L’exemplarité marocaine

Nicolas Sarkozy, qui s’est «mouillé» dans l’organisation de l’islam français, n’a pas manqué le 23 octobre 2007 à Rabat, lors de son intervention devant les représentants du peuple marocain de se référer à «l’exemplarité marocaine», dans la gestion du champ religieux et évoquer entre les lignes les grandes difficultés, rencontrées dans l’institutionnalisation de l’islam français et son intégration dans l’espace public. Il s’agissait en l’occurrence de la formation des imams, de la distinction entre le politique et le religieux et de vivre ensemble dans le respect des diversités cultuelles et culturelles et l’élaboration d’un discours de tolérance.Le roi Mohammed VI, en tant qu’Amir al-Mouminine, Commandeur des croyants, dans son discours du Trône du 30 juillet 2007, a indiqué que «Notre pays [le Maroc] a un besoin impérieux de susciter un renouveau religieux, éclairé et un essor intellectuel, marqué du sceau de la modernité». Il en ressort que la gestion publique, politique ou administrative du religieux, ne peut faire l’économie d’un travail de réflexion intellectuelle, de revisiter les valeurs et de relativiser les idées à la lumière de ce que connaît le monde moderne. La pensée religieuse moderne ne pourra être vivace sans qu’elle prenne en considération ce que connaît la pensée humaine comme dynamisme et réinvention.

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