Economie

La monnaie unique tire partie des déboires du billet vert

Par | Edition N°:1424 Le 26/12/2002 | Partager

. L'euro profite de la désaffection du dollar sur les marchés financiers internationaux pour atteindre la parité. Les banques centrales asiatiques sont prêtes à acquérir des titres européens pour diversifier le risque. Le potentiel de croissance de l'euro pour les six prochains mois est jugé favorable. Les Etats-Unis sont en passe de revoir intégralement leur politique de changeL'euro serait-il en train de prendre sa revanche? Depuis sa création en janvier 1999, la devise européenne a perdu jusqu'à 32% de sa valeur, atteignant le niveau historique de 0,8230 dollar en octobre 2000. Mais en 2002, retournement de tendance. Elle gagnera près de 15% face au dollar, au terme d'une progression continue entamée début janvier, date de la mise en circulation de la monnaie unique fiduciaire. L'euro a cassé le seuil de résistance de 1,0230 dollar le 19 juillet de la même année. «Contrairement à l'année dernière, le trend euro/dollar est haussier en 2002«, souligne Adil Hajji, ingénieur financier, division du marché monétaire & obligataire à Wafabank. Résultat: la moyenne des cours de l'euro/dollar est passée de 0,8957 à 0,9446 entre 2001 et 2002, accompagnée d'une volatilité annuelle en progression (16,46% contre 13,73% l'année dernière).Les analystes attribueront la bonne tenue de l'euro en 2002 à au moins trois facteurs. Tout d'abord, le ralentissement sensible de l'activité économique américaine conjugué à une hausse du taux de chômage (6% en novembre contre 4% maximum auparavant). L'on commence même à agiter le spectre de la déflation, c'est-à-dire baisse des prix accompagnée d'une baisse de la production. Parallèlement, la bulle spéculative a éclaté, entraînant la faillite de nombreuses sociétés de la nouvelle économie cotées au Nasdaq. L'indice des valeurs technologiques est ainsi passé de 5.000 à 1.381,69 points entre début 2000 et le 23 décembre 2002.Idriss Bennani Smirès, directeur du département de la Trésorerie et de la Gestion des réserves auprès de Bank Al-Maghrib ajoute que la baisse du dollar s'explique par la crise de confiance liée aux scandales financiers qui ont touché à la fois les grands établissements bancaires et les entreprises. Des scandales qui ont d'ailleurs altéré le risque crédit.De plus, la chute des marchés boursiers d'Outre-Atlantique a entraîné dans son sillage celle du dollar. «Fait marquant, le marché s'intéresse désormais aux performances des fondamentaux et suit de près le déficit du compte courant et en particulier son mode de financement«, poursuit Bennani Smirès. Jusqu'à présent, celui-ci a été financé essentiellement par l'achat de titres américains par les banques centrales asiatiques. Celles-ci détiendraient un portefeuille d'une valeur de 1.000 milliards de dollars. «Or, ces banques émettent aujourd'hui le souhait de diversifier leur portefeuille en achetant des titres européens«, est-il souligné.Enfin, il a été constaté un recentrage des investissements vers la zone euro alors que les fonds européens ont au cours de ces dernières années plutôt penché vers les USA. . Différentiel de rendementLa raison de ce changement de direction des flux? Le retournement plus marqué de la conjoncture économique américaine et l'accroissement du différentiel de rendement des placements favorable à l'euro, notamment depuis le 6 novembre 2002, date de la baisse des taux décrétée par la Federal Reserve. A titre d'exemple, le différentiel de taux à 6 mois entre l'euro et le dollar est passé de -1,37 à 1,27% en moyenne entre 2000 et 2001 pour se creuser encore à 1,51% le 10 novembre 2002. «Ce qui a rendu l'investissement plus rentable dans la zone euro et réduit le flux net des investissements directs étrangers (IDE) en direction des Etats-Unis«, souligne Adil Hajji. D'après les données du Bureau of Economics Analysis, du département américain du Commerce, le flux net (IDE réalisés aux USA-ID américains réalisés à l'étranger) est passé de 136 milliards à 10 milliards de dollars entre 2000 et 2001 avant de plonger à -40 milliards de dollars au terme du premier semestre 2002. En clair, les USA ont cette année plus placé à l'étranger qu'ils n'ont attiré de capitaux. Même constat pour les investissements réalisés entre les USA et l'Europe. Les flux nets des IDE européens aux Etats-Unis ont chuté progressivement de 147 à 62 milliards de dollars sur la même période avant de tomber à -4 milliards de dollars en juin 2002. L'effet du 11 septembre y est certainement pour quelque chose.«L'évolution défavorable des flux nets de capitaux étrangers pèse sur l'évolution du dollar puisque cela veut dire qu'il est moins demandé que la devise européenne«, explique Hajji.A en croire les analystes financiers nationaux et étrangers, l'euro a encore de beaux jours devant lui. La communauté financière table sur une progression continue de la monnaie unique durant les six premiers mois de l'année 2003.«Il y a de fortes chances pour que la politique de change américaine puisse faire l'objet de reconsidération, particulièrement depuis le départ du directeur du Trésor et des conseillers économiques à la Maison-Blanche«, indique Bennani Smirès. La nouvelle équipe constituée pour l'essentiel d'industriels ne serait pas défavorable à une dépréciation du billet vert. «Bien entendu, il ne faut pas s'attendre à une dépréciation brutale car il y a aussi une volonté de préserver la stabilité des bourses américaines«, précise le responsable à l'institut d'émission. Reste que, à la lumière du comportement des fondamentaux, l'on peut en déduire que la politique américaine est en train d'être revue et que le dollar s'inscrira en baisse contre l'euro à court terme.


La théorie économique mise à mal

En présence d'un écart de croissance entre deux pays, le cours de la devise du pays ayant la plus forte croissance est le plus élevé. Cette théorie ne fonctionne plus entre les USA et l'UE, estime Khalid Nasr, directeur de la salle des marchés de BMCE Capital. «Le différentiel de taux de croissance reste favorable aux USA malgré son ralentissement. Pourtant, l'euro prend le dessus sur le dollar«, explique-t-il. La raison: les facteurs économiques et monétaires ne sont plus les seuls déterminants puisque les investisseurs intègrent de plus en plus les facteurs géopolitiques.Actuellement, les milieux financiers sont partagés sur l'issue de la guerre de l'Irak et l'incertitude explique l'extrême prudence sur le dollar. Sera-t-elle une guerre éclair sans conséquences graves ou débouchera-t-elle sur un enlisement de la situation dans la région avec à la clé une flambée du cours du pétrole? Cette incertitude explique le repli sur l'euro, valeur refuge par défaut. Les économies sud-asiatiques et japonaise étant elles aussi en mal de croissance.A signaler par ailleurs l'ascension continue du cours de l'or depuis une année (+18%).M. K.

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