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La conférence de Casablanca sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord : Shimon Pérès : L'eau et le tourisme, points d'ancrage de l'intégration économique du Moyen-Orient

Par L'Economiste | Edition N°:147 Le 29/09/1994 | Partager

Le ministre des Affaires étrangères d'Israël veut verrouiller le processus de paix par des intérêts économiques et de grands projets communs. Il s'est expliqué à la presse internationale accréditée à Jérusalem. Un représentant de L'Economiste s'y trouvait.

"C'est le printemps et je suis aveugle me dit un mendiant la première fois que j'ai débarqué à New York", raconte Shimon Pérès. "Aux gens du Moyen-Orient, je dis : ouvrez les yeux, ne restez plus aveugles, c'est le printemps".

En d'autres termes, pour le ministre israélien des Affaires étrangères, la région était plongée dans les guerres attisées par l'antagonisme Est-Ouest. Il faut désormais prendre le train en marche du "nouvel ordre mondial".

La Conférence de Casablanca (30, 31 octobre et 1er novembre) sur le développement du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord devrait être un tournant.

Shimon Pérès l'expliquait le 22 septembre à Jérusalem, lors d'un briefing pour la presse internationale. "Nous devons économiser la politique et non plus politiser l'économie" dit-il. Autrement dit, des intérêts commerciaux et financiers devraient être instaurés pour verrouiller le processus de paix entamé il y a un an à Washington.

Attirer ses propres fonds

La Conférence, organisée par le Council of Foreign Relations et le World Economic Forum, devrait accueillir quelques centaines d'hommes d'affaires en provenance de 64 pays. Bill Clinton et Boris Eltsine en sont les présidents d'honneur. La délégation israélienne comprendrait huit ministres et 50 à 70 hommes d'affaires de haut niveau.

Le revenu moyen par habitant du Proche-Orient atteint à peine 1/20 de celui de l'Europe ou des Etats-Unis, continue M. Pérès.

Ce qui le choque le plus est que la région a investi 600 milliards de Dollars en 10 ans en Europe. Le vieux continent n'a investi que 20 milliards de Dollars sur la même époque au Proche-Orient. Il y a donc sur place des potentialités financières qui ne demandent que des projets pour s'investir. Il appartient aux pays de la région, zones d'autonomie palestiniennes comprises (que Shimon Pérès cite quand il énumère les parties prenantes du Moyen-Orient), d'attirer ses propres fonds et des capitaux internationaux, de les sécuriser par l'instauration d'une paix "irréversible".

"Les gouvernements ont des politiques mais pas d'argent, les grandes banques et entreprises ont de l'argent ; il faut leur proposer des projets ficelés".

Pour le ministre israélien, l'eau et le tourisme peuvent être les deux grands pôles d'une coopération au Moyen-Orient, avec financement international

L'eau est la matière première la plus demandée, beaucoup plus que la terre, pour laquelle, officiellement, il y a des guerres.

Le Moyen-Orient, désertique pour 90% de sa superficie peut être valorisé par l'irrigation. Israël est disposé à diffuser ses techniques. "Il nous faut 200m3 d'eau par an pour nourrir une personne en Israël. Il en faut 1.000 à l'Egypte. Imaginez la révolution agricole et alimentaire si ce pays adopte nos plantes, notre technologie !", affirme M Pérès.

En amont de l'irrigation, la production de l'eau devrait mobiliser argent et technologie. Le ministre israélien affirme qu'une petite unité de désalinisation de l'eau de mer coûterait 13 milliards de Dollars, mais fournirait Israéliens, Palestiniens et Jordaniens. Ils seraient alors bien forcés de s'entendre.

Il y a aussi des projets de canaux pour relier la Méditerranée, la Mer Rouge et la Mer Morte, en passant par Gaza pour créer de vertes vallées.

Ce sont plusieurs options qui seront soumises à des calculs économiques mais aussi politiques.

Ports et aéroports communs

Un autre axe d'intégration du Moyen-Orient, qui devrait être étudié à Casablanca, est le tourisme. Les infrastructures afférentes pourraient être implantées avec une nouvelle rationalité. "Inutile d'avoir un port à Akaba et un autre à Eilat. Des aéroports, des centres de télécommunications peuvent être communs, ce qui économiserait des millions de Dollars", dit M. Pérès

Il ajoute que la région concentre des sites historiques en Israël, Palestine, Jordanie, Egypte, Liban,... dans un périmètre réduit. Des voyages packages pourront être vendus sur tous les pays.

L'eau et le tourisme devraient donc, du point de vue israélien, être les premiers points d'ancrage pour transformer des économies de guerre en économies de paix et normaliser les relations entre les pays.

"N'oubliez pas que l'Europe a commencé son intégration autour de deux produits le charbon et l'acier", rappelle M. Pérès. Puis sont intervenues l'ouverture des frontières et l'égalisation des économies

Un journaliste soupçonne Israël, à l'économie plus développée, de vouloir se tailler une position dominante dans la région

M. Pérès s'en défend. "C'est la compétition (concurrence) et non la domination qui est ouverte".

Lui qui fut un leader de l'Internationale Socialiste aux cotés de Mitterrand et de Mario Soarès ne conçoit que des projets rentables, préparés par les Etats, mais offerts à des consortiums pour qu'ils les exploitent. "La Conférence de Casablanca sera surtout celle du monde des affaires, mettant face à face des privés entre eux".

Une banque pour le Moyen-Orient

Tout réaliste qu'il est, le ministre israélien rêve un peu : l'économie de marché est née à Gênes et Venise. Puis elle s'est déplacée à Londres et à New York, en Californie et enfin en Asie. Il serait tant que le Moyen-Orient si riche reprenne le flambeau.

Cependant, et pour le financement de ces projets, M Pérès annonce qu'une banque de reconstruction du Moyen-Orient à l'image de la BRED pour l'Europe de l'Est devrait être mise en place avec un capital de 10 milliards de Dollars à investir sur 10 ans. Les pays souscriront aux actions : le Maroc et la Palestine, entre autres, auraient donné leur accord. La Banque Mondiale, qui ne prête de l'argent qu'à des pays et non à des groupes de pays, ne sera pas utile dans une perspective d'intégration régionale. Shimon Pérès distingue 5 formes de capitaux susceptibles de venir s'investir au Moyen-Orient :
- l'investissement privé direct,
- des capitaux pour créer et soutenir des institutions financières et de formation des hommes,
- des capitaux pour soutenir le commerce,
- des capitaux pour le soutien de plans et de projets nationaux et surtout d'envergure régionale,
- enfin des capitaux "politiques".

A ce sujet, des capitaux arabes venaient en temps de guerre soutenir la Syrie, la Jordanie et les Palestiniens ; d'un autre côté, des capitaux émanant d'institutions financières juives d'Europe ou d'Amérique venaient encourager Israël. "Ces capitaux politiques", si prompts pendant la guerre, sont aussi sollicités pour la paix.

Ce point de vue de M Pérès sur la Conférence de Casablanca fut expliqué à la presse alors que le maire de Jérusalem (Likoud) protestait et menaçait d'en organiser une (conférence) dans la ville sacrée par les 3 religions révélées.

"Le Maroc est le meilleur endroit pour tenir cette première conférence. Je ne vois pas aujourd'hui le ministre saoudien venir à Jérusalem", rétorque M Pérès.

K.B.

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