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    Economie

    Premières impressions d'Israël

    Par L'Economiste | Edition N°:147 Le 29/09/1994 | Partager

    L'ouverture de bureaux de représentation au Maroc, en Israël et à Gaza laisse présager une normalisation avec l'Etat hébreu. Journalistes, artistes et hommes d'affaires marocains commencent à aller en Israël. L'Economiste y a dépêché un de ses cadres pour négocier une opération commune avec Haaretz pour la couverture de la conférence de Casablanca. Il livre les impressions d'un voyage rapide. Jérusalem vit toujours sous tension mais Tel-Aviv cultive un mode de vie méditerranéen et optimiste.

    "Tu aimeras Israël". Ce n'est pas un des Dix Commandements. C'est ce que lâche un jeune Israélien sûr de lui à un des Marocains venus chercher des visas au Consulat de Paris.

    Vers le Rond-Point des Champs Elysées, l'Ambassade-Consulat de l'Etat hébreu est un lieu agité mais bien gardé : toute la rue est barrée et des CRS en mitraillette filtrent les entrées.

    Ce Consulat est le lieu de passage obligé, le premier contact pour les premiers Marocains, hommes d'affaires, artistes, journalistes qui s'aventurent vers Tel-Aviv ou Haïfa pour assister à un festival ou prospecter un marché.

    Ce Consulat est à l'image du pays : c'est un bunker et la sécurité y est une priorité. La peur de l'attentat terroriste est une obsession. On n'y entre pas. De la cour, par téléphone, Israéliens et étrangers s'expliquent avec des employés aux habitudes bureaucratiques. Le ton est donné.

    Jérusalem sous pression

    A l'aéroport de Roissy, l'embarquement pour Israël est isolé, les bagages méticuleusement passés au détecteur. A l'arrivée à Tel-Aviv, les non-Israéliens sont regroupés dans une salle avec leurs bagages et interrogés dans la cacophonie sur leur visite en Israël : qui venez-vous voir ? Pourquoi ? Où habiterez-vous ? Les "suspects" sont variés : des Israéliens-Palestiniens à la barbe intégriste qui s'expriment dans un excellent hébreu, les rares porteurs de passeports arabes, et même des Juifs sud-américains. Mais les agents de sécurité ressemblent aux GO du Club Med : beaucoup de filles, 30 ans maximum, faisant plus rire que peur. Ils finissent par s'excuser, souhaitent un bon voyage, sans même fouiller les sacs.

    Hors de l'aéroport, les rues de Tel-Aviv sont paisibles, nonchalantes. Il est rare d'y voir un agent de police. Les jeunes déambulent tard dans la nuit en cette fin d'été et semblent ignorer les attentats et les tensions politiques.

    Jérusalem, en revanche, est une ville sous pression. Des patrouilles arpentent le quartier arabe, fusil au poing, bloquent des issues, courent vers une bagarre, un caillou jeté. La ville est sous pression pour les fêtes juives : l'Intifada n'est pas finie.

    Partout ailleurs, la vie suit son cours à un rythme méditerranéen, oriental. Rien de la précipitation de Paris ou de New York. Mais chacun sait que le pays serait prompt à se mobiliser pour une guerre, que son agriculture est un miracle en plein désert, que la recherche scientifique est un produit d'exportation. Et pourtant, sur la corniche de Tel-Aviv, dans les rues de Jaffa ou de Lod, les familles flânent, en croquant les "pépites" (eh oui, les graines de tournesol et de potiron). Elles s'attablent à 10 aux terrasses, dégustant gloutonnement des salades de cornichons et de piment, puis se rafraîchissent le gosier avec d'énormes glaces.

    Manger a toujours été le plaisir premier, une fête, dans la diaspora.

    Tel-Aviv, en soirée

    Tel-Aviv a ses modes, ses rites, ses tribus, comme toutes les capitales. Artistes, écrivains, musiciens héritiers de tous les intellectuels juifs de New York ou de Vienne y habitent. Jérusalem, ville belle mais austère, est prisée par les religieux, les orthodoxes.

    "Le gratin" de Tel-Aviv sort de lundi à jeudi, envahit cinémas, restaurants et pubs à la lumière feutrée.

    Mais le week-end appartient à la "faune", au "Khaïbar". Le terme est formé par les premières lettres des banlieues avoisinantes, dont les habitants descendent faire la fête bruyamment vendredi et samedi soir.

    Curieux Sabbat. Les magasins et commerces ferment vendredi, en fin de matinée. Car les orthodoxes ont fait passer des lois en ce sens. Même minoritaires au Parlement, ce sont eux qui donnent au Parti Travailliste ou au Likoud sa majorité. Le travail, les bus et les trains s'arrêtent donc pour Shabbat mais la fête commence. Les lois de l'Etat théocratique ont aménagé un long week-end bien laïque.

    Le seul sujet politico-guerrier de ce mois de septembre est la paix avec la Syrie, car avec les Palestiniens, l'opinion publique et les politiciens semblent satisfaits, et veulent aller de l'avant en dépit des problèmes qui surgissent. En revanche, céder le Golan suscite des polémiques.

    MM. Rabin et Pérès veulent le restituer à la Syrie contre la paix et la livraison par les Etats-Unis de missiles sophistiqués qui garantiraient à Israël la sécurité. L'époque n'est plus aux frontières naturelles. Mais l'Israélien de la rue se souvient qu'en 67 et 73 il a fallu livrer les plus dures batailles pour ce plateau surplombant le pays. Depuis, des Colons s'y sont installés pour cultiver le "Golan Heights", un vin très prisé dans les restaurants gastronomiques et les magasins duty-free. Les affiches pour la paix sur les murs de Damas laissent indifférent, "elles ne portent même pas le mot Israël. D'ailleurs, les régimes militaires et dictatoriaux ne peuvent gagner la confiance de l'Etat hébreu démocratique", explique un observateur politique. Il ajoute que Sadate avait conquis le coeur des Israéliens qui avaient pourtant voté pour un parti expansionniste et belliqueux dirigé par M. Begin.

    La revanche des Marocains

    Sadate a convaincu, conclu sa paix et laissé un souvenir indélébile. Les Israéliens attendent une autre initiative arabe spectaculaire, qui les sécuriserait. Les Juifs attendent toujours un Messie quelque part. Les initiatives marocaines pour la paix au plus haut niveau ne sont pas en Israël un secret. Les Israéliens d'origine marocaine y trouvent une revanche sur l'Histoire. Dès les années 50, ils avaient débarqué en djellabas, de leurs montagnes et de leurs mellahs, dans un pays fondé par des Russes, des Polonais et des Allemands pétris de socialisme, souvent laïques, versés dans la science moderne. Longtemps, ils ont eu le sentiment d'être des citoyens de seconde zone et ont porté le Likoud au pouvoir, contre l'establishment travailliste ashkénaze. Désormais, ils seraient 500.000 à Nathanya, Ashdod, Tel-Aviv... Ils ont investi commerces et professions libérales. Aussi, un Marocain musulman qui arrive dans un hôtel, une entreprise israélienne, crée l'événement. On vient lui raconter une enfance à Debdou, un souvenir de Sefrou, un voyage, l'été dernier, jusqu'à Demnat, sur la trace de grand-parents.

    Khalid BELYAZID

    L'Economiste et Haaretz publieront un quotidien pour la Conférence

    L'Economiste avait pris l'initiative de publier pour la conférence du GATT, à Marrakech, un quotidien en anglais à l'intention des participants. Ce fut un succès, ceux-ci trouvant chaque matin, dans leur hôtel et sur les lieux des travaux, des informations sur la Conférence et sur le Maroc qui les accueille.

    L'Economiste, riche de cette première expérience, rééditera la formule pour la Conférence de Casablanca sur le développement du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Il a proposé au quotidien Haaretz de s'associer à cette opération. Un cadre de notre rédaction a donc dû aller convaincre les dirigeants du journal israélien, négocier, planifier le travail commun qui sera accompli par les deux équipes.

    Haaretz, qui existe depuis 75 ans, est le quotidien de référence pour les milieux intellectuels et politiques d'Israël. Il est très jaloux de son indépendance et de sa ligne éditoriale.

    Il appartient, comme L'Economiste, au réseau World Media qui regroupe 24 journaux à travers le monde.



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