×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Entreprises

Job description : Le directeur informatique architecte de systèmes

Par L'Economiste | Edition N°:83 Le 10/06/1993 | Partager

C'est la dernière-née des fonctions d'entreprise. En 30 ans, l'informatique a propulsé ses experts aux sommets des hiérarchies et des salaires. L'explosion des micro, des systèmes, la saturation de certains créneaux ont entraîné une redéfinition des rôles des directeurs informatiques. L'Economiste a réuni quelques spécialistes pour un job description. Ils exposent leur vécu professionnel.

Les informaticiens s'étaient rendus célèbres en secouant toutes les fonctions d'entreprises solidement établies. Ils analysaient les tâches, bouleversaient les procédures, menaçaient les effectifs installés par leurs mystérieux ordinateurs. Jusqu'au jour où leur outil se retourna contre eux: la micro-informatique brouille les cartes, met le clavier entre les mains de tous, menace les emplois des cadres informaticiens, au moment où ils battent tous les records de rémunération, sous l'oeil jaloux des financiers et commerciaux. Signe d'un retournement, “l'empire IBM” licencie, alors qu'en France, le Ministère des Finances compte son sur-effectif d'informaticiens par milliers.

Curieusement, les participants à la table ronde de L'Economiste, pour un job description du “directeur informatique” ne manifestent, pour leur part, aucune inquiétude. Au contraire. “Le responsable informatique n'était qu'un technicien, il est devenu un architecte de systèmes d'information. Il est même devenu un stratège”, avance M. Bennani (ELBM) pour lancer les débats. Exit l'image du sorcier du programme, enfermé dans sa salle climatisée entre ses bandes magnétiques. L'informatique a désormais ses managers. Les qualificatifs se multiplient: “c'est un chef d'orchestre qui fournit les structures d'accueil et de restitution de l'information. Un planificateur”, (M. A. Chami, Distrisoft).

Plus flatteur, M. Drhimeur (Al Watanya) le voit comme “un maître d'oeuvre”. Vis-à-vis d'un environnement de plus en plus complexe, avec des données économiques et technologiques multiples, le directeur informatique agit comme un “réducteur de variétés”. Il trie, classe, filtre ce qui est utile pour l'entreprise.

En reconnaissance de cette évolution, son appellation s'est enrichie: le “responsable” est souvent devenu “directeur”. A l'informatique ont été accolées les “communications” et “l'organisation”. Ceci est l'aboutissement d'une évolution en 4 étapes qu'évoque M. Choukhman (ONPT):

- à l'origine, elle était d'abord isolée dans ses salles, marginalisée.

Les autres services devaient y “monter” ;

- avec le temps réel, plus besoin de se déplacer. La communication on line est établie sans déplacement. L'informatique s'ouvre. L'informatique devient formateur. Il vulgarise son outil ;

- l'informatique devient micro pour la 3ème étape. Chacun veut sa machine, et se débarrasse de l'informaticien ;

- dans la 4ème étape enfin, l'informatique devient partie prenante de l'entreprise, épouse ses problèmes de coût, d'organisation...

La fonction change et l'homme avec: il était chargé de “calculs”, de produire des états et des listings dont il ignorait l'usage. Désormais, il entre dans la bataille de la compétitivité. Ce qu'infirme M. J. F. Gloux (BMCI). “Il nous fallait manipuler des chiffres et des comptabilités. Nous traitons désormais de l'information”.

Du coup, le rattachement hiérarchique a glissé du directeur financier vers le directeur général.

C'est celui-ci qui donne d'ailleurs à la fonction une place de choix, de stratégie, ou la confine aux tâches de paie ou de comptabilité “Le responsable informatique n'est pas installé de la même façon, suivant que l'entreprise soit une multinationale ou une PME. Il évolue avec la taille et le degré de modernité de l'entreprise”, explique M. Mâa (ICOZ).

Pas d'illusions. Les ordinateurs, les imprimantes et tous les gadgets para-informatiques sont partout. L'esprit fin de siècle qui accompagne la technologie est plus rare.

Finies les résistances

Cependant, les participants s'accordent à reconnaître qu'il n'y a plus de résistance à l'introduction de l'informatique. “Quoi qu'il en soit, l'informatique cimente toujours l'organisation”, Sebti (BMCE). Les chefs d'entreprise ont passé le test de l'informatique, lui ont donné la confiance minimale. Il n'y a pas de directeur qui n'ait de PC, dans son bureau, pour d'accrocher à la “révolution micro-informatique”.

Cette révolution de la micro a banalisé l'ordinateur. Notre directeur informatique pourrait perdre le monopole de sa science. Au passage, il peut perdre son pouvoir, “on ne s'improvise pas informaticien en travaillant, même toute la journée sur un clavier, avec un tableur. On devient tout au plus un bon utilisateur”, réagit M. Bennani (ELBM). Le directeur informatique ne joue donc pas la rétention d'informations informatiques.

Au contraire. “Mieux l'informatique tourne, plus le D.I acquiert du poids et de la crédibilité” (A. Guennouni Sada Vidéotel). C'est à lui d'asseoir son influence dans les services. Pour cela, il n'y a qu'un moyen: les utilisateurs doivent comprendre qu'il leur apporte quelque chose.

Bon joueur, il trouve et donne lui-même aux utilisateurs “les moyens de s'affranchir de cette dépendance, de réaliser eux-mêmes une partie de leurs traitements comme paramètrer une paie, modifier la présentation d'un état...” (M.J.F. Gloux-BMCI)

Ici, encore, le directeur informatique rappelle qu'il n'est plus qu'un technicien. “Son pouvoir n'est pas au niveau de l'outil ou de l'information mais de la conception même du système” (M. Mounir OCP).

Pouvoir

D'une manière plus générale, la notion de pouvoir agace les intervenants à la table ronde. Le pouvoir des informaticiens a été mystifié dès les années 70. Ils apparaissaient comme une franc-maçonnerie, une secte au langage abscons, excluant le commun des salariés.

Cette mystification aurait retardé l'évolution des informaticiens. Les chefs d'entreprise, les croyants trop puissants, évitaient de les promouvoir vers les comités de direction, pour circonscrire leur puissance.

Les responsables informatiques expliquent qu'ils ne se sont pas battus pour imposer leur puissance à autrui. En revanche, leur fonction, leur technologie se plaquent sur les autres. Leur position est conflictuelle par nature.

“Informatiser, c'est d'abord étudier l'existant, diagnostiquer, analyser les tâches de chacun” (M. Bennani, ELBM). Or la tendance naturelle de tout un chacun est de dissimuler ses méthodes, ses petits secrets professionnels, ses défaillances.

Après l'analyse de l'existant, informatiser c'est ensuite établir des procédures, guidées par un programme, par la machine.

La position du directeur informatique est donc structurante. “Toute démarche d'informatisation se traduit par une recomposition des tâches et un repositionnement des responsabilités” (M. Mounir, OCP).

Il y a fatalement des gens à qui le D.I ne rend pas service, contre qui il doit se battre pour imposer ses “solutions”. Pour prévenir le conflit, il faut impliquer et "mouiller" l'utilisateur (département financier par exemple) dans la définition des besoins et des solutions. “Mieux encore, le directeur informatique peut faire comprendre qu'il est fournisseur de bonheur”, lance A. Chami (Distrisoft), à qui la position de fournisseur de logiciels a appris quelques bonnes formules.

Conseil utile. D'ailleurs, le directeur informatique apprend quelques ressorts de la communication, auprès de son vis-à-vis extérieur, constructeur, distributeur, éditeur de logiciels.

Dépendance

Le débat ne révèle pas de tensions, autour de cette relations extérieure fondée sur des intérêts commerciaux bien compris. Fournisseurs et entreprises s'affichent “partenaires”.

La pression commerciale existe. Elle contraint le directeur informatique à étudier les multiples propositions. “Son rôle est alors de réaliser l'équilibre entre les technologies offertes et les besoins de l'entreprise”, affirme M. Drhimeur, d'Al Watanya. Il cite le cas de sa compagnie qui avait différé de 2 ans l'introduction du Window's de Microsoft, jusqu'à ce qu'elle ait la capacité de le mettre en place.

Constructeurs et éditeurs n'exercent donc pas de dictature technologique. “Chacun cherche d'abord à exploiter ce qu'il a” (Mâa, ICOZ), avant de renouveler. La technologie n'est d'ailleurs plus conçue in abstractio. Les développements de matériels et logiciels nouveaux sont fonction des besoins du marché, qui commandent. La plus belle illustration de cette harmonie constructeur-utilisateur est l'idylle d'IBM avec une banque de Cincinnati qui a permis la création du guichet bancaire.

A. Chami (Distrisoft) renchérit dans ce sens: “constructeurs et distributeurs ont eux-mêmes réduit la dépendance de leurs clients par leur course à la technologie. Les offres des qualités sont multiples.”

Auparavant, le “you can't bewrong with IBM” était le signe d'une dépendance d'un grand constructeur.

Dans le même registre, le snobisme de la technologie a reculé. Un DI n'est pas celui qui possède le dernier matériel au catalogue. C'est celui qui fait bon usage de ce qu'il a, et qui donne des solutions aux utilisateurs. Le système d'appréciation a chargé, surtout que chaque DI est tenu par 2 contraintes:

la première est technique. Toute acquisition qu'il propose doit s'insérer dans un schéma directeur ;

la seconde est budgétaire. L'achat s'inscrit dans une enveloppe d'investissement, prédéterminée. Il faut justifier l'opportunité de chaque choix.

Ici encore ce sont des qualités de gestionnaire qui sont sollicitées. Elles importent, deviennent même prioritaires dès lors qu'il s'agit de tracer le profil idéal du directeur informatique qui est loin d'être le meilleur technicien.

“Le génie du logiciel est bon pour un laboratoire” (M. Mounir OCP). Le tempérament “meneur d'équipe” est apprécié, car les projets sont conduits en groupe. Les talents de diplomate, de négociateurs sont utiles pour mettre en place les solutions.

La persévérance est indispensable: le temps est une dimension essentielle dans laquelle il faut trouver, imposer les priorités, convaincre de ses vues. Le directeur informatique doit avoir du souffle, son travail est une course de fond. Ce qui n'exclut pas la rapidité de réaction.

“Les problèmes posés sont toujours extrêmement urgents” (M. Choukhman, ONPT). Il faut réagir vite, improviser, mais aussi calmer le jeu, éviter la précipitation, les solutions bricolées.

L'ère du bricolage est révolue, cédant la place à la méthode. “Le risque du bricolage est trop grand. Un fichier d'une banque, d'une assurance perdu, devient une catastrophe” (M. A. Chami, Distrisoft). Il y a une architecture à sauvegarder ou développer dans une logique. Les méthodes résolutoires sont apparues pour l'analyse, le développement, la conception, la conduite des projets. Le bricolage est surtout l'oeuvre des utilisateurs.

Cependant, l'informatique industrialisée garde un côté artistique, créatif (M. Mounir, OCP).

Notre DI tire une satisfaction narcissique de réaliser un nouvel état de données, une conception d'un formulaire d'un service commercial, une simplification d'une tâche manuelle complexe. Tout scientifique et manager qu'il est, il connaît le plaisir du projet terminé, du travail bien fait, qu'il a accouché dans la douleur et le conflit.

Les participants au job description

Les responsables informatiques qui ont participé à la table ronde de L'Economiste pour le job description sont:

M. Larbi Choukhmane, directeur de l'Informatique (ONPT), M. Tawfiq Drhimeur, directeur (Al Watanya), Jean Français Gloux, directeur de l'Informatique et des Télécommunications (BMCI), M. Abdeslam Guennouni, chef de centre informatique (Sada-Vidéotel), M. Mohamed Karim Mounir, responsable informatique (Groupe OCP), M. Taha Salah Eddine, directeur central, direction des systèmes d'information (BMCI) et M. Hassan Mâa, responsable informatique (ICOZ).

Ont participé par ailleurs, en tant que vis-à-vis de la fonction: M. Mohamed Bennani, directeur technico-commercial (ELBM) et M. Ahmed Chami, directeur général (Distrisoft Maroc).

Khalid BELYAZID

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc