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Culture

Hassan El Fad: «Je n'aime pas qu'on mette tout le monde dans le même panier»

Par L'Economiste | Edition N°:1160 Le 07/12/2001 | Partager

. Adepte d'un humour intelligent qui fait la part belle à la recherche et à l'imagination, Hassan El Fad sort du lot et confirme son talent- Tendances: Pourquoi avoir choisi le registre de l'humour?- Hassan El Fad: Je ne l'ai pas fait exprès. Au début, j'ai touché un peu à tout, au théâtre, à la musique, aux arts plastiques... J'ai flirté avec ces arts (pas César le sculpteur mais les arts) et à chaque fois, je me trouvais dans un art donné. A un certain moment, j'étais complètement musicien de jazz. Je n'avais pas idée de faire les planches. J'ai ensuite fait l'architecture d'intérieur en me disant que c'est peut-être ça mon truc. Et puis, je me suis trouvé coincé dans tout ça. Et c'est là que je me suis dis: «Tiens pourquoi ne pas faire du spectacle?» J'ai commencé à faire du spectacle dans son sens le plus large. Tout comédien se pose la question de savoir jusqu'à quel degré il peut assurer seul, un jour, un spectacle sur scène. C'est un défi avec soi-même. A côté de cela, il y a aussi le fait de se dire que c'est une station qu'on doit vivre, techniquement parlant. C'est une station qui est venue comme ça sans préméditation et d'une manière naturelle.- C'est quoi la couleur de votre humour?- Je n'arrive pas à le colorier. Mais je dirais plutôt que c'est un humour casablancais, spécifique à cette ville. Donc forcément bilingue, à la fois traditionaliste et moderniste. C'est un humour de mots et de situations. Il y a une chose que j'apprécie beaucoup chez les Marocains en général et les Casablancais en particulier, c'est l'autodérision.- Mais ce choix ne risque-t-il pas de limiter votre public?- Non. Et puis je ne me pose pas de questions sur mon public. Il n'y a pas longtemps, je m'amusais avec des amis à faire un petit sondage sur le genre de public à atteindre. Mais je doute qu'on ait fait, un jour, une étude scientifique sur le public marocain pour savoir s'il y a un seul public ou plusieurs et pour définir le taux de chaque public. Pour toutes ces raisons, je ne me pose pas de questions. Il faut être crédible avec soi-même. C'est la meilleure façon de séduire tous les genres de public. Et tout en étant régionaliste, on peut toucher un large public. Bob Marley a chanté le Sky et le Reggae. Il a pourtant réussi à attirer les Chinois et tout le monde. Cela dit, je crois que si on joue un Casablancais paumé, on toucherait tous les paumés de tout le monde. C'est une condition humaine qu'on retrouve un peu partout.- Comment travaillez-vous vos spectacles? - D'abord, je secoue ma tête pour en laisser tomber quelques idée que j'écris. Il m'arrive de m'arrêter au milieu quand je me rends compte que l'idée est bonne mais irréalisable. Parce qu'il y a un niveau de réussite pour chaque idée de sketch. Il y en a que j'enterre au niveau de la réflexion lorsque je trouve qu'elles ne peuvent pas aboutir et puis d'autres que j'écris carrément, que je répète et que je joue devant une petite clique d'amis et de professionnels. C'est une manière de jauger un peu de l'efficacité des gags. Il m'est arrivé de jeter des sketchs par la fenêtre.- C'est donc vous qui écrivez les textes?- Principalement, oui.- Parlons un peu de Ci Bi Bi. Comment est née l'idée de créer cette émission?- Cela fait quatre ans qu'on me titille pour faire quelque chose à la télévision, tous genres confondus, (sitcom, fiction, émission humoristique...). Mais je trouvais toujours le moyen de dire non, gentiment, parce que je sais pertinemment que la télévision est une arme à double tranchant. J'avais toujours peur de me confronter à des situations confuses où je ne comprendrais rien. Car dès que je dépasse deux ou trois personnes autour de moi, c'est la foule et du coup, je m'intimide. En plus, je ne veux pas entrer dans des dédales que je ne maîtrise pas. Mais pour Ci Bi Bi, j'ai fini par dire oui parce que finalement les deux producteurs qui ont pris en main le projet m'ont garanti quelques conditions de travail parmi celles que j'exige d'habitude. Ce n'était pas le confort complet, mais c'était correct. Je ne voulais pas avoir affaire à la télévision de manière directe. Et malgré tout, il y a eu des ondes de problèmes. - Et les conditions de tournage?- Elles étaient très bien, qu'il s'agisse du travail avec les collègues, de la réalisation, des textes... Il est vrai qu'on nous a donné carte blanche en ce qui concerne le contenu et la forme. Mais c'était l'une des conditions sur lesquelles on s'était mis d'accord.- Les textes de Ci Bi Bi sont de vous aussi?- Non, c'est un travail de groupe. A la base, ils sont de Mustapha Mesnaoui qui a écrit toute l'émission. Et puis en commun accord avec lui, on a adapté la partie qui me concernait à mon style d'humour. - Sur Ci Bi Bi, vous vous retrouvez encore une fois avec Omar Chraïbi, qui vous a accompagné durant toute votre carrière?- Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je n'arrive pas à travailler avec les autres réalisateurs. D'abord, parce que Omar et moi avons fait un bon bout de chemin ensemble. Il connaît mon humour et mon tempérament, il sait à quel moment je coince... On se connaît bien. Ce n'est pas parce que c'est mon pote que j'essaie de le vendre, mais parce que c'est un professionnel qui me connaît en plus. C'est-à-dire qu'on gagne beaucoup de temps et c'est tant mieux pour la production. Si on arrive à travailler avec ses amis, c'est bien, encore faudrait-il qu'ils soient professionnels. Je ne peux pas travailler avec n'importe quel réalisateur. Je ne suis pas une grande star, mais je n'ai pas envie de me prendre la tête avec un ramasseur de câbles qui se prend pour un réalisateur. J'évite ce genre de situation pour que mon travail me soit toujours agréable. En plus de toutes ces conditions, il y a aussi l'argent, le temps de travail, le degré d'intervention sur ce texte et puis surtout ne pas me trouver en front avec la télévision. Ceci est une condition capitale. - Que pensez-vous des épisodes de Ci Bi Bi et plus spécialement de vos propres sketchs?- Jusqu'à présent, vu les conditions dans lesquelles nous avons travaillé, le résultat est plutôt satisfaisant. De toutes les façons, j'assume entièrement la responsabilité de ce que je fais. Quand je vois la réaction des gens dans la rue, je trouve qu'elle est positive. C'est une manière assez spéciale de tâter le pouls des gens. Mais franchement, on peut facilement faire mieux que ça. - De quoi vous avez besoin alors?- On n'a pas eu suffisamment de temps pour les préparatifs. Il est vrai que les réalisateurs ont fait de leur mieux. Mais de toutes les façons, on n'est jamais satisfaits. On a toujours besoin de plus de temps. J'aurais aussi aimé avoir un peu de recul par rapport à ça, c'est-à-dire le moyen de travailler tranquillement les textes sans frénésie et sans stress. Ceci n'est certes pas facile. Les producteurs ne savent pas à quel moment commencer parce qu'il y a beaucoup d'intervenants dans un travail de télévision, il faut accorder tout le monde.- Aviez-vous une idée sur les autres humoristes qui allaient vous accompagner?- Non, je n'en avais aucune idée. J'étais en Hollande, j'appelais de là bas pour connaître les autres comédiens qui allaient assurer les autres rubriques de Ci Bi Bi. Mais quand on m'a donné la liste, j'étais satisfait.- Quelles sont les choses qu'on dit de vous et qui vous embêtent?- Je n'aime pas l'amalgame dans toutes ses formes.- C'est-à-dire?- Je n'aime pas qu'on mette tout le monde dans le même panier. Je ne dis pas ça par manque de modestie, mais je revendique de la justice. J'ai ma petite philosophie de mérite, c'est tout. Il est incorrect qu'on confonde les paresseux et les gens qui travaillent. Ce n'est même pas une question d'intelligence ou de suprématie, mais de travail. Quoi qu'il en soit, Dieu merci, je ne vis pas souvent cette situation.- Que pensez-vous de la tournure que prend l'humour au Maroc?- Il est vrai que les gens ne sont pas satisfaits de ce qu'on leur présente. C'est encore une fois la déception générale. Il m'est très difficile de critiquer les gens parce que je sais que de l'intérieur, les choses sont beaucoup plus compliquées. Le problème qui se pose au Maroc, c'est que les artistes font tout eux-mêmes. Ils sont au four et au moulin. De toutes les manières, ils n'ont pas le choix. Ceci étant, je suis convaincu que si on met ces mêmes artistes dans un autre contexte, ils seront meilleurs.- Qu'est-ce qui leur manque le plus, les moyens matériels ou l'imagination?- Franchement et sans vouloir leur jeter des fleurs, nos humoristes n'ont pas un problème d'inspiration, mais de méthodologie et de politique artistique au Maroc. Nous travaillons avec deux chaînes, qui sont principalement des chaînes d'information. Les petites bricoles qu'on fait à droite et à gauche sont là pour joindre un bulletin à un autre. Mais leur rôle principal reste, avant tout, d'informer le peuple des décisions officielles. Alors, pour ne pas bombarder les gens d'informations, on leur présente des petites choses qu'on achète à l'Orient ou à l'Occident. Et de temps en temps, on consacre une petite place aux Marocains en leur octroyant un petit budget. Quant à la manière dont ce budget est géré, là est le vrai problème. - Vous avez déjà monté un premier spectacle qui a cartonné, alors à quand le deuxième?- Aujourd'hui, même mes collaborateurs et moi avons établi un calendrier de travail effectif. On s'est dit que le travail de texte a abouti à 90% et, dans peu de temps, on passe à l'exercice sur scène.- Un mot sur ce spectacle?- Il s'inscrit dans la continuité du premier tout en étant un peu différent. On y retrouve, encore une fois, des thèmes et des personnages pris dans la société marocaine. Il sera peut-être un peu plus près du public ou plutôt du peuple. - Après avoir commencé par un «one man show» réussi, ne craignez-vous pas la réaction des gens vis-à-vis du nouveau spectacle?- Il s'agit là d'un problème de marketing. Quand on est sorti la première fois pour parler commerce et marché de l'art, on n'avait pas d'expérience. Mais le produit a cartonné. Ce qui nous fait placer la barre très haut même par rapport à nous. D'ailleurs, vous savez, quand deux spectacles se suivent, le deuxième se met à l'infinitif. Il faut faire de son mieux pour le conjuguer. D'une manière générale, le deuxième «one man show» dans la vie d'un artiste est le plus délicat de toute sa carrière. Parce qu'il est obligé de faire comme le premier, sinon mieux. Les gens font inévitablement la comparaison entre les deux. Et c'est à l'artiste de confirmer son succès. Ce qui fait énormément de craintes psychologiques et techniques. - Qu'est-ce qui vous fait rire dans la vie?- Les situations absurdes. Il peut s'agir de n'importe quoi. Il m'est arrivé de rire dans une salle de cinéma à un moment où personne ne riait. J'étais complètement hors jeu. C'est là que je m'éclate. Même dans des pièces de théâtre, je suis gêné quand cela m'arrive, car j'ai l'impression de me foutre de la gueule des gens.- Avez-vous l'impression, même en n'était pas sur les planches, que les gens s'attendent à ce vous les fassiez rire parce que vous portez l'étiquette d'humoriste?- A commencer par le flic qui m'arrête sur la route et me demande de lui raconter une blague... - Qu'est-ce que cela vous fait?- C'est embarrassant, mais je le comprends. Les Marocains ont une façon d'aimer très particulière. Quand ils apprécient un humoriste, ils croient qu'il est drôle tout le temps et que sa vie est faite de vannes et de farces. Ils croient qu'il vit avec «Abderraouf» dans la même maison. Un jour un flic m'a dit: «Raconte-moi une blague», alors je lui ai répondu: «Siffle-moi un petit coup». - Et la famille?- Ma famille comprend très bien que dans la vie je manque terriblement d'humour, et que je suis invivable et caractériel. - Qu'est-ce qui vous inspire?- Cela peut être un article dans un journal, une situation dans la vie courante, une image ou même un mot. Et là, je parle d'un humour où chaque sketch peut être écrit d'une manière différente selon le contenu et la technique utilisée. Il n'y a pas de règles en fait. - Que vous a appris le comique?- D'abord, j'ai appris à me connaître sur le plan psychologique. L'apport personnel est énorme. Lors de mon dernier spectacle, il y avait plus de 1.000 personnes dans la salle qui attendaient de rire. Et moi j'étais là, il fallait que je sache gérer mon trac, mes émotions et mes impulsions. - Qu'est-ce que cela vous fait d'entendre les gens rire?- C'est un plaisir extraordinaire. Je suis mon premier spectateur, donc quand je vois les gens rire, je me dis ça va, je suis encore normal. Mais vous savez, le même sketch ne donne pas le même résultat dans deux situations différentes. Cela dépend donc des conditions des gens, du temps et de l'espace, bref de l'atmosphère générale de la représentation. On ne joue jamais le même spectacle deux fois de la même manière. Propos recueillis par Kenza Alaoui

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