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Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNASeizième épisode: Gérer la paranoïa étatique

Par L'Economiste | Edition N°:1160 Le 07/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsLes conjurés de Skhirat sont enterrés à Tazmamart depuis des mois, des années… Madame Belkbir, par l'intermédiaire du gardien Majdoubi notamment, arrive à faire envoyer de très rares colis à son mari, l'ex-numéro deux d'Ababou à Ahermoumou. Elle ne sait pas si ces colis arrivent. Elle a multiplié les démarches auprès de toutes les institutions, auprès de tous les partis politiques, mais en vain. Partout, elle est éconduite sans ménagement: la loi du silence. Un jour le quotidien Le Monde publie un article sur Tazmamart. Il ne cite évidemment pas de source. Les “détenteurs du temps”, ceux qui ont volé le temps des condamnés, se souviennent soudain d'elle et la soupçonnent d'être à l'origine des informations. Elle est convoquée et interrogée.«- Donc tu disais que tu n'as aucune idée de ce qui vient d'être publié, hein?” Pas le droit de se demander ce qui a été publié, ce qui est reproché. Dans quelle publication? Est-elle nationale ou étrangère? Quel est le sujet? A quelle date…? Tout ceci, “l'auditionnée” doit le deviner seule, au fur et à mesure des questions.. La déroute du flicUne fois l'effet de surprise dissipé, l'audition revint à de “meilleurs sentiments”, à des usages plus ordinaires…- Nom?-… - Prénom?-…- Date de naissance?- …- Situation matrimoniale?- …- Nom et prénom du mari?- Belkbir Abdeltif.- Situation professionnelle du mari?- Capitaine de l'armée de terre.- Est-il vivant ou décédé?- Ça, c'est à vous de me le dire!- Adresse?- …- Profession?- Enseignante au lycée Oum Al Banine.- Pouvez-vous nous dire où se trouve votre mari?- Une fois encore, c'est vous qui êtes censés me donner ce genre d'informations! Vous vous foutez de moi ou quoi! Mon mari a disparu depuis plusieurs années. Personne ne m'a donné la moindre indication pour savoir s'il reste en lui un souffle de vie ou s'il est mort! Et vous avec votre toute-puissance, votre air supérieur et soupçonneux, vous en êtes à me questionner sur lui! Non sans blague! Tout ce scénario minable pour intimider un petit couple surpris en flagrant délit d'enlacement, ou un dealer à la petite semaine pour qu'il vous balance le nom du patron du coin de rue! Ça ne prend pas avec moi. Je n'ai qu'une question, vous vous avez des réponses. Qu'avez-vous fait de lui? Répondez-moi! Que vais-je dire à son fils? Répondez!” De l'autre côté de la table, on essayait de limiter les dégâts. Gérer une femme en furie bien installée dans son droit (!) allait se révéler une mission à laquelle n'était pas particulièrement accoutumé “l'intervieweur politique”.Preuve de son malaise policier, il en était presque arrivé à justifier sa mission auprès de l'épouse Belkbir.“- Vous savez, ne m'en voulez pas, je ne fais que mon travail. J'ai des instructions. Je me dois de les exécuter”.. Surveillance et médisanceElle prit congé non sans s'être fait promettre un proche au-revoir. Après cette entrevue, elle commença à faire très attention aux éventuelles filatures. Elle remarqua souvent la Simca 1100 blanche, se voulant banalisée, au coin de la rue. Alternant avec une Fiat 124 ou une 4L, elle apprit à les reconnaître entre toutes celles qui stationnaient aux alentours de leur maison. C'est à peine si elle se retint de leur servir des plateaux de thé. La société marocaine tolère rarement les mutations au sein de la cellule familiale. Les foyers monoparentaux sont le plus souvent rejetés.Cette réalité, l'épouse du capitaine Belkbir l'a éprouvée des années durant.N'ayant pas de tutelle mâle dans leur foyer, l'épouse Belkbir et son fils entrèrent dans un nouvel enfer. Elle avait perdu son père à dix ans. Elle s'était habituée à voir sa mère diriger la maison Bennouna. De même pour son fils tôt placé sous les auspices maternels et dont la destinée semblait vouée à la même trajectoire. Mais la société est impitoyable pour ce genre de dissidence. Ils furent exclus de la vie sociale. Relégués au placard sociétal, ils eurent tout loisir de méditer sur ce cadeau que l'itinéraire d'une vie leur a fait en les lançant sur une voie de garage. Qui peut comprendre l'incroyable malaise qui étreint quand on est obligé de se mouvoir au milieu de gens dont on est le discret sujet de conversation. Les conversations qui se taisent systématiquement à votre arrivée, écartés d'emblée au menu des médisances réjouissantes. Les insupportables réunions professionnelles où les consoeurs se pavanent au bras de leurs chers époux, eux-mêmes issus de la grande “famille de l'enseignement” ou ousrat a taâlime pour les intimes! Exclus de la mémoire mondaine de la société fassie, la mère et le fils limitèrent leur aire de jeu social au strict nécessaire. Et comme si cet apartheid ne suffisait pas, voilà que les autorités entrent en lice pour leur exproprier encore quelques droits, en principe imprescriptibles. Ignorant ce qui l'attendait, elle entreprit les démarches normales afin de renouveler son passeport arrivé à expiration. Au niveau de l'arrondissement de son quartier, elle joua le jeu du moqaddem qui lui demanda un tas d'informations pour mener à bien son “enquête”. Ces étapes préliminaires étant expédiées, elle déposa le dossier complet quelques semaines plus tard. Au niveau de l'enquête routinière de police, la trajectoire buta sur un obstacle flico-administratif… Sans aucune explication, on signifia son congé à l'épouse Belkbir. Pourtant, sensibilisé à son cas, un fonctionnaire promit discrètement de lui faire aboutir une entrevue avec le responsable de ce blocage.Elle attendit. Le délai expiré pour la remise de son passeport, elle se rendit à l'arrondissement.Aucune trace. Aucune information.De ce pas, elle se présenta à la préfecture.Même résultat.Elle s'en ouvrit à des connaissances sûres.Aucun écho.On lui raconta que son document était bloqué à la DAG (Direction des Affaires Générales) de la préfecture.. Lundi 10 décembre: Le passeport bloqué

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