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    Economie

    Grappes et compétitivité : Entreprises, attention au PAS-Micro!

    Par L'Economiste | Edition N°:223 Le 28/03/1996 | Partager

    Le projet "Maroc compétitif", fondé sur la stratégie des grappes et un partenariat "public-privé", cherche à obtenir l'adhésion des opérateurs économiques.


    "Après le PAS-Macro, le Maroc doit réaliser le PAS-Micro".
    M. Saâd Kettani résume ainsi les efforts qui attendent les entreprises marocaines, pour qu'elles s'alignent sur l'économie mondiale. L'adhésion à l'OMC et la signature de l'accord de libre-échange avec l'UE ne laisse d'ailleurs plus le choix.
    Le président du "Comité de Suivi du Développement du Secteur Privé" expliquait le but du projet "Maroc-compétitif" devant une salle comble(1): il doit associer le public et le privé dans un "partenariat". L'afflux des dirigeants d'entreprise à une telle réunion révèle leur intérêt, et peut-être leur inquiétude sur le thème de la compétitivité.
    Quant au comité, il doit préparer l'opinion professionnelle. Car les recommandations de cet aréopage d'opérateurs et d'experts construisant des grappes n'auront d'intérêt que si elles entraînent l'adhésion des entreprises. L'approche se veut donc participative. Mais, sceptique, un industriel rétorque:"Votre étude s'ajoute au bouillonnement d'idées actuelles. Je reçois des enquêteurs pour plusieurs études. Je ne m'y retrouve plus". On le rassure. Cette fois c'est la bonne, il y aura des idées et des actions.

    Une économie vulnérable

    D'ailleurs, le pays n'a le choix que d'avancer; le constat dressé par Mme Rochas le représentant de DRI-Mac Graw Hill(2) qui conduit le projet est frappant. Le mot clef est "vulnérable": la croissance est faible, moins de 4% de moyenne en 15 ans, alors que la Malaysie et la Thaïlande ont fait le double. Le Maroc a tort de se prendre pour un "dragon" ou un "pays émergent".
    Côté investissement étranger, ce n'est pas mieux. "Le Maroc a raté la vague des investissements étrangers des années 1980", dira Mme Rochas, alors que les officiels se gaussent de quelques millions de Dollars attirés par une privatisation ou une usine de confection. Quant aux exportations, elles sont concentrées sur l'agro-alimentaire, marché à faible croissance, et sur une Europe gavée. Du marché intérieur, on ne peut rien tirer, car le revenu par tête stagne et le chômage s'accroît.
    Et même ce peu n'est pas acquis. A l'intérieur comme à l'extérieur, la concurrence s'accroît avec de nouveaux producteurs plus concurrentiels. Le tourisme marocain, qui avait un petit 0,53% du marché mondial en 1985, n'en a plus que 0,36% 10 ans après, en dépit de tous les communiqués annonçant la reprise.
    Le textile n'est pas plus performant: nos chemises et nos "vêtements de dessus" hommes s'exportent de plus en plus, soit 5% de croissance par an, mais beaucoup moins que la moyenne mondiale de 15%. Résultat, des pertes de parts de marché au profit des Turcs, Tunisiens, et autres Chinois.
    Le textile et l'habillement comptaient sur le coût de la main-d'oeuvre, alors les Asiatiques, encore eux, faisait moins cher.
    Quant aux exportations de puces et autres composants, elles ne représentent que 0,18% du marché mondial, malgré tous les efforts des usines de SGS-Thomson de Casablanca.

    Effet démonstratif

    Sur l'électronique, le textile, le tourisme et la pêche, les intervenants pourraient multiplier les exemples de vulnérabilité.
    Mais ce sont ces secteurs qui ont été retenus pour leurs effets d'entraînement sur les investissements, la croissance, l'emploi. Et le Maroc y possède des avantages comparatifs, pourvu qu'on les développe.
    Autour de ces secteurs devraient être cultivées les fameuses grappes. "Une grappe est un ensemble de tous les éléments qui amélioreront la compétitivité du secteur de tête. Elle inclut les industries et les services de soutien, la formation des ressources humaines, l'environnement réglementaire".
    Outre leur importance intrinsèque, les grappes auront un effet démonstratif. Et des secteurs "oubliés" aujourd'hui pourront suivre la méthode pour un nouveau sursaut.
    Déjà un opérateur de l'agro-industrie, secteur jusque-là vedette de tous les encouragements fiscaux et des négociations avec l'UE, s'étonne que son secteur ne soit pas retenu pour une grappe.
    "Trop dépendant de la nature -comprenez de la pluie- et pas assez de valeur ajoutée", lui répondent les initiateurs du projet "Maroc compétitif". Mais les opérateurs cherchent déjà des marchés en Amérique, des traitements nouveaux, des packagings modernes, comme l'a montré le dernier SIAM. Les péripéties avec l'UE leur ont donné quelques frayeurs et les ont amenés à se prendre en charge.

    Les politiques actives

    Les initiatives et la responsabilité sont d'ailleurs la condition de la compétitivité. Certes, plus personne ne compte sur l'Etat-providence, car "ce sont les entreprises qui sont concurrentes sur les marchés, pas les pays. Mais les Etats y préparent par des politiques actives d'investissement et d'éducation", dira M. Kemani, représentant de la Banque Mondiale, qui supervise le projet financé par l'UE. Mais attention! la banque ne se pose qu'en facilitateur et non pas en donneur de leçons ou de recette miracle. Elle ne veut plus être le bouc émissaire du "PAS-Micro" comme elle l'a été pour le "PAS-Macro". Elle fut accusée de créer la pauvreté, là ou elle ne réclamait que de la bonne gestion, comme tout bailleur de fonds "le succès dépend de vous", dira le représentant la Banque Mondiale, à l'instar de son président, qui visitait le Maroc quelques jours plus tôt. "C'est au gouvernement marocain de mener sa politique, pas à moi, a répété M. James Wolfensohn, l'essentiel est de tracer une route et de la suivre".
    La nécessité de stratégie, de plan, réapparaît. Et les grappes se veulent une stratégie, suivie d'actions concrètes, impliquant les opérateurs et l'Etat, qui devraient donc corriger les mécanismes du libre-marché. D'où l'idée d'un partenariat public-privé.
    Dans la salle, quelques sceptiques évoquent encore les tracasseries administratives, ou les derniers contrôles tatillons, malgré tous les discours encourageants pour l'investisseur.

    Khalid BELYAZID


    Electronique:
    Une émergence à confirmer



    Le marché de l'informatique et des services est en forte croissance. Considérée comme activité "émergente", la grappe électronique et technologies de l'information est appelée à se développer.
    Le Comité de Suivi du Projet de Développement du Secteur Privé a fixé sa prochaine réunion au 2 avril 1996, après avoir validé la structure de la grappe le 19 décembre 1995. La structure comprend sept segments "têtes de grappe" orientés vers l'exportation. Parmi celles-ci figurent la fabrication de matériel de télécommunications, de micro-ordinateurs, de cartes, de composants électroniques et certains services tournés vers l'exportation, tels les services informatiques. Dans les industries de soutien se trouvent les fabricants de composants plastiques, caoutchouc et métal, l'emballage et la distribution. Enfin, au bas de la grappe, l'ensemble des activités qui font partie de l'infrastructure économique et physique utilisée par les entreprises, telle que les télécommunications, les parcs industriels, les instituts de recherche et développement, les services financiers et le cadre réglementaire général.

    En matière de composants électroniques, la dynamique d'exportation des entreprises marocaines de ce secteur est fragile en raison principalement de l'absence de diversification géographique et au regard de la composition des exportations. Ce marché, qui était estimé au niveau mondial à 82 milliards de Dollars en 1993, devrait tripler au cours des 10 prochaines années.
    Dans son ensemble, l'activité de la grappe reste liée à l'évolution de la demande intérieure, notamment aux investissements publics en matière d'infrastructure.
    Cependant, parmi les nouvelles grappes qui pourraient se développer au Maroc figurent les activités de services liés à l'informatique. Il s'agit d'un secteur de pointe où les investissements initiaux sont faibles et peuvent être financés localement. Ces activités sont également intensives dans l'utilisation d'une main-d'oeuvre qualifiée actuellement sous-utilisée au Maroc. De plus, des délocalisations sont déjà effectuées par des sociétés anglaises et nord-américaines, surtout en direction de l'Asie.
    La croissance de ce secteur implique un certain nombre d'initiatives potentielles telles que l'établissement d'une stratégie publique de développement des télécoms. Il faut également un renforcement de l'apprentissage de l'anglais et de la qualification au niveau des programmeurs.

    Fatima MOSSADSQ


    Les produits de la mer:
    Mieux coller à la demande


    Indéniablement et à la déception du secteur de l'agro-alimentaire, les produits de la mer ont bénéficié de l'effet positif de l'accord de pêche. Le secteur a été choisi parmi les quatre grappes sectorielles clés dans le cadre du projet "Le Maroc Compétitif".
    "La grappe des produits de la mer a été retenue, en reconnaissance de sa contribution actuelle à l'économie marocaine, particulièrement en termes de recettes d'exportation et d'emplois, ainsi que son potentiel de développement", souligne le document de travail préparé par DRI/McGraw-Hill, FOCS et Créargie Maroc.
    Une réunion est prévue courant avril. La première réunion plénière du groupe de grappe s'était tenue le 24 janvier 1996 et a eu pour objectif de valider la structure de la grappe. Celle-ci comprend 3 niveaux d'activité:
    - les activités génératrices de devises regroupées sous la dénomination de "tête de grappe". Elles comprennent les industries exportatrices (pêche hauturière, conserveries, fabricants de sous-produits et industries émergentes)
    - les industries fournisseurs et prestataires de services associés à la filière pêche/transformation, telles que la construction et la réparation navales; la pêche côtière et artisanale; l'industrie de l'emballage; les équipementiers; le stockage...
    - l'infrastructure économique, institutionnelle et physique.

    Les principaux problèmes entravant le développement de la grappe ont été listés.
    L'offre marocaine est peu adaptée aux nouvelles tendances de la demande. Le Maroc est en fait peu représenté sur "les marchés les plus dynamiques, qui sont, en termes de produits, les produits semi-transformés et les produits préparés et surgelés et, en termes géographiques, par exemple pour le marché des céphalopodes, la Chine et le Sud-Est asiatique, les Pays-Bas et les Etats-Unis".
    La raison principale est l'absence de stratégie de marketing et une approche des marchés centrée sur les produits (l'offre) plutôt que sur la demande.
    Le secteur souffre d'une sous-qualification du personnel et du manque d'informations disponibles (telles que les cours du marché, les arrivées au port, la localisation des bans de poissons...). A cela s'ajoute une inadaptation des infrastructures portuaires et une insuffisance des services dans les ports. L'accès au financement est également limité. Les licences de pêche sont difficiles à obtenir.
    Il est temps pour le secteur de rechercher de nouveaux produits, d'améliorer la qualité et d'établir une stratégie marketing.
    L'étude a mis en valeur les priorités pour améliorer la productivité et la compétitivité de la grappe.

    Fatima MOSSADSQ

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