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    Economie

    Discour Royal : Responsablisation de la société

    Par L'Economiste | Edition N°:238 Le 11/07/1996 | Partager


    En effet, depuis une quinzaine d'années, la stratégie constante est de laisser de plus en plus la société marocaine régler ses conflits.


    L'Institution Royale prend en effet de plus en plus de recul par rapport aux actes quotidiens de gestion pour se consacrer à son aide aux problèmes de structure, à long terme.

    Quelques cas illustrent cette stratégie, qui est différente de celle qui avait été recommandée par l'ancien président français, feu François Mitterrand, dans un discours resté à l'Histoire sous le nom de discours de La Baule. Il voulait que le critère d'avancement de la démocratisation soit, non pas l'usage qu'une population fait des instruments de la démocratie, mais les instruments eux-mêmes. L'analyse et réponse devait venir plusieurs années après, lors du Discours de SM le Roi, prononcé en mai dernier devant l'Assemblée Nationale française. Et aussi plus dramatiquement des incidents de cette semaine au Niger: commission électorale écartée, observateurs internationaux consignés dans leur hôtel... Pour parapher l'ouvrage collectif patronné par Ghassan Salamé: il faut un minimum de démocrates pour faire une démocratie.

    Il faut pour cela des changements de mentalité, il faut des individus qui, comme le disait le Discours du Trône de 1988 définissant le libéralisme, osent prendre des initiatives.

    Reportons-nous une quinzaine d'années en arrière pour suivre le fil directeur de cette évolution. Jusqu'au début des années 80, dès qu'un problème grand ou petit embarrassait la société marocaine, elle le soumettait au Souverain. On trouvait de tout: l'emplacement d'une route, la crise du logement, les bouchons des bombonnes de gaz... Progressivement, l'emplacement d'un barrage a été remplacé par la politique des barrages, puis par la politique de l'eau, à charge pour les techniciens de faire leur travail pour trouver le meilleur emplacement.

    1986 doit être regardée comme un tournant. En décembre de cette année-là, le Parlement et le gouvernement entrent dans un conflit ouvert. Le premier refuse de voter la Loi de Finances, qui portait aussi une réforme des codes d'investissements. Arbitrage Royal: SM le Roi ne tranche pas le différend sur le fonds, mais offre une porte de sortie dans la forme. Isoler la réforme de la Loi de Finances et organiser une session spéciale sur la réforme, ultérieurement. L'arbitrage avait obligé les deux parties à discuter et du budget et de la réforme, et à prendre leur entière responsabilité, sur l'un comme sur l'autre.

    Même invitation, explicite cette fois, quand dix-huit mois plus tard SM le Roi présente lui-même au Parlement la politique de privatisation et invite les parlementaires à la discuter librement. C'est d'ailleurs ce qu'Il a fait en modifiant l'esprit même de la liste des entreprises et en renforçant les contrôles. Il est vrai que, dix ans après, ces modifications se révéleront plus handicapantes qu'opportunes, elles reflétaient les soucis de l'époque.

    Maintenant, l'enjeu devient plus lourd: se servir des futures institutions représentatives, les futures deux chambres, pour y définir la politique économique du pays. Cette dernière a été présentée par SM le Roi sous son jour le plus fort: les jeunes doivent participer à la décision qui les concerne.

    A chaque étape donc, l'évolution programmée vers la responsabilisation des individus, comme de leurs représentations associatives ou politiques, continue et englobe chaque fois une question plus fondamentale pour la vie de la Nation. Ceci n'exclut pas des retours en arrière, comme la "surprise" des indirectes aux dernières élections législatives. Ou encore l'absence d'action du Ministère de l'Intérieur à l'endroit des collectivités locales qu'il a lui-même dénoncée dans une circulaire et ce, alors que quelques semaines plus tard il a eu en main la campagne d'assainissement.

    Mais le rythme d'acquisition des responsabilités n'est pas uniforme. Sans sa propre réforme, la CGEM n'aurait jamais pu lutter contre les dérapages de la campagne d'assainissement. Sans sa prise de responsabilité, elle n'aurait eu que le choix d'accepter les dérapages ou de manoeuvrer de manière occulte pour bloquer la moralisation. L'un comme l'autre auraient été déplorables. Inversement, les corps qui ne parviennent pas à se mettre à niveau entrent dans une spirale échecs: la régionalisation qui se protégeait par l'opacité de ses comptes est obligée de jeter l'éponge sur les constructions scolaires. Les régies de distribution d'eau et d'électricité sont à leur tour battues en brèche après avoir, à cause de leurs dettes, plongé le pays dans les délestages et probablement fait perdre 1 point du PIB en 1993. L'enseignement, qui résiste de toutes les forces de son personnel à la réforme, fabrique des chômeurs et des illettrés. Les enfants marocains n'ont pas plus de chances de survie que les enfants yéménites ou soudanais, parce que, privée ou publique, la Santé refuse d'entrer dans la vraie modernité et se contente de quelques scanners. C'est là que se trouve le vrai travail politique.

    Nadia SALAH.

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