×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Difficultés d'entreprises: Dirigeants, détectez vos défaillances

    Par L'Economiste | Edition N°:656 Le 09/12/1999 | Partager



    · La prévention est la planche de salut
    · Il ne sert à rien de maintenir sous-perfusion des sociétés à l'agonie
    · Les banques ont déjà mis en place des structures pour accompagner les entreprises
    en difficultés

    C'est une salle comble et extrêmement attentive qui a suivi les explications détaillées des experts de Deloitte & Touche Maroc et ce, lors du débat organisé le 6 décembre par L'Economiste et le cabinet à Casablanca.
    Plus de 200 personnes ont, durant plus de deux heures, redécouvert les apports du Livre V du Code de Commerce, entré en vigueur le 3 octobre 1997. Et le débat qui a suivi la présentation a témoigné du grand intérêt pour le sujet.
    «Nous disposons aujourd'hui d'une législation théoriquement performante. Mais il est incontestable que nous avons encore besoin de temps pour la digérer», a souligné M. Mohamed Idrissi Alami, ancien ministre de la Justice et professeur de droit. Selon lui, cette nouvelle réglementation s'adresse aux grandes entreprises et non aux PME. Tout cet arsenal restera inefficace si le statut de la PME n'est pas repensé, a-t-il ajouté en substance.
    Autre point évoqué lors du débat, la relation banquier/entreprise. Avec la nouvelle configuration du droit des affaires, les banques ont déclenché la course à la réorganisation de leurs départements. Elles ont particulièrement mis en place de nouvelles structures et des techniques d'alerte au profit des sociétés en difficultés avant qu'elles ne basculent dans la cessation de paiement, a indiqué pour sa part M. Khalid Lahbabi, consultant juridique.
    Rappelons que la loi bancaire de 1993 n'interdit nullement à un banquier d'être le conseiller de son entreprise. Cela ne signifie pas qu'il faille la soutenir abusivement, ont souligné des participants au débat.
    Avec la législation actuelle, c'est la naissance d'un nouveau droit «de l'entreprise en difficultés qui dépasse le simple traitement de l'indemnisation des créanciers ou de l'apurement et qui rompt de manière fondamentale avec l'approche de l'ancien code et du droit classique de la faillite», précise d'emblée M. Fawzi Britel, expert-comptable et associé-conseil au cabinet Deloitte & Touche
    Les objectifs «avoués» de cette nouvelle loi, poursuit-il, résident dans la sauvegarde des entreprises viables, le maintien de l'emploi ainsi que l'indemnisation des créanciers. Dans le nouveau contexte, le législateur tente d'éviter la méthode chirurgicale lourde qui crée des chocs sociaux, économiques et humains très importants.
    Motivé donc par le souci de préservation de l'emploi, le législateur précise que l'acte de décès d'une entreprise ne peut être signé que si la situation est «irrémédiablement compromise», c'est-à-dire après avoir au préalable tenté le sauvetage par la voie du redressement judiciaire.
    L'innovation de ce code est la refonte de la faillite et de la liquidation judiciaire. A travers cette réforme, la législation marocaine se rapproche des droits français et européen. Ce changement introduit la séparation de l'homme et de l'entreprise en cas de difficultés. L'accent est mis sur la prévention et exige une nouvelle forme d'intervention juridique. C'est dans cet esprit que le nouveau code de commerce accorde une place particulière aux préventions interne et externe, avec la mise en place d'un dispositif d'alerte.
    Les patrons doivent comprendre que le tribunal, le commissaire aux comptes et les autres acteurs externes sont aujourd'hui associés aux événements que vit l'entreprise. Le nouveau texte ne pourra être bien assimilé qu'une fois que l'entreprise prendra conscience que la prévention sera sa planche de salut.
    Mais les experts sont clairs: il ne sert à rien de prolonger artificiellement l'agonie d'une société condamnée. «Il ne faut absolument pas laisser sous-perfusion des entreprises qui disparaîtront une année plus tard. C'est la mauvaise solution».
    C'est une mise à niveau musclée qui doit être opérée auprès des entreprises marocaines qui connaissent de profondes défaillances et dont les déficits s'accumulent depuis plusieurs années. D'où la nécessité d'une intervention rapide et en amont pour éviter les dégâts qui peuvent être irréparables.


    Meriem OUDGHIRI & Rafik IKRAM


    La chaise vide du Ministère


    «Vous croyez vraiment que le Ministère de la Justice va envoyer quelqu'un?» Ce banquier qui est venu de Rabat pour assister à la soirée de L'Economiste est plus que dubitatif. Sa voisine, juriste dans une holding de Casablanca, l'approuve: "En ce moment, avec tout ce que nous vivons dans les greffes pour les transformations de sociétés, personne à la Justice ne voudra rencontrer les opérateurs économiques et les juristes du privé".
    En fait, c'est eux qui ont eu raison. Malgré la promesse du ministre de la Justice, la chaise de son représentant est restée vide toute la soirée. Pas d'exposé donc sur la manière dont l'appareil judiciaire, personnel compris, s'adapte à l'application du nouveau droit des affaires et de la nouvelle culture juridique qui en découle. "De toutes façons, avec la densité des exposées des deux experts de Deloitte&Touche, c'était déjà difficile de tout suivre, un exposé supplémentaire dans la même soirée cela aurait fait trop". Les participants ont finalement bien pris l'allégement forcé de leur programme, mais cela ne les a pas empêchés de commenter, fort péjorativement, la chaise vide du Ministère de la Justice. Certains y ont vu "la désinvolture avec laquelle la Justice traite les citoyens". D'autres ont soutenu "qu'elle est débordée et n'arrive pas à digérer tous les changements". D'autres encore sont persuadés que "c'est le signe du refus des changements qu'apporte la modernisation" ou "de la volonté de rester fermée".
    Renseignements pris auprès du Ministère de la Justice, l'absence de son représentant était due à un quiproquo entre deux programmes de travail avec L'Economiste. Mais les réactions du public montrent bien que le monde judiciaire a devant lui un énorme travail pour "tricoter" des relations de confiance avec son environnement.

    Nadia SALAH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc