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    Economie

    Développement durable
    «On ne peut laisser les économistes seuls aux commandes»
    Entretien avec Christian Lévêque, directeur de recherches à l’IRD Paris

    Par L'Economiste | Edition N°:2371 Le 28/09/2006 | Partager

    . On peut réduire jusqu’à 50% de notre consommation. C’est avant tout une question de comportementInvité par l’Institut français de Rabat et la représentation de l’IRD (Institut de recherche et de développement) au Maroc, Christian Lévêque, directeur de recherches à l’IRD de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur le développement durable, a animé une conférence sur le thème: «Environnement et développement: problématiques et enjeux» à l’IFR, mardi 19 septembre. Il explique les enjeux du développement durable.. L’Economiste: Le développement durable est un concept fuyant. Pourquoi?- Christian Lévêque: Le concept de développement durable est un mot-valise. La représentation du développement durable par un paysan, par exemple, n’est pas la même que par un citoyen des villes ou un industriel. Je pense que le consensus autour de ce concept découle de préoccupations communes sur l’avenir de la population et de son bien-être, sa santé et son alimentation. C’est l’inquiétude qui se généralise à l’heure actuelle par rapport à un certain nombre de problèmes de la vie économique et de l’environnement. Je prends pour exemple le réchauffement climatique, l’effet de serre, les questions de désertification, les problèmes d’accès à l’eau, etc. Tout le monde se retrouve derrière cette idée qu’il est nécessaire de mieux utiliser nos ressources, de mieux gérer nos déchets. . Peut-on parler d’une crise de certitudes des sciences physiques au profit des sciences sociales?- On a toujours tendance à privilégier les sciences physiques. Parce que ce sont elles qui nous disent qu’il y a tant de ressources, qu’on peut faire telle chose. Je pense que le problème du développement durable doit être plus investi par les sciences sociales. C’est une question d’éducation et de sensibilisation du public. Une prise de conscience qu’il est nécessaire de modifier notre comportement. Très clairement, on ne peut pas laisser les seuls économistes aux commandes du développement durable.. Vous insistez dans vos travaux sur la notion d’a-croissance. Qu’est-ce que cela signifie?- Pour beaucoup, la croissance signifie l’augmentation du PIB et donc de la masse monétaire. On y voit une amélioration du niveau de vie, des possibilités d’acheter plus de produits manufacturés, etc. On y voit rarement cet aspect lié à une meilleure qualité de vie: une meilleure éducation, un meilleur accès à la santé, etc. Les Nations unies ont mis en avant que le développement durable, c’est avant tout la lutte contre la pauvreté. Les gens qui sont pauvres ne peuvent pas porter la même attention à leur environnement que les gens qui sont relativement à l’aise. . Comment concilier les impératifs de développement infinis et les ressources finies?- Je crois que l’on peut réduire la consommation de quelques ressources, utiliser des technologies plus propres, réduire les déchets. A l’heure actuelle, on consomme beaucoup trop. Il y a des gisements énormes d’économie à faire en termes de consommation et de gestion des déchets. Il est clair que l’on peut réduire notre train de vie sans trop de difficulté, je dirais de 30 à 50%.. Prenons l’exemple du Maroc. Est-ce que la marge de manœuvre en matière de développement durable n’y est pas limitée?- Je crois que tous les citoyens, marocains ou français, ont une marge de manœuvre étroite. On est tous limités par une économie où les décisions sont prises à un niveau international. Mais nous pouvons toujours avoir un impact sur les décisions prises par nos pays. J’insiste sur le fait que l’idée de développement durable est un projet de société. Ce n’est pas seulement de la technologie, c’est avant tout une question de comportement des citoyens: la manière avec laquelle on consomme, comment on voit le développement. . Quelles idées pourrait-on appliquer au Maroc?- Je crois que l’une des grandes leçons du développement durable, c’est qu’il ne faut pas attendre que tout vienne de l’Etat. Les gens doivent aussi se prendre en main. Il existe en Europe des associations qu’on appelle les «Agendas 21 locaux» (ndlr: il s’agit d’un programme de lutte contre la pauvreté et de protection de l’environnement adopté par la déclaration de Rio). Ces associations réunissent industriels, agriculteurs, simples citoyens, etc. Ils discutent en commun de l’avenir, de ce qu’on va faire par exemple dans la ville: gestion de l’eau, organisation des espaces verts, gardiennage des enfants, etc. Ce sont des choses aussi diverses que cela. Je pense que de telles associations peuvent tout aussi bien exister au Maroc.


    Bio expresse

    CHRISTIAN Lévêque est directeur de recherches et délégué de l’environnement de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Océanographe de formation, il s’est intéressé à l’impact des activités humaines sur la biodiversité des fleuves et des lacs. Depuis la conférence de Rio en 1992, Il suit l’évolution des recherches sur le développement durable. Il est auteur et coauteur de nombreux livres. La conférence qu’il a animée à Rabat s’est appuyée sur son dernier ouvrage, «Développement durable. Avenirs incertains» (Dunod-IRD), qu’il a coécrit avec le journaliste scientifique Y. Sciama.Propos recueillis parZakaria CHOUKRALLAH

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