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Dans la rue : Saucisses à l'Opéra

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


Pendant une représentation à l'Opéra de Vienne, ceux qui se trouvent devant et derrière le rideau sont dans deux mondes différents. Mais à la fin du spectacle, ils se retrouvent tous devant cette véritable institution viennoise qu'est le "würstelstand".

Traduit littéralement, le mot signifie "vendeur de hot dogs", ce qui ne rend pas justice aux qualités et aux nuances que ces petites baraques ajoutent à la vie de la ville. On en compte environ 300. On les trouve partout, la plupart du temps dans les zones très fréquentées par les piétons. Les saucisses et les pepperoni (tout comme la bière, les sodas et les sucreries) sont vendues sous différentes formes. Mais le principal attrait du würstelstand réside dans la combinaison de trois éléments: la possibilité de se restaurer rapidement, de rencontrer des gens à pratiquement n'importe quelle heure -bravant les heures de fermeture, et de parler facilement avec eux.

Le würstelstand situé derrière l'Opéra est ouvert non-stop sauf entre 4 et 7 heures du matin -et chaque jour de l'année, sauf la veille de Noël. Trois équipes se succèdent: les clients de Michaela viennent prendre leur petit déjeuner et commander des sandwiches "saucisson-cornichons" pour le déjeuner qu'ils prendront au bureau. L'après-midi, Christa, sa mère, prend le relais, et après 22 heures, c'est Rudi qui dirige l'équipe de nuit.

"Ce n'est pas une très bonne soirée pour l'Opéra aujourd'hui, déclare Rudi d'un air songeur, vers 22h30, vous savez, il y a juste un ballet, et puis il fait trop froid dehors. Mais il y a quelquefois ici 30 et même 40 personnes qui mangent, boivent ou traînent".

Tout en servant une spécialité à l'air bizarre à des touristes japonais pleins de curiosité- des "Leberkas", ou fromage de foie, qui ne contient ni fromage ni foie, il décrit ses clients. "J'en ai de toutes sortes. Des comptables, des étudiants, des amoureux et des fonctionnaires à la retraite. Des Japonais, bien sûr, parce qu'ils adorent l'opéra. On voit beaucoup d'Espagnols en ce moment, moins d'Italiens qu'il y a quelques années -mais ils adorent essayer des choses qu'ils n'ont pas l'habitude de manger. Quelquefois, il y a des groupes de Suisses qui viennent avec des tickets-repas fournis par leur agence de voyages. Les gens qui descendent à l'Hôtel Sacher, à côté, sont des clients réguliers. Ils envoient les chasseurs chercher des saucisses à leur place".

Les saucisses frémissent dans une poêle qui semble éternellement emplie de graisse et qui laisse échapper des nuages de fumée chaque fois que l'on en ajoute de nouvelles.

C'est peut-être l'odeur unique d'épices et de graisse, acide et douceâtre qui rend un würstelstand si différent de tous les autres lieux de restauration rapide (également de plus en plus nombreux à Vienne, mais qui se développent à un rythme moins rapide que dans la plupart des autres villes). Mais boire et manger ne sont qu'une partie du plaisir. "Beaucoup de gens viennent juste pour discuter avec moi, déclare Michaela, quelquefois, je me sens un peu comme le prêtre dans son confessionnal". Une fois, on lui a parlé du scandale d'un détournement de fonds portant sur des millions de schillings, mettant en cause un employé de la plus grande société de vente aux enchères d'Autriche -quelques jours avant que la presse ne soit mise au courant.

Un jour, le würstelstand situé derrière l'Opéra a dû ouvrir ses portes à un intérimaire un peu particulier: le ténor José Carreras avait perdu un pari au cours du plus grand talk-show d'Allemagne et d'Autriche. Pour s'acquitter de sa dette, il avait accepté de servir des saucisses et de la bière à la baraque de l'Opéra pendant une heure. Trois heures plus tard, il s'y trouvait encore.

Michael Freund,
Der Standard,
Autriche

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