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Culture

Cycle de conférences en stratégie organisé par L’Economiste
«Hier, la guerre était impérialiste, aujourd’hui, elle est séparatiste»

Par L'Economiste | Edition N°:2237 Le 20/03/2006 | Partager

. La faillite des Etats en est la raison. L’ONU a besoin d’une armée internationale détachée des EtatsDEPUIS la naissance de l’Etat-nation, le monde a connu de grandes ruptures systémiques qui l’ont conduit de la multipolarité à la bipolarité et enfin à l’unipolarité. A travers ces vicissitudes, la guerre expression privilégiée des rapports interétatiques, a-t-elle changé de visage? Oui, répond l’éminent spécialiste des conflits armés, le colonel Jean-Louis Dufour, qui s’exprimait lors d’une conférence organisée, le jeudi 17 mars, par L’Economiste sur le thème «les nouvelles formes de la guerre». Il situe la césure au niveau du deuxième conflit majeur. «Avant 1939, quatre conflits sur cinq étaient des conflits interétatiques. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la tendance s’est radicalement inversée». La nouvelle tendance, qui consiste en une prolifération des conflits internes, s’explique, selon le conférencier, par cinq facteurs. Le premier, de nature juridique, se résume dans l’interdiction de la guerre par le droit international, sauf dans les cas de sécurité collective et de légitime défense prévus par la Charte des Nations unies. Cette interdiction, qualifiée «d’injuste» par Dufour parce qu’elle ne s’applique qu’aux petits Etats, a conduit certains Etats à maquiller leur intervention dans un Etat souverain en conflit interne. Le deuxième facteur, d’ordre politique, a trait à la démocratisation des systèmes politiques conduisant à des actions mieux réfléchies de la part des Etats et un recours au juge pour régler les différends. La stratégie explique aussi la raréfaction des conflits interétatiques dans la mesure où la fin de la guerre froide a mis un terme à une époque où les Etats comptaient sur le soutien des deux superpuissances. Le facteur technique a engendré une asymétrie de la puissance militaire entre les Etats-Unis et les autres Etats. Aujourd’hui, aucun Etat ne peut affronter les Américains dans une guerre conventionnelle. L’arme nucléaire est aussi un puissant facteur de dissuasion du recours à la guerre. Le renforcement des relations économiques internationales avec pour corollaire une meilleure coopération entre Etats, peut également constituer un facteur explicatif quoiqu’un peu moins sûr que les autres. Donc, le constat actuel est que les Etats ne sont plus les principaux acteurs des guerres qui enflamment la planète. «Hier, la guerre était impérialiste, aujourd’hui, elle est séparatiste», explique Dufour. Dans plusieurs parties du globe, des groupes de population luttent pour se séparer de leur Etat. Les raisons peuvent être culturelles ou religieuses (cas de la région de Xinjiang en Chine) mais la plupart du temps, des cas économiques (conflit du Biafra, d’Angola, du Soudan, d’Irak, d’Indonésie…). Les sociétés privées de sécurité sont également des acteurs de la guerre moderne. Elles prennent en charge des besognes telles que la nourriture des soldats et l’entretien des logements et véhicules militaires. En Irak, l’armée américaine, qui a recouru à ce système, a délégué l’interrogatoire des prisonniers à des mercenaires, ce qui constitue un dérapage aux yeux du colonel. Idem pour le conflit au Kosovo où des soldats privés ont joué le rôle de police américaine. «Il faut que les Etats se gardent leurs compétences», a martelé Dufour. De plus en plus civile, la guerre aujourd’hui se déroule de plus en plus souvent en ville. Beaucoup de pays ont des mégalopoles de plusieurs millions d’habitants. Ceci fait de la ville un cadre privilégié pour atteindre un grand nombre de personnes, tout en neutralisant les systèmes de défense qui ne sont pas adaptés à cette technique de combat. «On ne détruit pas un réseau terroriste à coups de missiles de croisière», précise l’expert. Handicapés par des soldats qui détestent la guerre en ville, les Etats, du moins les plus riches, tentent maladroitement de résoudre ce problème en créant des forteresses ou des camps retranchés. En réalité, le changement de la configuration et du rôle de l’armée est la meilleure solution pour s’adapter à ces nouvelles formes de la guerre. Aujourd’hui, les armées efficaces se distinguent par des effectifs restreints hautement qualifiés et capables d’atteindre leur objectif quel que soit le degré de difficulté. Les Etats parient de plus en plus sur des groupes d’élites pour traquer les terroristes ou pour faire face à des bandes armées qui utilisent des armes légères. Il s’agit souvent d’une poignée d’hommes polyglottes qui maîtrisent les nouvelles technologies d’information et capables de s’infiltrer dans les zones de l’ennemi sans se faire remarquer. Dans les années à venir, la faillite des Etats conduira à l’exacerbation de ces nouvelles tendances. Les populations laissées-pour-compte présentent un important risque belliciste. L’ONU est appelée à renforcer son rôle dans la prévention et la gestion des conflits. Pour l’instant, elle n’a pas les moyens de ses ambitions. Les forces de maintien de la paix qui ne sont qu’une juxtaposition d’Etats sont loin d’être efficaces. «L’Organisation mondiale a besoin d’une armée internationale détachée des Etats, ce qui reste pour l’instant un vœu pieux», constate Dufour


Existe-t-il une guerre économique?

LA guerre économique est un abus de langage. En tant que polémologue, Jean-Louis Dufour, estime que le terme «guerre» est plus approprié au contexte de conflit armé. «Les victimes de la guerre économique ne sont pas des morts mais des chômeurs», déclare le colonel sur un ton humoristique. Ceci n’empêche pas l’existence de différends économiques qui peuvent conduire les Etats à recourir à l’intelligence économique. Beaucoup plus qu’un terrain d’affrontement, le business est l’opportunité pour prévenir les conflits à travers la mise en place d’un système économique plus juste et mieux équilibré.Morad EL KHEZZARI

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