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Crédit à la consommation: «Un observatoire bien construit peut être un formidable outil de pilotage«Entretien avec Michel Mouillart, directeur scientifique de l'Observatoire de l'Endettement des Ménages en France

Par L'Economiste | Edition N°:986 Le 30/03/2001 | Partager

. L'approche globale et uniforme peut être la pire des erreurs. La confiance dans la relation prêteur-emprunteur permet de détecter à temps les incidents de paiement. Il n'y a pas d'instrument de mesure fiable et précis qui permette de dire si le ménage est surendetté ou pas- L'Economiste: Le secteur du crédit à la consommation vit mal sa transition. L'assainissement, les règles prudentielles, les réformes l'ont essoufflé. Comment l'expert que vous êtes diagnostique le mal?- M. Michel Mouillart: Tout le monde prend conscience aujourd'hui du rôle et du poids du crédit à la consommation. Chacun, à sa façon, le découvre. Le consommateur parce qu'il a accès à un produit qui lui permet de dépenser plus vite. Les établissements distributeurs parce qu'ils sont obligés de modifier leurs pratiques et leurs habitudes. Ils sont contraints comme dans d'autres pays de mettre en place des codes de bonne conduite, d'améliorer et développer leurs pratiques de contrôle, de gestion, de vérification... Et enfin, les pouvoirs public parce qu'ils sont confrontés à une situation qui demain peut venir contrarier des projets ou des décisions déjà prévus.Ce que vit aujourd'hui le secteur au Maroc, nous l'avons vécu en France un peu plus tôt.- Quelles sont les erreurs à éviter?- L'erreur fondamentale est de croire qu'il est possible de traiter les problèmes globalement et d'une manière uniforme. Sur quelle base pouvons-nous dire que 40% du revenu, c'est trop élevé? Si l'on traite de façon globale et authentique une famille avec cinq enfants et un célibataire. Ce dernier supportera sans difficulté, aucune, les 40%, voire plus. Une famille avec cinq enfants ne peut pas vivre avec ce qui lui restera. S'il y a un conseil à donner, c'est d'éviter toutes ces erreurs que les autres ont déjà commises, c'est-à-dire l'approche globale, uniforme, indifférenciée... Il faut pouvoir observer, connaître. - Mais c'est du traitement au cas par cas que vous nous conseillez!- Non. Au début, nous sommes tentés de le faire. Mais le cas par cas est trop lent et trop cher. Avec de bons systèmes d'information, il est possible de créer des sous-populations homogènes, qui présentent des caractéristiques identiques. C'est une réflexion qui tient compte des grandes différences qui peuvent s'observer au sein de la population. Le milieu rural ne s'endette pas comme le milieu urbain. La notion de solidarité familiale est plus forte dans le premier. Donc le rapport à l'endettement sera aussi très différent. Le risque n'est pas évalué de la même manière, il y a d'autres données qui entrent en jeu: la composition de la famille, l'âge du chef de ménage, les comportements, les traditions...En Europe, il est remarqué que des ménages assez fortement endettés, mais uniquement avec des crédits immobiliers, n'ont presque jamais aucun problème. Tout simplement parce qu'ils ont préparé leur projet. L'habitude, la préparation, la pratique de l'effort régulier d'épargne est la meilleure des protections qui puisse être imaginée pour éviter les difficultés de paiement. Sans habitude d'épargne, le recours immédiat au crédit peut être un bel instrument, mais il peut aussi être le pire des services rendus à l'emprunteur. Evidemment, il ne faut pas non plus exagérer. Cela dépend aussi du montant emprunté, du type ou de l'âge du ménage. A titre d'exemple, un jeune ménage en milieu urbain va s'endetter au maximum pour acheter la voiture, la télévision, le réfrigérateur... et cela passera sans difficultés majeures. Pourtant, selon les critères mis en place, il est surendetté. - Quelle est l'importance de la confiance dans la relation prêteur-emprunteur?- Elle est fondamentale. La confiance, l'habitude de se parler, se rencontrer, se connaître, crée un lien autre que celui du remboursement de l'emprunt et de la gestion de la ligne de crédit. Cela explique que beaucoup d'établissements américains qui ont voulu s'implanter dans les pays de l'Union Européenne et avaient toute la technologie pour réussir ont échoué à cause de leurs défaillances en pratiques relationnelles. Le relationnel est la force des grands réseaux bancaires ou mutualistes en France. Il faut savoir entretenir une relation qui dure dans le temps.Cela a aussi un avantage considérable: permettre de diagnostiquer très tôt, en conservant des rapports de confiance, l'éventualité d'incident de paiement. Les professionnels marocains le savent très bien, si le problème est traité dès le premier ou le deuxième incident de paiement, le dossier est sauvé. Une fois les montants accumulés, la situation devient ingérable.- Vous êtes d'accord sur les potentialités du secteur au Maroc- Oui. Il y a des modèles de comportement. Maintenant est-ce que cela signifie que la potentialité dépend du modèle, peut-être. Il est clair qu'un pays qui a une population jeune aura plus tendance à consommer du crédit. Mais cela tient aussi aux habitudes sociologiques. Les rapports de crédit diffèrent entre les pays du Nord et ceux du Sud. Dans les premiers, la pratique est avant tout une pratique d'épargne. Le crédit n'est consommé qu'après. Autrement dit, le crédit est utilisé pour augmenter la possibilité que l'épargne a offerte. Dans le Sud, c'est l'inverse: l'itinéraire suivi est consommer d'abord, épargner ensuite.C'est un ensemble de phénomènes démographiques et sociologiques profonds qui renvoient à l'histoire et aux traditions. A cela s'ajoutent les situations économiques. Dans tous les pays comme le Maroc, la modification du cadre législatif et réglementaire du secteur s'accompagne toujours d'une explosion de l'offre.- Quel est le rôle d'un observatoire de l'endettement des ménages?- Son rôle est radical. Il permet de disposer de cette photographie complète, détaillée et la plus objective possible pour pouvoir déceler les évolutions pour les uns et les autres. Et par là, identifier les moments où les problèmes apparaissent. Des observatoires bien construits constituent un formidable outil de pilotage. Des analyses permettent de distinguer quelle catégorie de ménage réalise un recours excessif à tel type de crédit. Cela permet de détecter un problème nouveau ou une faiblesse quelconque. Les exemples ne manquent pas. C'est un véritable baromètre. Un révélateur en instantané des aspirations et des problèmes que les ménages rencontrent avec l'endettement. - Quels sont à votre avis les meilleurs garde-fous au surendettement?D'abord, le surendettement est relatif. Il dépend des conventions de mesure prises. Toute la difficulté est de trouver l'instrument de mesure fiable et précis qui, sans risque, permet de dire si le ménage est surendetté ou pas. Le critère de mesure est certainement important, mais l'appréciatif et le déclaratif (ce que permet l'Observatoire), sont tout aussi importants. Un observatoire a plus de visibilité et peut plus facilement aborder la question de mal-endettement.


52% des ménages français endettés

Observatoire de l'Endettement des Ménages français a été créé il y a une douzaine d'années par les sociétés de crédit de la place. A l'époque, la France connaissait une nouvelle période économique qui s'accompagnait d'une modification du comportement des consommateurs. Le dispositif législatif n'était pas encore complet. Il y avait donc un besoin de légiférer, connaître, comprendre et analyser. L'Observatoire publie une enquête chaque novembre. La dernière en date fait ressortir que 52% des ménages français sont endettés. «Ce n'est pas beaucoup comparé aux montants des encours en Europe«, commente M. Mouillart. Plus de la moitié de ces ménages ont contracté des crédits pour financer l'achat d'un véhicule de transport. Un peu moins de 40% s'endettent pour financer l'équipement électroménager. Les autres ont recourt au crédit pour financer des dépenses de la vie courante (grosses factures, soins médicaux...). Des recherches de ce type permettent de réaliser des projections de consommation (équipements, automobile, loisirs, produits d'épargne...). Il existe des ménages qui prennent des crédits tous les mois pour pallier des charges différentes. Selon les chiffres de l'Observatoire, 3 à 4% des ménages français correspondent à cette catégorie, ce qui représenterait quelque 900.000 familles. . Et les fonctionnairesA fin 2000, 238.000 fonctionnaires étaient endettés en crédit à la consommation. Le phénomène du surendettement des fonctionnaires a marqué un net ralentissement ces deux dernières années suite aux efforts déployés conjointement par les sociétés de financement et la DRPP (Direction de la Rémunération et du Paiement des Pensions) pour dresser les garde-fous. Selon M. Khalid Safir, chargé de la DRPP, environ 37.000 fonctionnaires avaient un salaire net mensuel inférieur à 1.000 DH à fin décembre 2000. Ce montant ne comprend pas les allocations familiales et les indemnités représentatives des frais. Deux ans auparavant, ils étaient 77.000 dans une situation similaire. Le montant total des crédits à la consommation octroyés à cette population durant l'exercice clos est de 3,3 milliards de DH. Le montant total versé par la DRPP aux sociétés de financement en 2000 s'élève à 3,4 milliards et le restant dû (intérêts compris) est de l'ordre de 8,1 milliards. Un projet de loi pour limiter le taux d'endettement des fonctionnaires et agents de l'Etat attend d'être adopté. Il sera soumis à la prochaine session parlementaire. oPropos recueillis par Hanaâ FOULANI

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