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    Tribune

    Corruption: La grande lessive

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    par Rachid Haboub(*)

    La démocratie, c'est le vote, la liberté, mais aussi une justice qui sévit, même sur les politiques. Ceux-ci doivent envier la "sérénité" de leurs homologues de ce côté-ci de la Méditerranée.

    Décidément, la morale et la politique ne font pas toujours bon ménage. En France, chaque semaine qui passe apporte son lot de révélations sur les indélicatesses de certains hommes publics. Convaincu de corruption, d'abus de biens sociaux et de trafic d'influence, l'ancien maire de Nice, Jacques Médecin, vient d'être extradé par la Justice uruguayenne et remis aux autorités françaises après une longue cavale qui l'avait conduit de Tokyo à Punta del Este. Michel Noir, ancien Ministre du Commerce Extérieur pendant la cohabitation Mitterrand-Chirac et maire de Lyon, a depuis quelques mois de sérieux démêlés avec la Justice pour cause de financement illégal de sa campagne électorale. En l'espace de quelques 5 semaines, pas moins de trois ministres du gouvernement Balladur - Michel Carignon, Gérard Longuet et Michel Roussin - ont été contraints de démissionner, suite à leur mise en examen pour des affaires du même type.

    En Italie, c'est un véritable déluge d'affaires auquel on assiste depuis que l'opération "mains propres" a été lancée en 1992 par une poignée de juges résolus à en finir avec la corruption. Dans un pays où la combine est pratiquement ancrée dans la vie quotidienne, l'opinion publique, bien que touchée par la détermination de ces magistrats et approuvant leur actions eut tout d'abord du mal à croire qu'ils pourraient véritablement tailler dans le vif.

    Tout au plus, pensait-on, on ferait payer quelques lampistes. Il n'en fut rien. Comme galvanisés par le soutien que la presse et leurs concitoyens leur apportaient, les juges n'ont pas fait dans la dentelle: 4.600 mandats de détention préventive, 2.500 ouvertures d'enquêtes, dont 520 concernant des parlementaires. Assurément, c'est la grande lessive. Dans le lot, du menu fretin sans doute, mais aussi de gros, de très gros poissons qu'en d'autres temps on aurait pensé intouchables. Jugez-en: Bettino Craxi, ancien numéro un du Parti Socialiste, Arnaldo Forlani, ancien patron de la "Démocratie Chrétienne" Paolo Pomicino, ex-ministre du Budget, Julio Andreotti, ancien président du Conseil, aujourd'hui inculpé pour avoir frayé avec la mafia.

    Même Silvio Berlusconi, encore tout auréolé par la récente victoire électorale qui vient de le propulser à la tête du gouvernement, n'échappe pas à la vague déferlante déclenchée par l'opération "mains propres"; faisant l'objet d'un avis d'ouverture d'enquête, il a dû subir, début décembre, un interrogatoire de plus de sept heures.

    En fait, indépendamment du lieu où elles éclatent, ces affaires politico-financières sont regrettables, car elles éclaboussent la classe politique dans son ensemble et altèrent son image. Elles minent le civisme et lézardent la cohésion sociale. Elles contribuent à accréditer l'idée que les institutions démocratiques sont entièrement vermoulues et que, face à un système d'organisation socio-politique qui ne serait qu'une vaste duperie, l'abstentionnisme est la seule attitude à avoir pour ceux qui ne veulent pas se compromettre.

    Mais paradoxalement, elles sont en même temps salutaires, en ce sens qu'elles montrent qu'aucun individu n'est au-dessus des lois, quel que soit son rang social et quelles que soient ses responsabilités politiques.

    Elles témoignent du fait que dans les systèmes démocratiques les responsabilités des hommes publics confèrent des droits, mais aussi des devoirs, et qu'en cas de dérive il existe des contre-pouvoirs capables de mettre le holà. La démocratie, c'est bien évidemment le suffrage universel, les représentations nationale et locale, la liberté d'expression; mais c'est aussi et surtout un dispositif de contre-pouvoirs, au premier rang desquels se situe le système judiciaire.

    C'est tout à l'honneur des magistrats français et italiens que ces affaires aient éclaté, même si l'on peut regretter que celles-ci aient parfois été médiatisées à l'excès, conduisant l'opinion publique à considérer souvent la mise en examen comme une preuve de culpabilité.

    Et si, dans le cadre de ces affaires, le reproche a parfois été fait aux magistrats de violer le secret de l'instruction et de se laisser aller aux confidences avec les médias, il faut bien comprendre que, le plus souvent, leur motivation n'est pas le sensationnalisme ou le désir de jeter aux orties telle ou telle personnalité pour des raisons partisanes. Il s'agit en fait d'une réaction, d'une défense de la part d'une profession qui considère sans doute que la médiatisation est le meilleur rempart contre les pressions dont elle est l'objet de la part de ceux qui souhaiteraient que ces affaires soient étouffées.

    Loin de ces tumultes européennes nos hommes politiques, nos élus nationaux et locaux font figure d'enfants bien sages. Pas une affaire pour venir troubler le quotidien de ces serviteurs de l'intérêt commun et, n'était-ce la platitude du discours de la plupart d'entre eux, on nous les envierait presque de l'autre côté de la Méditerranée. Il convient de prendre garde aux sépulcres blanchis.

    (*)
    Docteur en économie, fonctionnaire.

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