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Comment la Chine propulse son élite dans la modernitéPar Pierre HASKI

Par L'Economiste | Edition N°:1437 Le 15/01/2003 | Partager

Encore un cliché chinois à ranger aux oubliettes: l'image classique de ces hommes et femmes faisant, dans les parcs des grandes villes, les gestes lents et élégants du taichi, une gymnastique traditionnelle chinoise, est désormais l'apanage des plus vieux. Exit la tradition, bienvenue à l'Alexander City Club, qui a ouvert ses portes quelques jours avant Noël à Shanghai.En plein coeur du nouveau quartier branché de Xintiandi (qui signifie «Nouveau Monde«), à l'intérieur de l'ancienne concession française de Shanghai, ce club de gym est d'un raffinement et d'un luxe à couper le souffle. A l'Alexander City Club, il n'y a pas que les vélos fixes, machines à exercices et autres tapis roulants pour joggers, tous, bien sûr, dotés d'un écran de télévision extraplat et entrecoupés d'une batterie d'ordinateurs pour consulter ses e-mails entre deux efforts... Tout est fait, aussi, pour l'apaisement de l'homme d'affaires stressé, les boiseries sombres, les fauteuils confortables, les salles de massage et les jaccuzis, les salons de thé ou bars à jus de fruits.. Difficile de jouer les blasésPour l'inauguration de ce club, situé dans un bâtiment futuriste qui contient également une salle de cinéma, des restaurants «fusion« et des magasins haut de gamme, il y avait foule ce samedi soir shanghaien. Sur un podium, pères Noël et animateurs athlétiques du club de gym dansaient aux sons de la techno, et le champagne (chinois) coulait à flots... Dernier détail piquant de cette dernière innovation chinoise: l'Alexander City Club appartient à une société venue de... Taïwan, l'île considérée comme «rebelle« par la Chine populaire. Et il est installé à deux pas de la maison où fut fondé le parti communiste chinois, il y a plus de 80 ans, rénovée en musée à la gloire du PCC par le même promoteur hongkongais qui a transformé Xintiandi en quartier chic et cher.Difficile de jouer les blasés à Shanghai. Cette métropole de 16 millions d'habitants, qui vient de se voir attribuer l'Exposition universelle de 2010, fonce à toute allure dans ce XXIe siècle à peine entamé. En dix ans, elle a changé de visage, et la densité des gratte-ciel construits pendant cette décennie est impressionnante. Et ce n'est pas fini: de nouvelles tours continuent de pousser à Pudong, le quartier futuriste érigé là où il n'y avait autrefois que marécages et villages de pécheurs. Le 11 septembre n'a semble-t-il pas «tué« le projet d'un promoteur japonais d'y ériger le plus haut gratte-ciel du monde, non loin de la «perle de l'Orient«, la tour des télécoms que tous les provinciaux viennent admirer comme symbole du nouveau Shanghai.A Pudong, il suffit de se rendre à l'hôtel Grand Hyatt pour voir le Shanghai d'après-demain. . Rien n'est trop moderne pour ShanghaiLa réception est au 54e étage, et l'hôtel occupe les 30 derniers étages de la tour Jinmao qui domine toute la ville. Asseyez-vous dans un des fauteuils en cuir du bar et levez les yeux: un atrium de trente étages au-dessus de votre tête vous donnera le vertige en un rien de temps.L'audace architecturale a inspiré le célèbre photographe allemand Andreas Gursky, qui a réalisé dans cet hôtel un cliché exposé au MoMa (musée d'art moderne) de New York l'an dernier, au Centre Pompidou de Paris cette année.Rien n'est assez beau ou moderne pour Shanghai: l'année 2002 se termine sur une visite du Chancelier allemand Gerhard Schroeder, qui, en compagnie du Premier ministre chinois, Zhu Rongji, emprunte pour la première fois le Maglev, ce train à sustentation magnétique qui, à plus de 400 km/heure reliera le nouvel aéroport international de Shanghai (signé par l'architecte de Roissy-Charles-de-Gaulle, Paul Andreu) au centre de Pudong. Ironie de cette inauguration: ce train à technologie de pointe allemande n'a jamais été construit nulle part, l'Allemagne elle-même le trouvant trop cher! Mais Shanghai n'a pas rechigné, alors qu'en général, personne n'achète une technologie qui n'est pas employée dans son pays d'origine.Dans les restaurants de Shanghai, qui ne désemplissent pas, on trouve désormais une sophistication, un raffinement comme nulle part ailleurs en Chine, à l'image des grandes métropoles du monde dont elle se veut un peu vite l'égale. A l'heure du brunch, le dimanche matin à «M on the Bund«, un restaurant installé au sommet d'un immeuble de la plus belle artère de Shanghai, avec vue imprenable sur les tours de Pudong, il n'y a pas une table de libre alors que le prix a de quoi faire frémir. Et 80% des clients sont Chinois, pas de riches expatriés occidentaux.Qu'est-ce qui fait courir ainsi Shanghai? Les détracteurs de la ville, et elle n'en manque pas, font valoir que l'ancienne «Paris de l'Orient« des années 30 est devenue la vitrine du développement chinois, une cité de prestige pour bien signifier au monde et aux Chinois eux-mêmes que la Chine s'est «réveillée«. Un prestige d'autant plus recherché que les principaux dirigeants actuels, le Président Jiang Zemin et le Premier ministre Zhu Rongji, ont tous deux été maires de Shanghai, au point qu'on parle en Chine du «Clan des Shanghaiens« qui dirigerait le pays.Les critiques ne manquent pas, non plus, vis-à-vis de cette politique qui privilégie Shanghai au prix fort, alors que l'arrière-pays est encore une zone sous-développée, que l'éducation et la santé sont loin d'être universelles, et que, à Shanghai même, existent des poches de pauvreté extrême. Mais ainsi va la Chine toujours officiellement communiste, qui a fait le choix de propulser une élite dans la modernité, en espérant que le reste du pays suivra selon la doctrine énoncée par Deng Xiaoping, le père des réformes économiques il y a vingt ans.... Identification et nationalismeCette quête de modernité a toutes les apparences de l'occidentalisation. Ainsi, l'émergence du père Noël depuis deux ou trois ans ressemble à un piège commercial comme partout ailleurs, mais il incarne aussi ce besoin d'identification aux pays les plus puissants de la planète économique. S'ils fêtent Noël, on en fera de même en Chine.Le même souci de respectabilité a fait interdire, à Shanghai, des habitudes aussi vieilles que la ville, mais qui ne collaient plus à l'image que veulent projeter ses dirigeants. Ainsi, les Shanghaiens qui, en été, déambulaient dans la rue en pyjama -leur plus beau pyjama- en faisant du lèche-vitrine, ont été priés d'aller se rhabiller. De même, il est désormais interdit d'étendre son linge aux fenêtres à des tiges de bambou, comme tout le monde le faisait jusqu'à ces derniers mois.Le rythme du changement est tellement étourdissant que les protestations sont vaines. Inutile de tenter de défendre les vieux quartiers traditionnels de la ville, les manifestants n'ont pas le temps de se mobiliser que les bulldozers sont déjà à l'oeuvre.Et si les injustices frappent en premier les plus pauvres, à commencer par l'armée de plusieurs millions de migrants de l'intérieur venus travailler sur les chantiers ou dans les usines, ceux-ci n'ont aucune envie de briser la «vitrine«, ils espèrent juste en récupérer les miettes.Mais qu'on ne s'y trompe pas: les apparences de l'occidentalisation vont de pair avec une fierté nationale, voire nationaliste, encouragée par le pouvoir. Le parti communiste chinois, à défaut de disposer d'une idéologie de substitution, brandit le nationalisme comme ciment d'une population habituée aux grands mots d'ordre venus d'en haut. Shanghai joue, de ce point de vue, un rôle central: le succès de la plus grande ville de Chine est censé mettre du baume au coeur de tous les Chinois, même ceux qui, dans leur lointaine campagne, attendent toujours de recueillir les fruits du «miracle«. L'Expo 2010, conquise par Shanghai face à Moscou et des concurrents sud-coréen et mexicain, est venue couronner cette stratégie.

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