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    Attention, les germes de la prochaine crise en vue!
    Par Simon Johnson

    Par L'Economiste | Edition N°:3312 Le 05/07/2010 | Partager

    Les cercles informés sont vivement divisés sur ce que les douze prochains mois réservent à l’économie globale. Ceux qui se concentrent sur les marchés émergents insistent sur l’accélération de la croissance, avec certaines prévisions projetant 5% de croissance de la production mondiale. D’autres, inquiets des problèmes en Europe et aux Etats-Unis, demeurent plus pessimistes et avancent des projections de croissance à 4%; et certains envisagent même un retour de la récession. Le débat est intéressant, mais manque de recul. En réponse à la crise de 2007-2009, les gouvernements de la plupart des pays industrialisés ont mis en place certains des plus importants plans de sauvetage jamais mis en œuvre auparavant pour les grandes institutions financières. Bien sûr, le terme «sauvetage» n’est pas politiquement correct et les hommes politiques préfèrent les termes de «soutien en liquidités» ou «protection systémique». Mais cela revient essentiellement au même: une fois les jetons sur la table, les gouvernements les plus puissants au monde (sur le papier, tout du moins) n’ont eu de cesse de répondre aux besoins et désirs de ces gens qui avaient prêté l’argent aux grandes banques. Et à chaque fois, la logique fut implacable. En effet, si les Etats-Unis n’avaient pas accordé un soutien inconditionnel à Citigroup une première fois en 2008 (sous la présidence de George W. Bush) puis à nouveau en 2009 (sous la présidence de Barack Obama), l’effondrement financier qui s’en serait suivi aurait provoqué une récession globale bien plus profonde et un chômage bien plus élevé dans le monde. De même, si la zone euro ne s’était pas impliquée – avec l’appui du Fonds monétaire international – pour protéger la Grèce et ses créanciers au cours de ces derniers mois, le marasme financier aurait été bien plus profond en Europe et peut-être même au-delà.

    Jouer à «t’es pas cap»
    Dans les faits, les gouvernements et les institutions financières aux Etats-Unis et en Europe ont joué à «t’es pas cap». Les gouvernements disaient «Plus de soutien». Les banques répondaient «Si vous ne nous aidez pas, vous allez au-devant d’une seconde Grande Dépression». Après un temps de réflexion assez bref, les gouvernements ont tous plongé, sans exception. Les créanciers ont été protégés et les pertes du secteur financier ont été transférées sur les finances publiques (comme en Irlande) ou sur la Banque centrale européenne (comme dans le cas de la Grèce). Ailleurs (aux Etats-Unis), les pertes ont été couvertes grâce à une incroyable «indulgence» règlementaire (c’est-à-dire que l’on a sciemment détourné les yeux tandis que les banques reconstituaient leur capital en négociant des titres.) Et cela a fonctionné – dans le sens où la reprise économique est là, même si la relance de l’emploi reste toujours décevante aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe. Quel est donc le problème avec les actions adoptées en 2007-2009, et pourquoi ne peut-on pas envisager une politique similaire au cas où nous serions une fois encore confrontés à une crise de même nature? Le problème vient des incitations: les attitudes et les comportements au sein du secteur financier induites par les renflouements. La protection accordée aux banques et autres institutions financières depuis l’été 2007, et plus largement depuis la faillite de Lehman Brothers et d’AIG en septembre 2008, donne un signal simple. Si vous êtes grand par rapport au système, vous avez plus de chance d’obtenir un soutien gouvernemental généreux lorsque le système dans son ensemble se trouve menacé. La question qui reste en suspens est: à partir de quand est-on assez grand? Il semble que les plus importants fonds spéculatifs recherchent des moyens pour devenir plus grands afin de prendre une «importance systémique». Idéalement – selon eux – ils vont s’étoffer sans attirer l’attention des régulateurs, c’est-à-dire qu’aucunes limites ex ante ne sera imposée sur leurs activités à risque. Si tout se passe bien, ces fonds spéculatifs – et, bien sûr, les banques qui sont déjà sans aucun doute trop grandes pour échouer – seront largement gagnantes.Si, bien sûr, cela ne se passe pas bien, tout ce qui est trop grand pour échouer – ou qui aura prêté aux entreprises trop grandes pour échouer – s’attendra à recevoir la protection du gouvernement. Et cette expectative fait baisser le coût du crédit pour les mégabanques aujourd’hui (comparé à leurs concurrents qui sont suffisamment petits pour être probablement autorisés à faire faillite). Toutes les institutions financières sont ainsi donc fortement incitées à grossir (et à emprunter plus) dans l’espoir de devenir plus grand et donc plus sûr (du point de vue des créanciers, non d’un point de vue social.) Que l’économie mondiale connaisse maintenant une croissance de 4 ou de 5% est important mais cela n’affecte pas nos perspectives à moyen terme. Le secteur financier américain à reçu un soutien inconditionnel et ne se voit imposer actuellement aucune re-régulation significative. Nous nous préparons donc sans aucun doute à un autre boom fondé sur une prise de risque inconsidérée et excessive au cœur du système financier international. Et cela ne peut se terminer que d’un seule façon: mal.

    Faire machine arrière

    Les principaux décisionnaires américains s’accordent sur le fait que le système incitatif est un problème. Leurs homologues européens se refusent pourtant à discuter ouvertement de ces questions. Mais la rhétorique de la Maison-Blanche et du Trésor américain est «nous avons mis fin aux banques trop grandes pour échouer» avec la réforme financière actuellement présentée devant le Congrès et qui sera probablement signée par Obama d’ici un mois. Ce n’est malheureusement pas le cas. Pour ce qui est de la taille excessive des banques et de ce que cela implique de risques systémiques, les sénateurs Ted Kaufman et Sherrod Brown ont œuvré pour imposer un seuil limite sur les plus grandes banques assez similaire à l’esprit original de la «loi Volcker» proposée par Obama lui-même en janvier 2010. Dans une incroyable volte-face, et pour des raisons qui restent assez mystérieuses, l’administration Obama a fait machine arrière. Selon un responsable du Trésor, «si la loi Brown-Kaufman était passée, elle aurait impliqué le démantèlement des six plus grandes banques américaines. Si on y était allé, c’est ce qui se serait passé. Mais on a reculé, et rien ne s’est passé». Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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