×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

International

Arabie saoudite, une grande politique arabe
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3181 Le 30/12/2009 | Partager

Au Liban et en Syrie, la France, conformément au mandat que la Société des Nations lui avait confié, le 25 avril 1920, de mener ces pays à l’indépendance, a plus construit que détruit. Paris avait, toutefois, cru bon de constituer le «Grand Liban», proclamé à Beyrouth le 1er septembre 1923, sur les marches de la Résidence des Pins(1). Ce nouveau Liban, devenu «grand» pour être viable, comprenait dans ses nouvelles frontières, outre le mont Liban et 220 km de rivages, le port de Tripoli et le Nord-Liban, ville et terres considérées comme syriennes.Du coup, la Syrie indépendante, nonobstant l’intangibilité proclamée des frontières héritées de la colonisation, s’est longtemps refusée à reconnaître le Liban tel qu’il est admis par la communauté internationale. Les relations libano-syriennes en ont souffert, Damas ayant vite considéré que le pays du Cèdre faisait partie de son hinterland et qu’il lui revenait le droit d’y exercer son influence, d’y faire régner sa loi, d’exploiter ses richesses, qu’elles fussent agricoles, humaines ou même financières. Le 13 août 2008, un échange d’ambassadeurs était enfin décidé. 18 mois plus tard, l’opération n’est toujours pas formellement officialisée. Le 22 décembre, «L’Orient Le Jour», quotidien libanais d’expression française, l’a qualifiée de «blague sinistre» puisque l’ambassadeur syrien ne vient pratiquement jamais à Beyrouth et que le local prévu pour abriter son ambassade est, toujours selon le même journal, «un désert des Tartares».Dans ces conditions, la visite à Damas du nouveau Premier ministre libanais, Saad Hariri, les 19 et 20 décembre, qui a succédé à celle du président Michel Sleiman le 12 novembre, retient l’attention. Les plus sceptiques parlent d’acte d’allégeance, les optimistes espèrent une normalisation des rapports syro-libanais, les réalistes voient dans cette rencontre un renouveau de l’influence syrienne. Les uns et les autres n’ont pas tout à fait tort mais ils n’ont pas, non plus, tout à fait raison! Le contexte a changé. L’Arabie saoudite, hier encore outrée par l’assassinat le 14 février 2005 de Rafik al-Hariri, naturalisé saoudien pour services rendus au Royaume, et père de l’actuel Premier ministre libanais, s’est réconciliée avec la Syrie. Toujours très actif au Liban, Riyad a joué de son influence pour que le fils Hariri prenne le chemin de Damas, lui qui ne s’y était jamais rendu et qui n’avait cessé, ces dernières années, de dénoncer les grossières violations syriennes de la souveraineté libanaise. De son côté, son allié au sein du «Mouvement du 13 mars», Walid Joumblatt, chef de la communauté druze, dont le père Kamal fut, lui aussi, assassiné par les Syriens en mars 1977, a également rendu les armes, déclarant sur Al Jazeera vouloir s’excuser de ses attaques contre le régime syrien. Ces retournements politiques ne doivent pas surprendre tant ils sont inhérents aux relations byzantines qui président aux destinées du Levant depuis des temps immémoriaux. Saad Hariri aurait promis au président syrien de faire cesser les campagnes de presse hostiles à son pays et de renoncer lui-même à politiser l’impasse dans laquelle s’enlise le tribunal international chargé d’enquêter sur l’assassinat de son père.Damas peut être satisfait. Sans le Liban qui lui offre un marché, du travail pour ses chômeurs, un espace stratégique, une large ouverture sur la Méditerranée et de confortables revenus financiers, la Syrie n’est qu’un petit pays, pauvre, sans pétrole, sans véritable importance, donc sans influence. Dès lors que les Libanais se soumettent, tout rentre dans l’ordre.

Les dessous d’un rapprochement syro-libanais
Mais ce retour de l’influence syrienne au Liban, s’il répugne à un grand nombre de Libanais, ne plaît pas non plus au Hezbollah et à l’Iran, son protecteur. L’accolade damascène dépasse évidemment le problème de la sempiternelle sujétion libanaise. Pour contrer l’influence croissante de l’ex-Perse au Proche-Orient, Riyad conduit une grande politique arabe, articulée autour de trois axes: normalisation des rapports libano-syriens, signature d’un accord de paix entre la Syrie et Israël à négocier via la Turquie, réintégration de la Syrie dans le camp arabe ayant pour corollaire sa rupture avec l’Iran et avec la milice du Hezbollah. Ce dernier ne s’y est pas trompé. On le dit inquiet de voir le président Bachir Al Assad embrasser son ex-ennemi Saad Hariri. Certains, à Beyrouth, accusent les hommes de main du Hezbollah d’avoir attaqué, à Tripoli, aux armes légères, un autobus de travailleurs syriens, le 21 décembre, le lendemain de la visite d’Hariri à Damas. Le Hezbollah, qui s’en défend, aurait voulu torpiller cet apparent renouveau syro-libanais qu’il ne se serait pas comporté autrement(2). Les motifs ne manquent pas. On parle à Beyrouth d’un engagement du président Assad auprès du Premier ministre libanais d’interdire les convois d’armes à destination du Hezbollah. Celui-ci, pour ne pas être en reste, aurait ordonné aux entreprises qu’il contrôle, tant à Beyrouth qu’au Liban-Sud, de cesser d’employer des Syriens, soupçonnés d’être des agents. Manifeste est l’aggravation des relations entre Damas et le Hezbollah; celui-ci est allé jusqu’à faire venir des travailleurs du Bengladesh pour remplacer des Syriens dans lesquels il n’a plus confiance.L’évolution en cours des rapports syro-libanais, sous l’égide de Riyad et de Washington, préoccupe aussi l’Iran. Au moment où la tension s’accroît avec les Etats-Unis, Téhéran veut pouvoir compter sur le Hezbollah pour mener des représailles contre Israël, si l’Etat hébreu et les Etats-Unis devaient un jour décider de bombarder les sites nucléaires iraniens. Le ministre iranien de la Défense, Ahmed Vahidi, s’est rendu récemment en Syrie où il a signé un pacte de défense mutuelle dirigé contre «les ennemis et défis communs». Sans doute Téhéran entend-il signaler à Washington qu’il dispose toujours de leviers utiles dans la région. De son côté, Saad Hariri doit aller bientôt en Iran tenter d’échanger la coopération gouvernementale du Hezbollah contre la sauvegarde des intérêts iraniens au Liban.Rien n’est joué. Damas n’a peut-être pas encore les moyens politiques de rompre avec Téhéran et avec le Hezbollah; peut-être aussi le président syrien fait-il monter les enchères dans l’espoir que Riyad se montre plus généreux; peut-être également Bachir Al Assad attend-il la chute possible, jugée imminente par certains, du régime des mollahs. Charles de Gaulle a écrit dans ses Mémoires qu’il était parti un jour «pour l’Orient compliqué avec des idées simples». Soixante-dix ans plus tard, l’Orient est toujours aussi compliqué. Si par malheur un quidam croit l’avoir compris, les évènements lui font en général très vite savoir qu’il s’est trompé du tout au tout!

Le «Mouvement du 13 mars»

En 2000, les troupes israéliennes d’occupation évacuent le Sud Liban où elles étaient présentes depuis 1978. Le 2 septembre 2004, sur proposition conjointe des Etats-Unis et de la France, la résolution 1559 de l’ONU enjoint à la Syrie de retirer ses forces du Liban, demande qu’il soit mis fin aux activités militaires de la milice du Hezbollah et réclame le déploiement de l’armée libanaise jusqu’à la frontière internationale avec Israël. Cette résolution reste lettre morte. Le 14 février 2005, à Beyrouth, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri est tué dans un attentat, vite attribué à Damas. Dans la capitale libanaise, on manifeste contre la présence syrienne. Le 28 février, le Premier ministre pro-syrien Karamé démissionne. Les partis favorables à la Syrie s’agitent. Ils organisent le 13 mars, une manifestation qui rassemble 200.000 personnes, dans la petite ville de Nabatyé au Sud Liban. Les manifestants entendent protester contre les ingérences étrangères occidentales et contre la résolution 1559. Le lendemain, 14 mars, l’opposition qui regroupe des partis druzes, sunnites et chrétiens, rassemble un million de personnes sur la place des Martyrs à Beyrouth. Le «Mouvement du 13 mars» est né. Il obtient satisfaction le 15 mars avec l’annonce par la Syrie aux Nations unies qu’elle retirera ses forces du Liban avant les élections législatives libanaises qui doivent avoir lieu en mai suivant, élections que la coalition du Mouvement du 13 mars, emmenée par Saad Hariri, remportera.------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Ce casino, construit en 1913, fut transformé en hôpital militaire pendant la Grande guerre. Il devient la demeure, entre 1920 et 1945, du haut-commissaire de la République française, puis, à l’indépendance, en 1945, celle de l’ambassadeur de France.(2) L’attentat survenu le samedi 26 décembre, dans des quartiers chiites de Beyrouth, étroitement contrôlés par le Hezbollah, et qui visait un responsable du Hamas palestinien, lui aussi allié de la Syrie, est peut-être un autre signal envoyé à Damas.

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc