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Economie

Analyse: Ce que révèle la “crise de la RAM”

Par L'Economiste | Edition N°:1144 Le 15/11/2001 | Partager

. Au-delà du problème des finances publiques, ceux de l'administration, de la fixation d'une politique économique…. Sans “politique mère”, les administrations deviennent des bunkers. Attention aux risques de raidissements antidémocratiques!Mohamed Berrada est en colère: “En écrivant que l'Etat va nous faire un chèque, vous faites croire que la RAM est devenue riche et moi, je vais avoir une grève sur le dos, car je n'ai pas encore fini de payer les salaires d'octobre!” “Mais voyons, tout le monde a bien compris qu'il ne s'agit que d'une formule, et d'ailleurs, la ligne suivante expliquait que cela devait d'abord être inscrit puis voté dans le projet de budget; ce n'est pas demain la veille que l'argent arrivera, s'il arrive: ce n'est pas à vous, M. le Ministre, que nous allons apprendre les règles des finances publiques”. En fait, dans son exagération, le PDG de la RAM n'avait pas entièrement tort. En même temps que lui, les responsables syndicaux, des cadres de la compagnie, téléphonaient à L'Economiste pour savoir si “le chèque était un chèque ou une simple figure de style pour dire que l'Etat n'avait pas envie de laisser tomber la compagnie”.. Plusieurs crises concomitantesEn fait de jeu de mots, la suite de celui sur le chèque aurait été d'écrire aussi que ce chèque était sans provision!C'est qu'en réalité, la crise de la RAM sert de révélateur à plusieurs crises concomitantes, celle des finances publiques, évidente, mais aussi celle des comportements, celle de la définition d'une politique économique. Et cela ne date pas du gouvernement d'alternance.La crise des finances publiques confirme malheureusement l'avertissement de Standard & Poors, la semaine précédente, mais aussi les craintes de la Banque Mondiale et des pays partenaires depuis un an comme celles qui ont été exprimées depuis trois ans par la CGEM.La RAM concrétise les manquements à la gestion des finances publiques, qui ne datent pas seulement du gouvernement actuel, mais qui se traduisent aujourd'hui par la remise en cause d'acquis de politique structurelle comme le rythme d'application de l'accord avec l'UE, ou encore plus pernicieux, le retour des pratiques de langue de bois du Ministère des Finances, telles qu'on les rencontrait dans les années 70 et 80. C'est d'autant plus inquiétant qu'à cette époque, c'est Fathallah Oualalou lui-même qui, fort de son mandat de parlementaire, s'est battu contre ces pratiques d'opacité et pour tout dire de mensonges par omission. L'Histoire devra le reconnaître: son travail acharné et courageux dans la Commission des Finances a fait beaucoup plus pour structurer la démocratisation dans ce pays que toutes les pétitions sur les droits de l'homme.. Mensonge par omissionOr, les deux derniers communiqués du Ministère des Finances, écrits sous sa responsabilité, le mettent complètement en porte-à-faux par rapport à la tâche historique qu'il a accomplie en faveur de la démocratisation. Tant la réaction à Standard & Poors que l'annonce des négociations avec la RAM sont des oeuvres de désinformation, de mensonge par omission. Ils soulignent sans le vouloir un profond désir de fuite devant la réalité de la crise. Tout ce que l'ancien parlementaire devenu ministre a combattu pendant vingt ans. L'homme et ses convictions ont-ils changé à ce point? Non, naturellement. C'est plus pernicieux que cela. Héritier de l'administration française, le Ministère des Finances est bâti en baronnies que les très grandes différences salariales avec les autres ministères poussent vers une sorte de “bunkerisation”. Dans ce contexte, il est logique, sinon normal, que les tentatives de changement soient déviées et vouées à l'échec. Il est normal aussi que la bunkerisation renforce la justification même de la mission des Finances: alimenter et surveiller la caisse de l'Etat, mission vitale pour la nation. Personne ne le conteste, au contraire. Mais ce renforcement va jusqu'à l'absurde quand par exemple il est capable de ruiner la bourse ou de bloquer durant des mois le programme de promotion touristique sur des peccadilles. Ce n'est pas là une question de personnes, mais de corps. En effet, quand dans les années 80, les Finances ont eu à faire face à l'effondrement financier de l'Etat, le ressort nationaliste a pris le dessus et les fonctionnaires, dont la plupart sont encore là, ont su magnifiquement (le mot n'est pas trop fort) agir pour que le Maroc traverse dix ans de crise, sans que les Marocains manquent de pétrole, de pain, de pièces détachées… Alors pourquoi des fonctionnaires qui ont su si bien servir les intérêts de la Nation au nom de leur mission, se retrouvent aujourd'hui en train de la desservir au nom de cette même mission, qui elle est intangible? Parce que cette mission aussi intangible soit-elle n'est pas par elle-même une politique. Du temps du redressement des finances publiques, le fameux PAS, elles étaient au service de ce redressement justement, et qui, lui, était une politique économique. Mais par la suite, cette même mission n'a pas été mise au service de la politique suivante qui était la mise à niveau du Maroc pour entrer dans la globalisation. Privée de “politique mère”, la mission est devenue par elle-même une politique: la nature a horreur du vide, c'est bien connu. Il ne faut pas chercher plus loin la cause des résultats aberrants, parfaitement contre-productifs que l'on constate aujourd'hui. Ici, l'égalité devant l'impôt est devenu LA politique fiscale, tant pis si la bourse doit en mourir ou s'il est difficile de bâtir une politique pour les PME avec cela. Là, la préservation des recettes est devenue LA politique budgétaire, tant pis si pour cela le Maroc doit renier sa parole internationale à l'OMC et l'UE. Là encore, la préservation du patrimoine foncier est devenu LA politique, tant pis s'il y a crise de terrains industriels et ralentissement des investissements. Il n'est pas utile de remuer davantage le couteau dans la plaie.On a cru résoudre le problème de l'absence de “politique mère” en élargissant considérablement les responsabilités du ministre. Il s'est retrouvé avec la Privatisation et le Tourisme. Ce n'était pas une mauvaise idée. Elle avait d'ailleurs fait ses preuves à plusieurs reprises. . Ministre manager-ministre politiqueMais elle n'a pas aussi bien fonctionné qu'on l'espérait. Cela a été bon pour la politique touristique, mauvais pour la bourse, désastreux pour la privatisation. Pourquoi? parce qu'il y avait erreur sur la phase historique. Les ministres technocrates avaient deux différences essentielles avec les ministres politiques: ils avaient le management dans le sang puisque c'était à la fois leur carrière et leur raison d'être ministre, et ils n'avaient qu'une seule légitimité, celle du Souverain. Les ministres politiques ne sont pas dans la même situation. IIs ont à composer avec leur légitimité politique, avec leurs bases électorales et/ou avec les appareils de leur parti (ce qui n'est pas la même chose!), et différence encore plus déterminante, leur parcours personnel les a naturellement tenus éloignés des réflexes du management. Ne nous méprenons pas, le fait que les ministres soient des hommes issus de la politique est un pas essentiel dans la démocratisation. Le retour d'un système de sélection sur le critère technocrate serait un retour en arrière. Mais il y a des jours où la facture de la démocratisation est bien lourde…Face à leur appareil administratif respectif, les ministres politiques, issus d'un autre parcours, sont souvent désarmés. Il est aisé pour un corps administratif de “noyer” son ministre dans les tâches administratives précisément. Il est d'autant plus aisé que les systèmes de délégation, de responsabilisation… n'existe pas dans l'administration publique: cette réforme demandée en 1977, par le Regretté Hassan II n'est toujours pas faite. Aussi, si le ministre n'a pas lui-même le réflexe du management des équipes, les administrations ne peuvent pas le faire à sa place. Or, politique et management font rarement bon ménage. Et ce n'est pas un défaut marocain: la France compte par dizaines de ces ministres politiques et managers, qui doivent réorienter rapidement leur carrière vers l'écriture de leurs mémoires!. Le paradoxe du bon gardienEn revanche, ce que l'on avait espéré d'un gouvernement largement politisé, c'est qu'il s'installe avec une “politique mère” en économie. Les marchés financiers, moteurs des années 93-98, n'étaient pas “sa tasse de thé”, ce qu'on peut comprendre compte tenu de la mythologie dont la plupart des socialistes entourent ces marchés. Alors, il aurait pu se donner une politique industrielle, une politique agricole, une politique de commerce extérieur… Le choix est vaste pour donner une logique, un fil conducteur à son action. La politique touristique, tard venue, n'a dû sa réémergence qu'à l'action royale et à la détermination de ses conseillers. Pourtant, elle a encore beaucoup de mal à se décliner en sous-actions, victime de la multiplication de toutes les missions, auto-érigées en politiques. Il ne sera pas simple de sortir de ce piège. Comment en effet expliquer à un gardien conscient de ses responsabilités, que sa mission de gardiennage ne consiste pas à fermer à clef portes et fenêtres et à interdire à quiconque d'entrer et de sortir? Sauf s'il y a le feu à l'immeuble, ce qu'il ne faut en aucun cas souhaiter.


Communication et démocratie

L'affaire des communiqués est très instructive des états d'esprit, mais c'est aussi un test.La démocratisation des années 80 et surtout 90, beaucoup sous la poussée de l'opposition aujourd'hui au pouvoir, une certaine autonomie pour la circulation de l'information sur les finances publiques. Or, aujourd'hui, la crise rend cette autonomie embarrassante. De deux choses l'une:- ou bien le gouvernement décide, conformément à la doctrine qu'il continue de défendre, que les citoyens et contribuables ont le droit d'être informés sur les finances publiques: alors la démocratisation s'en trouvera renforcée et les moments politiquement pénibles seront à mettre au crédit de la recherche d'une meilleure gestion;- ou bien le gouvernement décide de supprimer cette autonomie dont bénéficient ses collaborateurs, pour éviter les situations politiquement embarrassantes: alors, tous les Marocains auront rajeunis de vingt ans puisqu'ils seront revenus aux “années de plomb” en attendant qu'un nouveau PAS leur tombe dessus.Nadia SALAH

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