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Agadir: Ghannam dévoile son plan d'action

Par L'Economiste | Edition N°:1162 Le 11/12/2001 | Partager

Dans une interview exclusive accordée à L'Economiste, Mohamed Ali Ghannam, wali du Souss-Massa-Draâ, livre son diagnostic sur la région et son programme pour le développement économique. Agriculture, pêche, tourisme, agroalimentaire, habitat insalubre, mise à niveau des institutions… aucun secteur n'est occulté dans ce plan.- L'Economiste: Quelques mois après votre nomination à la tête de la Wilaya du Souss-Massa-Draâ, quel est votre diagnostic sur la région?- Mohamed Ali Ghannam: C'est indéniablement une des plus importantes régions du Royaume. Elle abrite plus de 10% de sa population et occupe en termes de superficie plus de 10% également du territoire national. Ce qui fait d'elle une zone très diverse non seulement au niveau de son relief mais aussi au niveau de ses activités économiques. Trois grands secteurs-clés s'y côtoient: l'agriculture, la pêche et le tourisme auxquels s'ajoute l'agroalimentaire. Ces filières ont la particularité commune d'être toutes destinées à l'exportation. On peut donc dire qu'elles sont déjà dans la mondialisation contrairement aux autres activités. Malheureusement si elles sont dotées de fortes potentialités, de nombreuses contraintes freinent leur développement et les empêchent d'être plus compétitives par rapport à la concurrence. Au niveau de l'agriculture, outre les difficultés d'exportation avec l'Union européenne, c'est surtout le problème de l'eau et la faiblesse du pouvoir d'achat des consommateurs marocains qui handicapent le secteur. Pour le tourisme, en dehors du problème conjoncturel résultant du 11 septembre, nous retenons particulièrement celui de la capacité qui reste pour le moment encore insuffisante par rapport à nos concurrents méditerranéens. A cela s'ajoute entre autres la faiblesse de la promotion, de diversification du produit et de desserte aérienne.Mais ce ne sont pas les seules contraintes de la région. A 60% rurale, elle requiert également beaucoup d'actions pour son désenclavement. Ceci afin d'intégrer dans la dynamique de croissance le monde rural.- Vous étiez auparavant dans le secteur privé, comment avez-vous vécu ce changement dans votre carrière?- La fonction publique ne m'est pas inconnue. Avant ma nomination à la tête de la Somaca en 1996, j'ai été cadre de l'administration centrale, notamment au niveau du ministère du Commerce et de l'Industrie où j'ai démarré ma carrière en 1981. Ce que j'aimerais souligner, c'est que mon passage dans le privé est une expérience extrêmement enrichissante qui m'a donné l'opportunité de mettre en pratique mes acquis universitaires notamment au niveau de la gestion d'entreprise. Elle va me permettre également maintenant de mettre en oeuvre dans la wilaya les méthodes du secteur privé. Cela peut se faire sur plusieurs plans. Notamment au niveau de l'approche du citoyen et de la prestation de service. Et qui dit offre de service en termes d'entreprise évoque satisfaction du client et prestation de qualité. La démarche du privé peut être également mise en pratique au niveau de l'étude des projets, la recherche de leur financement et lors de leur réalisation. De même, elle peut être adoptée pour la gestion des ressources humaines mais aussi pour l'évaluation des collectivités locales. Sur ce plan je suis plutôt partisan du contrôle a posteriori sous forme d'audit par exemple. Je suis convaincu qu'il faut responsabiliser les élus au maximum et revoir le système d'approbation a priori qui constitue un procédé administratif trop lourd.- A l'instar des autres walis du Royaume, vous avez remis à SM le Roi Mohammed VI dernièrement un rapport portant sur votre programme d'action pour la région. Quelles en sont les grandes lignes?- Outre le diagnostic de la région, ce rapport comprend plusieurs propositions pour la croissance des différentes activités qu'abrite la zone. L'idée centrale est d'adopter au niveau de ces secteurs productifs une politique volontariste de développement économique et social avec pour objectif final l'amélioration des conditions de vie de la population. Concernant le volet agriculture, nous avons proposé dans ce document un plan d'actions pour l'économie de l'eau. La généralisation des techniques de goutte à goutte, la réutilisation des eaux usées et pluviales et la reconversion dans des cultures qui ne consomment pas beaucoup d'eau, en sont les grands axes. D'autres idées sont également présentées pour le développement des exportations. Sur ce plan, bien que je ne sois pas un fanatique des subventions, je pense que le Conseil régional devrait soutenir les opérateurs pour pénétrer de nouveaux marchés. Il serait en effet souhaitable que la région devienne un acteur catalyseur dans le développement économique de la zone.- Et qu'en est-il du secteur de la pêche dans votre rapport?- Pour le secteur de la pêche, les orientations retenues sont la reprise du programme de mise à niveau de la pêche côtière et la valorisation de l'industrie de transformation. Il y a une valeur ajoutée à gagner de ce côté là et il faut l'exploiter. Pour cela, nous préconisons de consacrer une partie des zones industrielles et en faire des sites spécifiques pour l'activité. Ceci afin de drainer des investisseurs internationaux auprès desquels il faut mettre en exergue les avantages de s'installer dans la région à proximité de la ressource.- Et pour le tourisme et le volet institutionnel, quelles sont les orientations retenues dans le document?- Concernant le tourisme, les suggestions faites s'articulent entre autres autour de la diversification du produit, l'amélioration de l'esthétique de la ville, la multiplication des dessertes aériennes et la mise à niveau des ressources humaines. Dans cet objectif, un important programme de formation à la carte est prévu avec l'OFFPT. Soutenu en grande partie par la région, il permettra de répondre aux besoins des nouvelles unités en perspective et d'intégrer un certain nombre de chômeurs de la région. Le rapport en question contient aussi d'autres idées telles que la concession des services publics, l'aménagement d'une zone franche et l'incitation à l'installation de nouvelles filières. Car la région reste encore pauvre au niveau des autres industries, notamment celles de l'électronique, des nouvelles technologies de l'information et du textile. L'absence d'autoroute reliant Agadir à Marrakech est un handicap majeur pour drainer de nouvelles activités. Car à défaut d'infrastructure de ce genre le Souss est à une journée en plus en termes de délai par rapport aux autres régions. Le projet d'autoroute, actuellement au stade d'étude se justifie donc à plus d'un titre non seulement pour désenclaver la zone mais pour attirer de nouveaux investissements.Le document en question aborde enfin des aménagements au niveau institutionnel, qui se feront par étape. Pour le bien-être des citoyens en général et de l'investisseur en particulier, plusieurs actions sont envisagées sur ce plan. Dans cet objectif, nous venons de démarrer une expérience pilote au niveau du premier arrondissement. Pour permettre aux citoyens d'avoir leurs papiers dans la même journée, les guichets sont dorénavant ouverts de 8 à 20h avec deux équipes d'agents qui se relaient. Par ailleurs, nous sommes en train de réfléchir sur les moyens à mettre en place pour que le demandeur puisse répartir avec les papiers demandés sans avoir à revenir.- Lors de la récente réunion avec le Souverain, SM le Roi Mohammed VI a défini de nouvelles attributions aux walis. Comme vos semblables, vous êtes dorénavant à la tête du centre régional d'investissement. Comment allez-vous procédez?- Il faut préciser tout d'abord que cette structure s'articulera autour de trois grands axes. Ainsi, elle abritera outre une cellule d'information et d'orientation, le centre des formalités des entreprises (CFE) et un service d'information géographique (SIG), le tout chapeauté par un directeur et situé dans un local en dehors de la wilaya. Pour le moment, le centre n'est pas encore opérationnel. Car il s'agit de finaliser le projet de CFE qui est une expérience pilote menée conjointement par l'USAID et le ministère du Commerce et de l'Industrie. De la même manière, il faut peaufiner la vision globale du SIG, une autre opération menée par l'USAID également. Rassemblant une banque de données sur le foncier, le SIG permettra à l'aide d'un logiciel de renseigner tout intéressé sur la situation en temps réel de n'importe quel terrain localisé dans la région. Outre ces opérations à finaliser, nous attendons également le texte de déconcentration qui octroiera entre autres aux walis le pouvoir de délivrer aux investisseurs les autorisations d'exercer.- L'onde de choc des attentats aux Etats-Unis du 11 septembre a fini par se faire sentir sur le secteur touristique de la station. Jusqu'à fin janvier, les établissements hôteliers n'ont que 20% de réservations en moyenne. Faut-il craindre pour le tourisme à Agadir?- Je reste malgré tout confiant. C'est une mauvaise passe, mais je suis sûr que la reprise sera au rendez-vous dès la fin du premier trimestre de l'an 2002. En attendant, il faut profiter de cette période pour se positionner et se préparer en termes de qualité de service, de formation continue pour le personnel et poursuivre les démarches promotionnelles auprès des tour-opérateurs internationaux. Malgré tout, les perspectives d'avenir pour la destination sont prometteuses.- La ville a connu ces deux dernières années un véritable boom au niveau des investissements touristiques. Comment allez-vous accompagner ces opérations, notamment au niveau de l'animation de la station? - Le manque est flagrant sur ce plan en effet. Pour le moment, l'idée est d'organiser chaque année deux festivals de dimension internationale. Mais auparavant, il est important de pousser la réflexion sur la question avec les opérateurs du secteur. De même, il est nécessaire de faire appel aux spécialistes de l'événementiel. Parallèlement à ces opérations, il faut penser également à l'animation de la plage par la multiplication des sports et loisirs aquatiques ainsi que par l'installation d'aquaparcs.- Malgré les multiples actions, ces dernières années la prolifération des bidonvilles continue dans la région. Comment allez-vous contrecarrer la croissance de l'habitat insalubre?- Ce phénomène est un problème très complexe qui révèle une croissance rapide mais non maîtrisée. Pour le freiner, il est nécessaire d'agir au niveau de deux axes. Avant tout, il faut définir les responsabilités de chacun et prendre des mesures pour arrêter le fléau. Parallèlement, il faut préparer des zones périphériques et tenter de construire au moins les gros oeuvres avec un coût minimum avant de les livrer aux concernés. Il faut également réfléchir au moyen de financement et je pense que le crédit bail est tout à fait adéquat dans ce cas là. Il y a aujourd'hui plusieurs programmes enclenchés par l'Erac-Sud, l'ANHI et la SNEC qui vont permettre de recaser 40% des bidonvilles recensés, (selon les chiffres de 1998 Agadir abrite près de 13.000 bidonvilles). Ces organismes font de l'excellent travail dans ce sens, mais il est nécessaire de mettre en place à leur côté à l'échelle locale une structure qui ne s'occuperait que de la résorption de bidonvilles et tenterait de trouver des financements à cet effet.- La succession des années de sécheresse qui marque le Souss a enfoncé le secteur agricole dans une véritable crise. La région va-t-elle être déclarée sinistrée comme le sollicitent les opérateurs de la filière?- Je partage totalement leur point de vue. Car le niveau des barrages comme celui de la nappe est au plus bas. Chaque année, il faut creuser encore plus, ce qui occasionne des coûts de plus en plus lourds pour l'agriculteur et aujourd'hui les zones dites irriguées se trouvent dans la même situation que les zones bour. Nous faisons donc des démarches auprès du ministère de l'Agriculture pour le sensibiliser à la situation critique de la région, car c'est à lui que revient de déclarer qu'elle est sinistrée. Si la décision est prise, cela permettra d'envisager qu'au niveau de la CNCA, l'opération du traitement de la dette en cours pour la zone bour soit généralisée également aux zones dites irriguées.- L'activité pêche et toutes ses dérivées connaissent également un malaise ces derniers temps suite à la multiplication des arrêts et à la nouvelle stratégie commerciale à l'export. Quelle est votre opinion sur la question?- C'est un secteur doté de nombreux atouts, mais comme je l'ai déjà dit au ministre et aux opérateurs de la filière, il est trop administré. Pour moi qui ai vécu la libéralisation du secteur industriel, je suis beaucoup plus pour une économie libérale et partisan de l'économie de marché. Il est normal que la tutelle veille à la préservation de la ressource et trace un environnement favorable pour l'épanouissement du secteur. Mais elle ne doit pas s'immiscer dans la stratégie commerciale.Propos recueillis par notre correspondante, Malika ALAMI

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