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    Economie

    Abdellatif Guerraoui, wali de Laâyoune“Je suis ici pour créer des emplois”

    Par L'Economiste | Edition N°:1167 Le 19/12/2001 | Partager

    Nommé depuis quatre mois à la tête de la Wilaya de Laâyoune, Abdellatif Guerraoui a déjà fait le diagnostic de la situation. Les maux de la région sont principalement un taux de chômage de 25% et un déficit en logements de 10.000 maisons. Il juge important de créer de la richesse en incitant les entreprises à venir s'installer et investir dans les secteurs prometteurs. Pour sa première sortie médiatique, le wali est optimiste.- L'Economiste: Vous venez d'être nommé à la tête d'une wilaya qui est économiquement jeune. Quelles sont vos priorités pour la région?- Abdellatif Guerraoui: Ma nomination remonte déjà à quatre mois durant lesquels nous avons eu droit à une visite royale. Le discours du 6 novembre a aussi fixé le programme de développement de cette région. Effectivement, la région est encore jeune. Elle n'a été récupérée qu'en 1975. En 25 ans, elle a bénéficié d'un investissement public de plus de 15 milliards de DH. Des investissements qui ont porté principalement sur les infrastructures: des routes, des aéroports, l'eau et l'électricité. Le taux d'électrification ici est de 90% contre une moyenne nationale de 50%. Pour l'eau potable, 92% de la population sont raccordés au réseau de l'ONEP. Ceci sans oublier la réalisation des ports de Laâyoune, Tarfaya et Dakhla. La région a aussi bénéficié rapidement d'une couverture GSM des deux opérateurs. - Cependant, on remarque que la structure économique reste traditionnelle, marquée par une domination de l'élevage et de la pêche. Aussi, le nombre de fonctionnaires est-il très élevé, ce qui constitue une lourde charge pour les caisses de l'Etat...- Vous avez tout à fait raison pour ce qui concerne les fonctionnaires. La région a connu un recrutement massif dans l'administration. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que l'on ait tablé sur un développement très rapide de la région et que l'on ait voulu mettre en place toutes les structures administratives nécessaires pour l'accompagnement de l'investissement privé. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Et donc on a été obligé de créer des emplois d'assistance, comme c'est le cas de la Promotion nationale. Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec 20.000 personnes (soit 11% de la population) réparties entre l'administration, les offices, les services extérieurs et la Promotion nationale. Ces dernières perçoivent un faible salaire mais qui constitue quand même un revenu (NDLR: ils sont au nombre de 8.000 à toucher un traitement mensuel qui varie entre 1.200 et 1.350 DH). Si on exclut le secteur des pêches où l'activité est plutôt saisonnière, nous nous trouverons devant une situation aberrante: 20.000 personnes dans le secteur public contre seulement 2.620 dans le privé. - C'est un déséquilibre énorme. Comment pensez-vous pouvoir remédier à cette situation? - Tout simplement en mettant l'accent sur les axes de développement et les potentialités qu'offre la région. Le premier secteur porteur est la pêche. Ce secteur a connu ces dernières années un développement rapide. Les débarquements dans les ports des provinces du Sud qui ne représentaient que 20% du produit national de la pêche en 1990 sont passés à 54% en 2000. Selon les projections officielles, ce taux devra atteindre 90% en 2007. Les efforts se concentreront aussi sur la valorisation de ce produit. Afin de promouvoir ce secteur, deux programmes sont déjà amorcés. Ils consistent à réaliser d'une part des villages de pêcheurs équipés en matériel de congélation et de sauvetage et disposant d'une infrastructure de base: des logements, une école et un hôpital. C'est un programme pratiquement prêt. Pour son démarrage, nous attendons la signature de l'accord-cadre avec le ministère des Pêches. Pour le port de Laâyoune en particulier, les deux tiers des captures en sardine vont malheureusement à la fabrication de l'huile et farine de poisson avec une faible valorisation de la ressource puisque le prix moyen de vente de la sardine à ces industries est de 55 centimes le kilogramme. Toutefois, cette industrie permet en même temps d'éviter la pollution de la mer. Car si ces captures ne sont pas utilisées par ces industriels, elles seront rejetées à la mer.Cette faible valorisation est due principalement aux moyens de captures qui sont dépassés et qu'il faut moderniser. Pour une meilleure valorisation de la sardine, nous souhaitons encourager la congélation et l'industrie de la conserve et l'acquisition de bateaux spécialisés type RSW. Il faut savoir qu'en matière d'emploi, une usine de conserve permet la création en moyenne de 100 postes contre 10 pour les unités de farine de poisson. Aussi, ne faut-il pas oublier que la pêche artisanale est très pourvoyeuse d'emploi. Une barque dont le coût ne dépasse pas 10.000 DH permet la création de quatre emplois à bord et deux à terre. - Vous faites donc de la pêche votre cheval de bataille?- Ce sera notre cheval de bataille dans l'immédiat. Le problème majeur à Laâyoune est le taux de chômage qui est de 25%. Les richesses de la mer doivent nous permettre de traiter positivement ce problème.- On s'étonne que face au régime fiscal particulier dont bénéficie le Sahara, la région n'ait pas attiré suffisamment d'investisseurs. Ce régime est parfois détourné. Pourquoi ce manque d'intérêt pour la région?- Je me pose la même question que vous. Je viens de la ville de Casablanca où les investisseurs se plaignent continuellement de la cherté du foncier et du poids de l'impôt. Ici, alors que le prix des terrains est très abordable et que la région bénéficie d'une exonération fiscale, on ne ressent aucun engouement de la part des investisseurs. Ceci est probablement dû à un manque de main-d'oeuvre qualifiée. A ce sujet, nous avons des programmes conjoints avec l'OFPPT et les départements concernés. Nous menons déjà une étude pour cerner les besoins de la région. Nous allons accorder en quelque sorte une deuxième chance aux diplômés chômeurs à travers des programmes de reconversion qui seront initiés pour répondre aux besoins des secteurs en développement (pêche, tourisme…). Les premiers programmes seront annoncés en janvier prochain. Par ailleurs, nous avons examiné les opérations ayant connu un succès au Nord et nous essayons de les délocaliser ici. C'est le cas par exemple des microcrédits. La Fondation Banque Populaire a déjà présenté son programme. Idem pour Al-Amana et Zakoura. En parallèle, nous avons demandé à des offices comme l'ONE, l'ONEP et d'autres de nous aider à préparer pour les diplômés chômeurs la possibilité de créer des micro-entreprises.- Quel est le montant de la dotation étatique allouée annuellement à la région?- Je vous ai déjà parlé du montant de 15 milliards de DH. Nous sommes vraiment gâtés en matière d'investissements publics. Les projets lancés par SM le Roi porteront sur une enveloppe de 2,3 milliards de DH sur les deux à trois années à venir: Centrale électrique, dédoublement de l'unité de dessalement, halle aux poissons, extension du port… - A part la pêche, la région a-t-elle d'autres axes de développement?- Bien sûr. Pour le tourisme, nous avons un programme de trois étapes. La première est l'organisation des investisseurs actuels en GRIT pour qu'ils puissent faire face à leurs difficultés. Aujourd'hui, l'avion coûte très cher et les horaires ne conviennent pas exactement aux touristes. La RAM a ses problèmes et on ne peut pas bâtir des plans en ignorant les problèmes des partenaires. Il faut chercher des solutions. Peut-être qu'elles existent au niveau de la création de sociétés régionales qui couvriraient des lignes régionales comme Dakhla-Laâyoune-Tan Tan-Smara en une même journée. La deuxième étape porte sur la valorisation de la corniche de Foum El Oued qui s'étend sur 11 km. La route qui y mène sera achevée dans quatre mois. La région est connecté au réseau d'eau potable et de l'électricité. La corniche compte déjà un hôtel quatre étoiles, quelques restaurants et quelques maisons dispersées qu'on a eu le malheur d'autoriser parce qu'on ne doit pas avoir de maisons individuelles le long de cette corniche. Le moment venu, nous allons appeler les promoteurs marocains pour leur faire visiter la région. Je suis sûr que le prix du terrain, le régime fiscal et la beauté du site finiront par les convaincre. Nous allons également intéresser les tour-opérateurs pour qu'ils programment des charters pour la région.La troisième étape sera la sauvegarde de la réserve-lagune de Naïla à 180 km de Laâyoune. La Banque mondiale vient d'accorder au Maroc un don d'un million de dollars dans ce sens. Un parc national sera aménagé sur ce site où seront réintroduites la gazelle du Sahara et l'autruche ainsi que des espèce végétales. Le développement du tourisme aura des conséquences directes sur celui de l'artisanat et du commerce. L'élevage devra également en profiter et des programmes sont étudiés avec le ministère de l'Agriculture, notamment pour la production de la viande blanche. Dans tous ces programmes, la toile de fond est l'emploi. Comme toutes les régions, nous avons des chômeurs et surtout des chômeurs diplômés. Propos recueillis par Aniss MAGHRI


    L'habitat: D'une pierre deux coups

    Comme pour l'emploi, nous avons une crise pour l'habitat”, le wali a mis le doigt sur une des sources du malaise dans la ville. Le déficit en logement à Laâyoune est de près de 10.000. Le wali reconnaît que des milliers de personnes vivent dans des bidonvilles, notamment dans les camps d'Al Wahda. En association avec l'ERAC, la wilaya a concocté plusieurs programmes qui permettront dans un avenir très proche, selon les propos du wali, d'éliminer ces points noirs. “Nous sommes en discussions très avancées avec le ministère de l'Habitat. Nous disposons déjà de 1.450 logements et nous allons ajouter 1.750 autres”. Une partie de ces logements sera réservée à l'accueil des ralliés qui fuient les camps de Tindouf. Autre projet en cours, un lotissement de 9.000 parcelles de 85 m2 seront vendus à 20.000 DH chacun payables en trois étapes. “Cette opération sera entamée dans dix jours. Une deuxième sera lancée en cas de besoin”.La wilaya veut faire d'une pierre deux coups. L'immobilier est un grand pourvoyeur d'emplois. Les responsables locaux misent sur ce secteur pour résorber une bonne partie des chômeurs de la ville. Pour ce faire, des formations continues pour toutes les catégories de chômeurs seront lancées pour leur permettre de se lancer dans le bâtiment. Et une assistance sera fournie pour les jeunes souhaitant créer des micro-entreprises dans le secteur. “Nous allons également faire appel aux 8.000 personnes inscrites dans la Promotion nationale pour nous aider dans la construction de logements pour les personnes qui n'ont pas les moyens”, souligne Abdellatif Guerraoui. . Pêche: Valoriser la ressourceUne situation aberrante. Pendant longtemps, le premier port sardinier du Maroc n'était pas rellié au réseau d'eau potable. Ceci affectait considérablement la valeur du poisson. Avec la décision de doubler l'unité de dessalement de l'eau de mer, les derniers travaux sont en cours pour approvisionner les usines situées dans le port. L'OMP a lancé la construction d'une nouvelle halle aux poissons de 7.000 m2. Un investissement de plusieurs millions de DH. . Notre religion est la proximité avec le citoyen”- L'Economiste: La région de Laâyoune est marquée par la domination de l'institution de la tribu, le retour des ralliés, une faible intégration entre le nord et le sud et une perte de confiance entre le citoyen et l'administration. Comment voyez-vous l'application du concept de l'autorité dans un contexte aussi particulier?- Abdellatif Guerraoui: Vous savez les gens qui viennent me voir ne vont pas me dire s'ils ont perdu confiance en l'administration ou pas. Ce qu'il faut savoir aujourd'hui, c'est que notre religion est la proximité avec le citoyen. Nous avons tenu des réunions avec les différentes administrations pour chercher les meilleures solutions à court, moyen et long termes pour régler les problèmes que rencontrent les citoyens. Une opération comme celle de l'habitat (lire encadré) sera démarrée à court terme mais ne donnera ses fruits qu'à moyen terme. Nous avons également analysé les procédures d'obtention des documents officiels et allégé ces procédures. Autre exemple, les arrondissements ouvrent le samedi pour servir les citoyens qui habitent loin de la ville et qui travaillent toute la semaine et le passeport est accordé en trois-quatre jours. Pour les handicapés, nous aménagerons des réceptions dans les rez-de-chaussée et comptons leur faciliter la circulation en centre-ville. Nezha Chekrouni qui était en visite ici nous enverra un programme détaillé dans ce sens et nous en ferons une priorité.- On remarque dans la ville comme ailleurs dans les autres régions du Sahara un faible encadrement politique des citoyens et une faible présence des associations…- Vous n'allez pas demander à un wali de faire de la politique (rires).- Vous ne pensez pas qu'il faut encourager les partis à faire leur travail?- Vous pensez qu'ils attendent que je le leur demande pour qu'ils le fassent. Il faut demander ça aux partis politiques eux-mêmes.- On ressent une certaine réticence de la part des partis et des associations à s'activer normalement comme ils le font dans d'autres provinces?- Depuis que je suis là, j'ai dû recevoir en quatre mois 1.200 personnes: des associations, des partis politiques, des syndicats, des élus, des étudiants... Je leur avais demandé si l'administration les bloque dans le développement de leurs activités. Personne n'a répondu qu'il avait un problème. Que puis-je faire de plus? Il ne faut pas que les walis par esprit d'ouverture se mettent aujourd'hui à faire de la politique. Les partis politiques n'ont pas besoin de nous pour s'activer.- Mais vous pouvez, comme pour les affaires, être un agent facilitateur sur le terrain?- Cela n'a rien à voir. Moi j'encourage la création d'emplois. J'aide les entreprises à s'installer et à trouver les profils dont elles ont besoin. A. M.

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