Société

Soins palliatifs
Les malades abandonnés à leur agonie

Par L'Economiste | Edition N°:4705 Le 10/02/2016 | Partager
Quelques avancées constatées
Mais toujours un manque cruel d’unités de soins palliatifs
Sur 150.000 malades, 62.000 continuent de souffrir

 

Le manque cruel d’unités de soins palliatifs constitue pour les malades une lourde contrainte, particulièrement quand ils approchent de la phase finale. Au Maroc, seuls 2 hôpitaux publics disposent de ces unités (Source: Fotolia)

Sur les 150.000 Marocains qui sont frappés chaque année de maladies chroniques à un stade avancé, plus de 62.000 dont 6.000 enfants vont souffrir de symptômes débilitants tels que la douleur, l’insuffisance respiratoire et la dépression. La raison? Le pays ne compte que 2 hôpitaux publics disposant d’unités de soins palliatifs. Cancer, maladies cardiaques, pulmonaires ou rénales, formes de démence, sida, les symptômes de ces maladies pourraient être traités de manière satisfaisante grâce à ce service de santé qui consiste à les atténuer et à faire en sorte que les personnes atteintes de maladies incurables, ainsi que leurs proches, puissent jouir de la meilleure qualité de vie possible jusqu’à leur dernier souffle. Une urgence face au pourcentage des plus de 65 ans, le segment de la population le plus affecté par ces maladies, qui devrait doubler au cours des 15 prochaines années, et pour la même période, l’incidence du cancer qui devrait presque tripler. Saura-t-on être aussi réactif que la maladie? C’est ainsi que Human Rights Watch s’est penché sur la question au Maroc en effectuant des entretiens auprès des malades et de leurs proches, des prestataires de services de santé et responsables gouvernementaux, entre septembre 2014 et janvier 2015.

 

 

Le développement des soins palliatifs est particulièrement faible en Afrique francophone, qui enregistre des taux de consommation de morphine comme sédatif de la douleur parmi les plus bas dans le monde. Une étude effectuée en 2012 a permis de constater que dans 16 des 22 pays d’Afrique francophone, aucun dispensateur de services de santé n’offre de soins palliatifs. En revanche, la même étude a montré que presque tous les pays d’Afrique anglophone étaient en mesure de fournir un minimum de services de soins palliatifs

Ce rapport qui vient d’être publié se base également sur la législation en vigueur, les pratiques en matière d’assurance, les listes de médicaments et autres documents pertinents. Un tour d’horizon utile pour faire avancer la cause. Les maladies non transmissibles comme le cancer, l’insuffisance cardiaque, le diabète et les affections respiratoires représentent 75% des décès annuels, dont le nombre est estimé à 206.000. Des efforts ont déjà été faits par le gouvernement afin de développer les services de soins palliatifs et d’améliorer l’accès aux analgésiques. Le programme des études de médecine de premier cycle a également été reformé pour y inclure un module sur la douleur et les soins palliatifs, et l’important obstacle réglementaire à l’accès aux analgésiques opioïdes, des sédatifs puissants indispensables à la gestion de la douleur, a été levé. Pour autant, tout n’est pas rose, et le manque cruel d’unités de soins palliatifs constitue pour les malades une lourde contrainte, particulièrement quand ils approchent de la phase finale. Autre fait soulevé, aucune unité de soins palliatifs n’est disponible pour les personnes souffrant d’affections non cancéreuses, soit 70% des adultes sur la région Méditerranée orientale, d’après l’OMS et l’Alliance mondiale pour les hospices et les soins palliatifs (AMSP). Quant aux données du gouvernement, la quantité d’opioïdes utilisés au Maroc suffit à soulager les douleurs d’un malade du cancer ou du sida sur cinq. Rien pour les personnes atteintes d’affections comme les maladies cardiaques et pulmonaires ou le diabète. Résultat: des dizaines de milliers de Marocains atteints de maladies incurables passent les dernières semaines ou mois de leur vie dans de grandes souffrances, qui pourraient pourtant leur être épargnées...

 

Les failles

- Les stratégies mises en place par le gouvernement (Stratégie sectorielle de santé (SSS) 2012-2016 et le Plan national de prévention et de contrôle du cancer (PNPCC) 2010-2019) n'établissent pas de calendrier spécifique et n'identifient pas clairement quels organismes ont la responsabilité de mettre en œuvre les mesures. Alors que les soins palliatifs ne représentent que 1% du budget total du PNPCC, la SSS ne comporte pas de budget.

- Les programmes d'enseignement médical continu et les possibilités de suivre une formation intermédiaire ou avancée en soins palliatifs demeurent limités et ne satisfont qu'une fraction des besoins.

- Peu de pharmacies et d'hôpitaux stockent de la morphine absorbable par voie buccale et seulement une petite fraction des médecins sont habilités à prescrire des opioïdes. De plus, les idées fausses sur ces médicaments persistent. La loi marocaine sur les substances réglementées stigmatise ces médicaments en les étiquetant comme “vénéneux”, une désignation périmée utilisée dans de nombreux pays francophones.

Stéphanie Jacob

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