Politique

Moumen Diouri
Disparition d’une icône de la gauche

Par L'Economiste | Edition N°:3786 Le 18/05/2012 | Partager
Militant engagé de l’UNFP
Emprisonné puis condamné à mort, avant d’être gracié
Il est resté loin de la politique depuis son retour d’exil

Très actif dans les milieux gauchistes dans les années 60, Moumen Diouri a été emprisonné, puis contraint à l’exil, avant d’être autorisé à regagner le Maroc

Figure emblématique de la mouvance de gauche dans les années 60, Moumen Diouri s’est éteint mercredi dernier, à l’âge de 74 ans, à Rabat, 6 ans après son retour d’exil. Né en février 1938, Diouri a représenté à travers les étapes de sa vie, particulièrement mouvementée, différentes facettes de l’histoire du Maroc contemporain. Il est d’abord «un grand patriote», insiste l’ancien ministre et ex-premier secrétaire de l’USFP Mohamed El Yazghi. Dès son jeune âge, il baigne dans une ambiance nationaliste, dans un Maroc en quête de son indépendance. «Il ne faut pas oublier qu’il est le fils de Mohamed Diouri, grand nationaliste, enlevé et assassiné par les forces du protectorat français», rappelle El Yazghi. Il a lui-même pris part à la lutte pour l’indépendance du pays aux côtés de figures emblématiques comme Cheikh El Arab ou encore Mehdi Ben Barka. Il était également parmi les membres influents de l’Union nationale des forces populaires (ancêtre de l’USFP), une formation de gauche née elle-même d’une scission du Parti de l’Istiqlal.
El Yazghi qui l’a côtoyé à cette époque souligne qu’il était «un militant exemplaire». C’était aussi «un modèle de lutte pour la dignité humaine, la démocratie et la justice sociale», affirme pour sa part Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié. «Sa vie était jalonnée de difficultés, mais il a su résister avec beaucoup de détermination», ajoute-t-elle. Dans son militantisme, Moumen Diouri avait parfois tendance à trop pousser le bouchon. Son activisme allait lui valoir plusieurs ennuis avec les autorités. En 1963, il est arrêté et emprisonné, avant d’être libéré. Ceci ne sera pas la dernière de ses peines dans la mesure où dès 1971, il opte pour le statut de réfugié politique en France, notamment suite à sa condamnation à la peine de mort, pour complot contre la Monarchie. «Même en exil, il a poursuivi ses actions pour dénoncer les pratiques non démocratiques», rappelle Mounib. Il s’est attiré les foudres des autorités, en publiant un brûlot intitulé «A qui appartient le Maroc?».
L’accession de Mohammed VI au trône, et l’ouverture politique qui a marqué les dernières années du règne de Hassan II, laissaient entrevoir un éventuel retour de Diouri au bercail. Après des figures comme Fkih Basri et Abraham Serfaty, ce sera au tour de Moumen Diouri en 2006, plus de 35 ans après son exil. «Il était enthousiasmé par l’évolution qu’a connue le Maroc depuis le gouvernement d’alternance», souligne El Yazghi. Toutefois, depuis son retour, il est resté loin du champ politique, jusqu’à son départ, mercredi dernier, emporté par la maladie.


Mohamed Ali MRABI

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